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Du sorpasso à gauche au sorpasso de la gauche – Par François Cocq

Cet article a été publié sur le blog de François Cocq

Les élections générales espagnoles qui avaient lieu ce dimanche étaient attendues avec beaucoup d’impatience. Et si nul décalque ne saurait être appliqué, elles sont cependant riches en enseignements alors que Podemos et Izquierda unida s’étaient retrouvés ensemble dans Unidos Podemos pour tenter un sorpasso à gauche, un dépassement du PSOE. Premier tour d’horizon à chaud.

  1. Le sorpasso à gauche n’a pas eu lieu : en décembre 2015, Podemos recueillait 5 212 711 voix et 20,68 % tandis qu’Izquierda Unida comptabilisait 926 783 voix soit 3,68 % des suffrages exprimés. Six mois plus tard, l’étiquette commune plafonne à 21,2% et 4,9 millions de voix. Même en siège, aucun gain n’est enregistré, 71 députés se substituent aux 69 + 2 précédents, nous rappelant ainsi la maxime énoncée par Inigo Errejon : « 1+1 au mieux s’additionnent, mais jamais ils ne se multiplient ».
  2. Car dans le même temps le PSOE a freiné son déclin : alors que le parti socialiste ouvrier espagnol recueillait 22% soit 5,5 millions de voix en décembre 2015 (90 députés), il se maintient cette fois à 5,4 millions de voix soit 22,7%, perdant malgré tout 5 sièges. C’est un coup d’arrêt à l’effondrement enregistré depuis 2008 (43,9% des voix en 2008, 28,7% en 2011) mais qui maintient le PSOE à son niveau plancher historiquement bas.
  3. La droite se renforce : Le Parti Populaire (PP) recueille 33% des suffrages (137 députés) contre 7,2 millions de voix et 28,71 % (123 députés) en 2015. Pour autant là aussi sur le temps long, le déclin du PP est inéluctable (en 2011, le PP recueillait encore 10,8 millions de voix soit 44,6 % des suffrages).
  4. Ciuadadanos paye son retour dans le vieux monde : en léger recul en voix (13 % contre 13,9% il y a 6 moi), Ciudadanos perd 8 sièges (32 contre 40). Contre-point à Podemos lancé initialement par la droite, Ciudadanos a collé durant toute la fin de la campagne au PSOE dans l’espoir de pouvoir se lier à celui-ci pour former un gouvernement. Mais tout ce qui a à un moment pu faire souffler un vent nouveau se retrouve immobilisé dès qu’il se rapproche d’une manière ou d’une autre des calculs et des pratiques de l’ordre ancien.
  5. Le prix à payer : un essoufflement démocratique : 2015 avait marqué une remontée significative de l’implication citoyenne avec 25,4 millions de votants soit 73,2 % de participation. Celle-ci retombe cette fois à 69,8 %, un score historiquement faible pour l’Espagne. Conséquence : le bipartisme qui règle la vie électorale espagnole depuis 1978 et qui s’était vu mis à mal en décembre dernier (à peine 50% pour PP+PSOE) retrouve une légère respiration (PP+PSOE dépassent les 55%). Pour autant, le pays reste a priori ingouvernable, aucune coalition ne pouvant apparemment atteindre les 175 sièges requis (sur 350).

Il faut se garder d’analyses trop rapides, d’autant que des éléments décisifs tels que le Brexit n’auront pas manqué de peser sur le scrutin. D’une manière générale, la situation se fige et les lignes de clivages apparues au début de cette séquence politique s’enracinent. C’est un acquis pour Unidos Podemos qui dispute désormais la direction de la gauche au PSOE. C’est aussi une limite. A avoir décidé d’emprunter un chemin de traverse pour couper court en s’alliant avec Izquierda Unida, Podemos n’a pas fait de démonstration électorale. Au contraire, l’anticipation d’un retour à une latéralisation gauche-droite traditionnelle semble avoir eu tendance à assécher la dynamique populaire qui avait commencé à régénérer la vie démocratique espagnole. Et au final favorise mécaniquement la droite. La stratégie du sorpasso à gauche s’est avérée insuffisante. Celle du sorpasso de la gauche demeure nécessaire.

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