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15.04.2016

Les « Panama papers » deviennent « l’affaire Société Générale »

En visite au siège de l’ONU à New-York, le président de l’Équateur Rafael Correa propose une campagne mondiale pour la divulgation complète de la liste des noms des « Panama papers ». J’y souscris totalement.

Le cas de l’Équateur montre bien les conséquences d’une diffusion restreinte à quelques organes de presse. Dans ce pays, par exemple, les journalistes à qui ont été remises ces données sont au nombre de trois. Ils travaillent pour  El Universo et El Comercio. Ce sont là deux journaux de l’opposition. Des journaux opposants à la sauce latino : appel au meurtre, complot permanent, encouragement aux putschs et ainsi de suite. Bref, ce sont là deux journaux représentant l’oligarchie. Autant dire que les multimillionnaires et opposants comme Alvaro Noboa (l’homme le plus riche d’Équateur), ou d’autres comme Guillermo Lasso ou Jaime Nebot, deux figures de proue de l’opposition, n’ont guère de soucis à se faire. Pourtant Noboa avait déjà reconnu l’an dernier qu’il faisait de l’évasion fiscale via le Panama ! Seul le journal public, El Telegrafo, révèle leurs liens avec Panama. Il va de soi que les journaux de l’opposition ne s’empressent guère d’aller fouiller tout cela…

La publication de la liste intégrale reste donc un enjeu de l’affaire des « Panama papers ». Car la présentation des noms et la rétention d’autres obéit à des logiques politiques partisanes évidentes, partout dans le monde. Et en France aussi. La décision de ne publier aucun nom d’Américains sous prétexte qu’ils « ne sont pas connus » a montré très vite ses limites. J’avais écrit  dans mon précédent post que ces inconnus ne l’étaient sans doute pas pour tout le monde. Et de fait, on s’est vite aperçu qu’un membre de l’état-major de Hilary Clinton était inclus dans cette liste « d’inconnus ».  En tous cas, l’affaire n’en a pas fini de connaître des rebondissements. Politiquement, plusieurs pays sont atteints au cœur de leur dispositif comme en Islande et en Grande Bretagne. En Amérique latine, le nouveau gouvernement de droite de monsieur Macri est confronté à une sérieuse révolte. L’onde de choc n’est donc pas épuisée. En France, je crois que l’affaire n’est pas encore à maturité complète.

En attendant, la Société Générale a décidé de porter plainte en diffamation contre moi. Que me reproche-t-elle ? D’avoir traité de « menteurs » ses dirigeants. Mais son président a juré, sous serment, le 17 avril 2012 devant une commission d’enquête du Sénat sur « l’évasion des capitaux et des actifs hors de France et ses incidences fiscales », avoir cessé ses activités dans les paradis fiscaux. Frédéric Oudéa a tenu les propos suivants : « la Fédération française des banques avait pris, au nom des établissements qu’elle regroupe, l’engagement de fermer les implantations dans les paradis fiscaux définis en référence à la liste grise de l’OCDE. Les banques françaises ont appliqué cet engagement. La Société Générale a fermé ses implantations dans les pays qui figuraient sur cette liste grise, mais aussi dans ceux que désignait la liste des États non coopératifs, c’est-à-dire en pratique, pour nous, à Panama ».

Si la Société Générale avait fermé ses implantations dans les paradis fiscaux en 2012, comment expliquer le fait qu’elle soit l’une des cinq banques du monde à avoir le plus sollicité le cabinet panaméen Mossak et Fonseca pour ouvrir des sociétés offshore ? Comment se fait-il que sur les 979 sociétés ouvertes par la banque dans différents paradis fiscaux entre 1977 et 2015, une petite centaine soit encore active ? La banque joue sur les mots et nous prend pour des idiots. Pour sa défense elle explique que « il ne faut pas confondre une implantation détenue et opérée par une banque et les sociétés ou structures qui sont détenues par nos clients » et que les deux fondations encore actives à Panama « ne sont pas contrôlées par la Société Générale, mais servent deux de nos clients, pour des motifs dont nous nous sommes assurés. Il n’y avait donc pas de raison de les supprimer ». C’est un argument particulièrement fallacieux de la part de la banque. En effet, à quoi sert une banque sinon à servir d’intermédiaire financier pour ses clients ?

