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07.04.2016

Le scandale Panama, c’est aussi celui de l’Europe

Certains journalistes et leurs bienfaiteurs/informateurs comptent bien tirer profit du scandale de Panama en choisissant leurs personnages mis sur le devant de la scène tandis qu’ils rangent soigneusement en retrait les autres. Nous devons en faire autant. Il faut en tirer tout le jus possible. Car c’est une formidable contribution à nos démonstrations politiques, cela va de soi. En particulier pour montrer une nouvelle fois le rôle désastreux des traités européens qui légalisent la possibilité de frauder. Car les comptes offshore ne sont pas seulement des « erreurs », ou des « abus ». C’est bien un système global qui est en cause. Celui de la libre-circulation des capitaux ! Elle est imposée et protégée par les traités européens : l’argent circule librement et rien ne doit l’en empêcher ! L’article 63 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne le dit clairement : « toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites ».

Dans cette affaire, le plus important est le discrédit moral que cette situation génère contre le système et la puissance de la finance, le poids et le rôle de l’oligarchie, la complicité totale des gouvernements libéraux et sociaux-libéraux. Cette situation place sous une lumière crue les encouragements au vol et à la fraude que donne l’Union Européenne en élisant pour diriger sa commission un personnage comme Jean-Claude Junker. Cet ancien Premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg pendant 18 ans a personnellement organisé un trafic fiscal de longue durée qui spoliait tous ses voisins et partenaires de l’Union. Pourquoi reste-il en poste quand les Islandais ont chassé leur Premier ministre en quatre jours après la découverte de sa participation aux fraudes ? Pourquoi cet épais silence des hystéro-européistes sur le « Luxleaks » au moment où éclate ce nouveau scandale mais où celui qui l’a révélé est inculpé, menacé de prison et d’une énorme amende ?

Antoine Deltour sera jugé le 26 avril prochain au Luxembourg. Il est accusé de violation du secret professionnel et du secret des affaires. Son crime ? Avoir révélé des preuves d’un système méthodique d’organisation de l’évasion fiscale des multinationales vers le Luxembourg sous le gouvernement de Jean-Claude Juncker. Antoine Deltour est un ancien membre d’un cabinet de conseil. C’est lui qui a sorti les informations sur ce système très organisé entre le gouvernement du Luxembourg et 340 entreprises multinationales. Il a dévoilé 28 000 pages de 548 accords entre le Luxembourg et ces firmes ! Ces accords ont permis aux plus grosses firmes transnationales comme Apple, Amazon ou Disney, et plusieurs banques, de réduire considérablement leurs impôts en organisant la remontée de leurs bénéfices vers le Luxembourg et en « encadrant » les impôts payés dans ce pays. L’administration fiscale du Luxembourg délivrait, et délivre toujours, un « rescrit fiscal » à l’entreprise, c’est-à-dire un document fixant les règles fiscales applicables et protégeant de tout redressement en cas d’erreur. L’évasion fiscale ainsi organisée se chiffre en centaines de milliards d’euros !

Antoine Deltour est français. Il risque plusieurs années de prison, et plus d’un million d’euros d’amende. C’est notamment lui qui a fourni ces éléments à l’émission Cash Investigation de France2. Que fait le gouvernement pour lui venir en aide ? Ne devrait-il pas tout faire pour récupérer cet otage d’une législation organisant la fraude ? Un site internet de soutien a été ouvert. Une pétition de soutien a recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures. De très nombreuses personnalités soutiennent Antoine Deltour. Je le soutiens également sans réserve. Son acte était un acte citoyen, défendant l’intérêt général. Qu’il soit poursuivi alors que l’instigateur de cette évasion fiscale dirige la Commission européenne est un symbole terrifiant du fonctionnement de l’Union européenne. Bien sûr, aucune entreprise bénéficiaire n’est poursuivie puisque ce système était et qu’il est toujours légal dans l’Union Européenne.

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