- Hollande bavarde dans l'industrie
- L’Europe des truismes
- Aux municipales, ne te découvre pas d'un poil !
- Quitter le gouvernement ? Mamère est pour.
- Tunis nous parle, il faut écouter !
- Un résumé contre le plan retraite d'Ayrault
- En 2012, réponse de J.-L. Mélenchon à un bijoutier sur les vols à main armée
- Hollande ou le socialisme géostationnaire
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Une paire de moufles rouges attachées autour du cou, Christophe Barbier, le rédacteur en chef semi-lepeniste du journal « l'Express » publie un classement des cumulards. J'ai l'honneur de figurer en 530e position. C'est un exploit. En effet je n'exerce qu'un seul mandat, celui de député européen et je n'ai aucune fonction exécutive dans cette assemblée. Le cumul concernerait donc mon mandat de coprésident du Parti de Gauche. L'idée qu'un parlementaire ne doive pas avoir de responsabilité politique est très significative de la dérive de ce journal. En effet seule la constitution de Pinochet, sous Pinochet, faisait cette injonction ! A ce tarif, Jaurès était un cumulard. Pour l'humour je demanderais volontiers que l'on tienne compte du fait qu'étant co-président je n'exerce la moitié de la tâche. Mais surtout j'attends avec impatience de savoir quel journal publiera le tableau des « cumulards de la presse », qui courent d'un plateau de télévision à un studio de radio avant d'entrebâiller la porte de leur propre bureau. Christophe Barbier premier bavard général, figurera alors, pour une fois, dans les toutes premières places du classement, celle que n’occupe pas son étrange journal.
Je publie ce post alors que je me trouve à la fête de l'Humanité où j'espère retrouver un grand nombre d'entre vous. Je reviens de Strasbourg où j'ai siégé au Parlement, dès que je suis revenu de la manifestation pour la défense des retraites à Paris. Sur place je suis heureux d'avoir pu participer au rassemblement à la mémoire de Salvador Allende, le 11 septembre. À Paris, ma camarade Martine Billard a fait une intervention magnifique au rassemblement organisé par France Amérique latine et les associations de solidarités. Au total c'est une semaine bien remplie. J'y pense, me souvenant que je n'ai vu mes donneurs de leçon nulle part dans ces circonstances où sont exprimées tant de choses fondamentales pour une conscience réellement ancrée à gauche.
Dans les lignes qui vont suivre, il est question du prétendu plan de développement industriel que le maréchal Hollande, l'ami des solutions guerrières, a présenté pour trente-quatre branches, tout en dénonçant l'incapacité des fonctionnaires à prévoir le futur, en bon libéral qui s'assume. Je fais ensuite un petit croquis de séance au Parlement européen. Enfin, j'évoque les élections municipales.
Hollande bavarde dans l'industrie
François Hollande a, parait-il, défini un plan pour l'industrie française. C'était jeudi 12 septembre. Le président a égrené pas moins de 34 plans pour autant de filières industrielles. Bien sûr, les objectifs technologiques sont parfois ronflants: TGV du futur, voiture consommant moins de deux litres pour 100 kilomètres, robotique etc. Le talent et le dévouement des ingénieurs, techniciens et ouvriers français n'est pas en cause. Heureusement qu'ils sont là. Car le plan Hollande est est affligeant.
Ces 34 plans sont un cache-misère. Le ministre Montebourg ne s'en cache même pas. Là où il faudrait 3 millions d’emplois pour remettre le pays en route, il a annoncé que l'objectif était "475 000 emplois sauvés, confortés ou créés" en dix ans. Chacun notera la nuance entre un emploi "sauvé" et un emploi "conforté". Sans oublier de noter l'amalgame entre un emploi "sauvé" et un emploi "créé". Même en comptant les emplois "sauvés", c'est très faible. Entre 2002 et 2012, sous les gouvernements de droite, la France a perdu 750 000 emplois industriels. Avec Hollande, en 2023, la France n'aura pas retrouvé son niveau d'emploi industriel de 2002. Sous Lionel Jospin, en cinq ans, 2 millions d’emplois furent crées. Pour les solfériniens, le futur n'est jamais un progrès.