M. Oudéa fait le fanfaron en croyant ainsi dire qu’il n’a pas menti parce que la banque n’aurait pas d’activités pour son propre compte. Mais cela ne signifie nullement qu’elle n’avait pas d’activités dans les paradis fiscaux. Les propos d’avril 2012 ont été tenus devant une commission d’enquête parlementaire et prononcés sous serment de dire la vérité. Une commission d’enquête parlementaire dispose de pouvoirs spéciaux : mentir devant elle est apparenté à mentir devant un enquêteur de police ou un magistrat. C’est un délit passible de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende comme tout « faux témoignage ». Le bureau du Sénat doit décider le 28 avril d’engager ou non des poursuites judiciaires contre lui. Il se prononcera  à la demande des sénateurs communistes et notamment d’Éric Bocquet le rapporteur de la Commission d’enquête sur « l’évasion des capitaux et des actifs hors de france et ses incidences fiscales ».

La banque va attaquer. La plainte contre Jérôme Kerviel, son avocat et moi est le signe d’une volonté d’intimidation. C’est une rude bataille qui commence. Ces gens-là ne sont pas des gentils, ils ne jouent pas. Je renvoie les naïfs aux propos des enquêtrices de l’affaire Kerviel. La commandante de police Nathalie Le Roy et la vice-procureur Chantal de Leiris ont elles-mêmes dit avoir été « manipulées » par la Société Générale dans leur enquête. Il faut donc s’attendre à recevoir tous les coups, les plus bas comme les plus tordus. L’action populaire contre la direction de la banque est la meilleure garantie que l’affaire des « Panama papers » ne sera pas enterrée. Elle est ma protection contre les coups tordus et l’absence de solidarité de partis de « la gauche des primaires » comme le PS, le PCF et EELV.

Car la banque et son directeur-général ont des amis puissants. M. Oudéa a été membre du cabinet de Nicolas Sarkozy en 1993 quand il était ministre du Budget. Et il a été fait chevalier de la Légion d’honneur l’an dernier à la demande du ministre Michel Sapin et de François Hollande. Il est aussi soupçonné d’avoir séquestré des cadres de la banque pour exiger le silence total au moment de l’affaire Kerviel. L’oligarchie prise la main dans le sac sort les griffes. Elle n’est pas tirée d’affaire. La commission d’enquête sénatoriale n’ayant plus d’existence depuis son rapport de 2013, c’est le bureau du Sénat qui doit engager les poursuites. Il se prononcera donc le 28 avril. Mais la pieuvre a les bras long. L’influence est ample. Déjà, la droite sénatoriale veut gagner du temps. Philippe Dominati, ancien président de la commission d’enquête veut reformer ponctuellement la Commission d’enquête pour ré-auditionner Oudéa plutôt que de saisir le bureau pour engager des poursuites. Pour lui, « pour l’instant, il serait irresponsable de dire qu’il y a faux témoignage sans débat contradictoire ». Mais nombre de sénateurs sont choqués d’avoir été ainsi bernés par M. Oudéa. Je demande au bureau du Sénat d’engager des poursuites. La banque, elle, ne se gêne pas pour attaquer en justice ceux qui dénoncent ses agissements comme je l’ai fait.

melenchon wanted societe generale Comme je l’ai dit sitôt la nouvelle de la plainte connue, je ne me tairai pas. Il faut développer l’action de conscientisation et de protestation. Face à la plainte, mes camarades ont réalisé un petit visuel humoristique pour tourner en ridicule la banque. Vous pouvez le télécharger, l’imprimer et scotcher cette affichette où bon vous semble. Déjà je me réjouis de voir à travers les actions comme celle d’Attac que cette banque est devenue l’incarnation de toutes les turpitudes du système financier aux yeux de tous. En effet, Attac a aussi décidé de dénoncer la Société Générale. En réponse aux révélations des « Panama papers », l’association a lancé un appel à occuper les agences de la banque !  Plusieurs agences ont déjà été investies par des militants comme à Paris ou au Mans, de manière bon enfant et pacifique. Marie-George Buffet a aussi demandé la démission du Directeur-général de la Banque Frédéric Oudéa.

L’étau se resserre autour de la banque. J’espère que la pression va encore grandir contre sa direction et le système dont elle est un rouage. J’ai entendu que les syndicats de la banque mettaient en cause la « crédibilité » de la direction et donc la « confiance » qu’ils pouvaient avoir en elle. La banque a été perquisitionnée le lendemain des révélations, mardi 5 avril, dans un silence des chaines d’info en continu qui est un puissant signal politique…. Une pétition/déclaration est en cours de finalisation pour organiser la solidarité avec les inculpés pour diffamation que nous sommes. L’affaire ne fait donc que commencer. Puisque la banque a commencé !

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