Déjà, le bilan de François Hollande en matière d'industrie plaide contre lui. Faut-il rappeler la fermeture des hauts-fourneaux de Florange et le compromis pourri passé entre Jean-Marc Ayrault et Mittal ? Faut-il rappeler l'obstruction du gouvernement pour empêcher la reprise de la raffinerie Pétroplus ? Que dire de l'absence du gouvernement Ayrault aux côtés des salariés de Fralib qui produisent le Thé Eléphant ? Que penser du refus des solfériniens de voter la proposition de loi du Front de Gauche contre les licenciements boursiers ?
Ce bilan en dit long sur les projets à venir. Hollande entend développer les "textiles techniques et innovants". Mais il a été incapable de faire appliquer les décisions de justice favorables aux salariées de Sodimédical qui produisaient des textiles médicaux. Il veut développer la voiture du futur roulant sans conducteur ou consommant très peu. Mais qui va l'inventer et la fabriquer, puisque Renault et PSA suppriment des milliers d'emplois, y compris dans la recherche ? François Hollande veut aussi que la France invente "l'usine du futur". Mais il laisse fermer toutes les usines du présent, comme l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois ! Hollande veut aussi que la France invente le "TGV du futur". Mais où circulera-t-il ? La politique actuelle ferme les lignes de circulation. Et encore une contradiction : qui remarquera que la politique d'austérité du gouvernement entraîne l'abandon de plusieurs projets de lignes ferroviaires à grande vitesse, quoique l’on pense d’elles de notre côté ?
Ce n'est pas fini. Le gouvernement continue de laisser mourir des fleurons de notre industrie. Il a laissé l'équipementier télécom Alcatel-Lucent dans les bras de Goldman Sachs. L'entreprise a fini par accepter de placer ses brevets comme garantie d'un emprunt. La défaillance financière se solderait par un recul technologique terrible pour le pays et a sa mort dans le domaine de la téléphonie. Et le gouvernement Ayrault a laissé faire. Les financiers ont tellement mis la main sur l'entreprise industrielle que le nouveau directeur financier d'Alcatel, Jean Raby, est un ancien associé de la banque Goldman Sachs ! Avec le rachat de Nokia par Microsoft, le sabordage d'Alcatel est l'autre drame pour l'industrie européenne des télécoms. N'ayant rien fait jusqu'ici, on se demande bien ce que fera le gouvernement Ayrault à propos de son plan pour la filière "souveraineté télécom".
Tout le reste est à l'avenant. Le plan Hollande pour l'industrie table sur 68 000 à 94 000 emplois "sauvés ou créés" par la transition énergétique. Quelle ambition ! Car les chercheurs réunis dans le réseau Négawatt estiment que la transition énergétique pourrait créer 439 000 emplois d'ici 2025, et même 630 000 d'ici 2030. Hollande propose de faire six fois moins ! Même ambition rabougrie dans le traitement réservé à la politique de la mer. Parmi les 34 plans filières, seul un y est spécifiquement consacré. Il s'agit de la construction de "navires écologiques". Et encore, il n'y est même pas question de l'activité de déconstruction et désamiantage des navires actuels. Quant aux énergies marines, elles sont à peine évoquées au milieu de toutes les autres énergies renouvelables. Parce que l’entreprise qui produit les hydrolienne est nationalisée ?
Hollande n'a pas de politique industrielle. Il répète le même disque rayée de la politique de l'offre. Pour parler d'industrie, il ne connait que deux mots : "innovation" et "compétitivité". La seule politique de Hollande consiste à faire des cadeaux fiscaux aux actionnaires et à laisser faire. Il a même théorisé le recul de l'Etat dans l'industrie. A propos des 34 plans, il a asséné : "Ces plans ne sont pas sortis de nulle part. Ils ne sont pas sortis de l'esprit de fonctionnaires, par ailleurs nécessaires, mais qui n'ont pas toujours la connaissance de ce que peut être l'industrie de demain, ni de l'esprit de ministres, par ailleurs nécessaires, mais qui n'ont pas toujours la clairvoyance de l'économie et de l'industrie de demain". Le mépris pour les fonctionnaires qui ne « savent pas » ce que c’est que produire est typique de la mentalité aigre du rentier très mal informé des réalités du temps long dans l’industrie. C’est le truc du zozo qui croit qu’Ariane Espace et le TGV ont été inventés, mis au point, financés et commercialisés par les Steeve Job de Courbouzon sur Marne.
Hollande en réalité produit une rupture dans l'histoire industrielle de notre pays. Depuis toujours, en France, l'Etat a un rôle moteur, stratégique dans l'industrie. Il veut faire oublier cette vérité. On comprend pourquoi. Il brade tous les résultats de décennies d'effort national. Il a notamment relancé les privatisations en vendant des actions de Thalès et d'EADS. Pour Hollande, l'Etat, c'est le passé : "Les plus anciens se souviennent d'une période ou les grands projets étaient lancés d'en haut, d'Ariane au TGV, du Concorde au nucléaire. Nous en sommes légitiment fiers. Mais gardons nous de toute nostalgie. Les conditions ont changé. Nous sommes au nouvel âge de la mondialisation. Il ne s'agit pas de revenir aux grands plans des années 1960 ou 1970. L’État n'a pas à se substituer aux initiatives privées car ce sont les industriels qui connaissent les marchés, mais il lui revient de définir des priorités, un cadre, d'accompagner, de stimuler." Ridicule pensée de boutiquier nourri aux éditos du « Monde » qui croit, s’il croit quelque chose, que les services sont le cœur de l’économie moderne.
Mais quand bien même ! Même pour faire du Hollande, il faut des moyens. Pourtant sa politique revient à se lier les mains dans le dos. Hollande et Montebourg ne s'en sont pas cachés, ces 34 plans n'auront droit pratiquement à aucun financement public. Au mieux, ils devront se partager 3,5 milliards d'euros datant du Grand emprunt de Nicolas Sarkozy. Cela fait tout juste 100 millions d'euros d'argent public par filière en moyenne. Bon courage pour inventer le "TGV du futur" à ce prix là ! Après quoi, c'est "l'initiative privée" qui devra prendre le relai. Montebourg l'a dit clairement sur Europe 1 : "Il ne faut pas considérer que ça coûte beaucoup parce qu'en vérité, l'essentiel sera financé par l'investissement privé". Si on avait appliqué le même raisonnement dans le passé, on attendrait encore la fusée Ariane, le TGV, Airbus, les satellites et combien d'autres merveilles technologiques dont la France n'a pu se doter que grâce à son Etat.
La stratégie Hollande est vouée à l'échec. Aucune politique industrielle ne pourra réussir sans un changement radical. Rien ne sera possible sans une baisse drastique du coût du capital. L'économie et les entreprises françaises sont asphyxiés par l'impôt privé que représentent les dividendes versés aux actionnaires et les intérêts payés aux banques. Ces prélèvements du capital sont incompatibles avec les investissements publics et privés indispensables pour financer la planification écologique.
Et aucune filière industrielle ne pourra se développer sans une remise en cause de l'ultra-libéralisme qui sévit en Europe. La politique de la concurrence "libre et non faussée" pousse au démembrement des champions nationaux comme EDF avant-hier ou EADS hier. Et le libre-échange généralisé condamne l'industrie française face à la concurrence déloyale et au dumping social, fiscal et écologique. Seul un protectionnisme solidaire permettrait de reconstruire une industrie digne de ce nom en France. Hollande n'a rien dit de tout cela. Et pour cause, il s'oppose au protectionnisme solidaire en Europe. Sa politique s’écrit avec un papier carbone sous la main des androïdes de la Commission européenne.
L’Europe des truismes
Flot de truismes et cuistreries ce matin-là au parlement européen. Barroso parlait, sautant de langue en langue, pour ne rien dire. En grande forme monsieur Barroso ! Il a enfoncé environ mille portes ouvertes, dont une bonne part était installée par lui-même ! Résumé : tout va bien ! Et même : tout va de mieux en mieux. Ne croyez pas que j’exagère. Même ses amis de droite étaient consternés ! Si vous avez du temps à perdre et si vous lisez couramment l’anglais, allez lire ça sur le site du Parlement européen. Il bouge ses petits doigts d’un air terrible et appuie sur les mots d’un air plein de conviction pour proférer des paroles aussi terribles que « il n’est pas venu le moment de se reposer (hélas, beaucoup de gens y pensaient !) mais de se retrousser ses manches (sacré bonhomme, quand même !) » Sans oublier les puissantes pensées qui nous obligent à méditer : « la force de l’esprit dépend de notre réflexion et de notre endurance pour trouver les bonnes solutions et les mettre en œuvre ! » Entre les cris de joie pour ce futur étincelant et le présent radieux, de fortes injonctions nous sont adressées: « nous devons être fiers de ce qu’est l’Europe ! » Bien sûr ! Pour ma part j’ajouterai même : « Pouet ! pouet ! ». Tous les eurobéats de droite et de gauche éclatent en applaudissements. Mais oui, en plus ils en sont fiers ! Mais avons-nous le choix ? Barroso a, en effet, parfaitement identifié l’alternative à cette fierté. Il pourfend « ceux qui veulent revenir en arrière dans une Europe des tranchées ». Je suppose qu’il s’agit de nous. Oui « les tranchées », voilà notre projet politique, c’est bien connu. Sans oublier les armes chimiques qui allaient avec jusqu’à 1925, comme chacun le sait maintenant. Quoiqu’il en soit Barroso nous prévient : il ne permettra pas qu’on « oublie l’essentiel ». Oui, prenons de la hauteur comme il nous le recommande. Et souvenons nous bien qu’il s’agit « d’éviter une reprise sans emploi et donc accélérer le rythme des réformes structurelles » et surtout « éliminer tous les obstacles pour les entreprises ». Ouf ! On respire ! Beaucoup craignaient que Barroso nous annonce la socialisation des moyens de production. Et n’en profitons pas pour « oublier la défense des valeurs qui ne peuvent être négociées ». Je crois qu’il s’agit sans doute de la cupidité qui est le moteur de la concurrence libre et non faussée. Mais il est possible que ce soit les Droits de l’Homme à Cuba, ou la remise pied et poing liés de terroristes ignobles comme Snowden. A moins que ce soit la bonne tenue des bases secrètes nord-américaines, le droit pour les USA de nous espionner librement et ainsi de suite. Emouvant Barroso ! Après lui commence le beau défilé : droite « populaire » et sociaux-libéraux bêlent en cadence. Les uns contiennent raisonnablement leur enthousiasme, les autres maîtrisent dignement leurs insatisfactions. Tous communient dans le futur merveilleux que contient cette chose admirable qu’est l’Europe des pères fondateurs blablabla. Le porte parole des sociaux libéraux et des solfériniens dit que « le centre gauche et le centre droit diffèrent sur bien des points, mais…. (ah ! « mais ») » « le centre doit s’entendre pour faire vivre l’Europe ! » Voila qui est clair. Car, bien sur, mesdames et messieurs qui seriez tenté de vous disperser, quelle est l’alternative ? Hein ? « Il faut barrer la route à la xénophobie et au racisme ! » Vous voilà placés devant le vrai choix : le centre (gauche et droit) ou bien le racisme. Vous hésitez ? Du coup la seule chose intelligente qui est dite revient à la droite libérale dont l’orateur déclare : « ceux qui croient à la fin de la crise sont des somnambules. Le futur c’est une longue période de stagnation, comme au Japon après l’explosion de la bulle immobilière ». Je crois exactement la même chose. C’est ce que l’on peut appeler un chaos stable. Et c’est là la matrice de « l’évènement fortuit » qui ouvrira d’un coup la brèche comme un tissu se déchire d’un bout à l’autre s’il est en tension sur un point et qu’un humble accroc l’ébrèche. Surtout là où les populations sont jeunes et ne peuvent accepter ce surplace sans fin. Ce « centriste » tire donc la bonne sonnette d’alarme. Mais qui est derrière la porte à laquelle il sonne ? Les dirigeants et l’idéologie qui conduisent à cette impasse. Rien d’utile ne peut sortir de ces bavardages.
En début d’après-midi, voici le clou du spectacle : Lady Ashton. Quelqu’un qui réussit à donner un visage au néant diplomatique est une curiosité mondiale. La baronne commence sa récitation devant un hémicycle où nous sommes sans doute trente cinq sur 770. Ce qu’elle dit est considéré comme n'ayant aucune sorte d’importance. Il y a bravement 10 socialistes alors même que le meilleur des leurs est, à l’Elysée, en train de demander une guerre mondiale. Les donneurs de leçon de type José Bové et Cohn-Bendit eux-mêmes ne sont pas davantage là, quoiqu’il s’agisse de la Syrie et du danger de guerre que l’on connait. Bref : presque tout le monde se moque de ce que dit cette malheureuse baronne travailliste. Et alors ? La baronne lit son papier avec application, piquante comme un bonnet de nuit. Son propos est marqué par le sens de l’équilibre et de l’observation : seul le régime Assad a des armes chimiques et il est seul à pouvoir les mettre en œuvre. Sur cette base, on devine le reste. Elle assène que les membres du conseil de sécurité n’ont pas pris leurs responsabilités. Donc, tant qu’on n’est pas au garde à vous devant les va-t-en-guerre, tout usage du droit de veto reste une obstruction. On attend de voir le moment où la Grande-Bretagne renoncera à son droit de veto contre une résolution sur la libération des Malouines ou de Gibraltar qu’elle occupe illégitimement.
A présent voici les porte-paroles des groupes politiques. Mon collègue Salafranca, ultra conservateur espagnol, vice-roi des Indes quant aux apparences, s’exprime le premier. Il interroge. « On interdit les armes chimiques mais permet-on les autres armes à Bachar el Assad pour massacrer son peuple ? » demande-t-il ? On comprend. Mais au moins a-t-il le courage de demander ce que vont devenir les femmes enlevées dans le camp de Aschraf en Irak. Il est vrai qu’elles sont bien peu de chose face au mille tués du mois de juillet, dans ce pays dont personne n’a jamais dit un mot ni ici ni ailleurs. Les bienfaits de l’intervention militaire précédente continuent de faire leurs effets. Vient le tour de l’orateur social-libéral, le tchèque Svoboda. Il parle très bien pour ne rien dire et égrène le vœu pieux comme personne. Puis on passe bravement au suivant, le président des « centristes », un bon libéral. Lui sait que c’est le régime de Bachar el Assad et personne d’autre qui est responsable. A lui tout seul et depuis sa Belgique, il vaut la délégation de l’ONU tout entière qui, elle, n’a pas encore remis son rapport sur son séjour sur place. D’ailleurs il agite sans cesse le rapport de Human Rigth Watch, cette ONG qui avait déjà démasqué en Chavez un dictateur et dénoncé son régime soviétique. Ici tout le monde fait des moulinets contre les armes chimiques. Mais, bien sûr, personne ne mentionne l’Egypte et Israël qui en détiennent tout aussi légalement que la Syrie, pour la raison qu’aucun de ces pays n’a signé ou ratifié la Convention de 1993 qui interdit la détention de telles armes et oblige à leur destruction. Destruction qui n’est toujours pas finie ni aux USA ni en Russie. Ces deux pays en détiennent encore des stocks équivalents à plusieurs dizaines de fois les quantités suspectées en Syrie. Je lève mon carton bleu pour interroger sur ce point mon collègue Broke après son intervention. J’ai eu tort de me départir de ma règle sur le sujet dans ces lieux de parole étriquée. Le président me coupe la parole au bout de 10 secondes. Bon, la comédie a assez duré ! S’il faut en plus se faire clouer le bec par un androïde comme celui qui préside la séance, à quoi bon ? Quel intérêt de rester plus longtemps à subir en silence ce défilé d’amis de la guerre ? De toute façon, la baronne n’est rien, ce débat non plus, cet hémicycle est une farce et il n’y a pas de politique étrangère de l’Union européenne. Et c’est tant mieux. Dommage qu’en rentrant à la maison, je retrouverai le même néant sous les traits du président Hollande. Je quitte la place où j’ai eu le bonheur de formuler ce matin trois cent votes en une heure et demie, et je rejoins mon bureau. En effet, il y a du pain sur la planche. Ce matin, trois collaborateurs étaient sur la brèche pour analyser les rapports de la séance de la matinée, arrivés à la dernière minute, en anglais, of course. Demain pluie de rapports et autres documents navrants. On rédige donc en équipe des explications de vote et des fiches d’explication. Mieux vaut tout bien mémoriser car les votes sont souvent très stressants dans cet hémicycle. Tout cela sera sur mon blog européen à mesure. Il ne sera pas dit que j’aurai manqué à mes devoirs de compte rendu à mes mandants. Ce que ne font pas mes détracteurs.
Aux municipales, ne te découvre pas d'un poil !
Un sondage de l’institut CSA est paru à propos des élections municipales. Publié dans Le Figaro, il place le Front de Gauche à 10% des intentions de vote. Ce résultat est très encourageant pour nous. Bien sûr, nous n’avons guère confiance dans ce genre de thermomètre. Mais nous savons que certains de nos concitoyens y croient. Et nous connaissons leur impact sur le moral des militants. L’institut nous donne en hausse par rapport à son sondage précédent. Encore une bonne nouvelle ! Pendant ce temps, l’UMP et le PS sont donné en recul. Tout va bien ? Non bien sûr. Loin de là.
Immédiatement, les médias officiels répandent les fumigènes. Pour eux, l’événement du sondage ce serait la prétendue « poussée » du Front National. Pourtant, le FN est donné à 16%. C’est beaucoup, certes. Mais où est la percée ? Je rappelle que Marine Le Pen a recueilli 17,9% des voix à l’élection présidentielle. Avec les 16% que lui donne cet institut, son parti serait donc en recul.
L’événement politique de ce sondage, c’est le niveau du Front de Gauche. Le total des intentions de vote pour les partis se réclamant de la gauche est extrêmement faible. A peine 42% ! Dans ce naufrage annoncé, la seule lueur d’espoir, c’est le Front de Gauche qui est donné sans perte, presque au niveau de l’élection présidentielle.
C’est vraiment remarquable. Car le Front de Gauche est handicapé. Plombé. Nous souffrons de la confusion entretenue par l’idée que le Front de Gauche aurait un système d’alliance à géométrie variable. Et que certains de ses membres pourraient très bien faire campagne pour les listes du Parti solférinien. Tant que courra l’idée qu’on puisse manifester contre le ministre la semaine et voter pour le même ministre le dimanche, rien ne pourra être clair ni sincère.
Or, les élections municipales se dérouleront dans un océan d’abstention. François Hollande sème la résignation dans tout le pays. Et la compétition de ses barrons locaux n’est pas faite pour mobiliser le peuple. De notre côté, pour mobiliser les nôtres, il faut de la clarté. Nous devons donc mettre le plus loin possible de nous tout ce qui peut être pris pour du double langage et de l’ambigüité. Nous sommes payés pour le savoir ! L’ambigüité des atermoiements sur la participation ou non au gouvernement Ayrault nous a déjà coûté très cher dans les élections législatives de juin 2012. Nous y avons perdu la moitié des voix rassemblées à la présidentielle. N’avait-on pas dit à l’époque que les élus sortants et les candidats locaux « bien connus » feraient trois ou quatre points de plus qu’à la présidentielle ? Le clivage mobilise. La confusion démobilise. C’est une des leçons que nous avons tirées de la campagne présidentielle et des législatives qui ont suivi.
C’est la raison pour laquelle la question de notre dispositif pour les élections municipales à Paris est si importante. L’élection municipale à Paris est bien sûr une élection locale avec ses questions locales. Mais une élection municipale à Paris est un événement national à lui-seul. La visibilité y est maximale. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir la place qu’occupe déjà dans toute la presse nationale le duel entre Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet.
Paris est une vitrine. C’est vrai pour toutes les forces politiques. C’est encore plus vrai pour le Front de Gauche, puisque c’est là que nous avons tenu le rassemblement du 18 mars 2012 à la Bastille et la marche pour la Sixième République le 5 mai dernier.
La question de notre stratégie à Paris n’est absolument pas une affaire de personne. La question est éminemment politique : le Front de Gauche est-il capable de faire la démonstration de son autonomie, de ses solutions locales et de son esprit conquérant dans les élections municipales ? Paris détient une grande partie de la réponse. C’est pourquoi avec le Parti de Gauche et sept autres partis du Front de gauche sur neuf, j’y plaide pour une liste autonome du Front de Gauche au premier tour. Danielle Simonnet s’est mise en campagne et je soutiens sa détermination. En se prononçant clairement pour l’autonomie et en refusant le jeu mortel des palabres de marchand de tapis, elle montre son audace. Et c’est d’audace dont nous avons besoin. Ailleurs en France, nous nous battons aussi pour préparer la majorité alternative de demain. Les discussions ont commencé dans dix villes de France pour constituer des listes de premier tour entre les Verts et le Front de gauche. Les municipales ne doivent pas être une juxtaposition de querelles locales mais un chemin national passant partout dans chaque localité. Bref, ce sont des élections politiques. Il faut s’en souvenir à temps.