marseille

29.09.2018

La rage au coeur

Je croyais en avoir déjà tant vu depuis que j’arpente le pays dans ses coins et recoins ! Mais ça ! J’écris ces lignes la rage au cœur. Dans ce petit coin de Marseille, une gosse de six ans est tombée du 12e étage il y a un mois parce que les garde-corps des balcons n’ont pas la hauteur réglementaire. Cette semaine dans la rue au pied de cet immeuble, une maman s’est fait happer par un chauffard qui roulait à fond sur la rue mitoyenne. Le temps de pousser sa gosse hors de portée et la voilà à terre, puis à l’hôpital, le côté du corps broyé. C’était la fois de trop. Les gens ont bloqué la rue nuits et jours pendant trois jours. Les copains de la France insoumise ont été appelés à la rescousse. Ils se sont joints à eux à fond nuit et jours ! À la fin, « on » y a construit en urgence deux ralentisseurs. Cela faisait 28 ans que cela était réclamé ! Le blocage total seul a permis un début de solution. Mais il n’y a toujours ni passage piéton ni feux pour traverser devant l’école. Il n’est pas sûr qu’au prochain gosse accidenté quelqu’un fasse quelque chose.

L’arnaque, les promesses et l’abandon règnent en maîtres depuis si longtemps ! Ici les gens paient aux marchands de sommeil impunis 1200 euros par an de charges. Ils paient des loyers de 600 à 800 euros dans des cages d’escaliers aux ascenseurs continuellement en panne. Partout courent les rats et les blattes. Misère ordinaire des proies des marchands de sommeil. Une même conjuration de marchands de sommeils impunis, de ping-pong des officiels de tous poils tient à la gorge toute la population.

Comme celle des habitants aux alentours du collège Versailles en plein Marseille. Un collège Pailleron, construit en 1968. Évidemment, les gens ne savent plus ce que c’est. Il y a 17 ans, la rénovation a été annoncée. Les préfabriqués ont même été installés. Et depuis 17 ans… plus rien à l’horizon. Entre l’autoroute qui surplombe les salles de classes en préfabriqué, et les tas d’ordure, l’eau croupie et les façades lépreuses, 500 collégiens sont donc parqués entre une misère à domicile et une autre en public. Ces gosses sont beaux, disciplinés, polis et respectueux avec l’adulte que je suis. Un prof me dit : je les respecte beaucoup de les voir se tenir si droits dans cette situation. Et moi aussi. Pas comme cet enfant-roi mal élevé qui hurle sans discontinuer tout ce qu’il veut dire dans ce wagon où j’essaie de travailler pendant les trois heures de trajet où ses parents m’ont inclus de force dans leur foutoir de bobo.

Il y a deux jours, la présidente du Conseil général est passée. L’eau croupie et les ordures de la rue ont été nettoyées juste avant. Je suis passé ce matin. La veille les carcasses abandonnées et les ordures du parking ont été enlevées. Les visites « officielles », ça sert au moins à ça ! Et le reste ! Cet ado qui garde ses manches longues par 34 degrés pour pas qu’on voit les boutons de cette maladie qui ronge la peau de ceux qui vivent dans les taudis ! Ces gosses déscolarisés en primaire qui viennent au collège sans savoir lire ! Ces jeunes aux handicaps physiques ou mentaux sans assistance dans des salles de classe à 25 ! Leurs profs sont des héros. La dernière ligne de la foi républicaine qui passe le message essentiel : le savoir libère !

Ici les logements sont classés insalubres mais personne n’est relogé, loi Dalo ou pas. Les marchands de sommeil restent impunis et la vente des HLM à la découpe inventée par Macron va faire leur ouvrir les vannes aux bonnes affaires. Là-bas, la rue est dangereuse mais la sécurité des piétons est le cadet des soucis des bureaucrates qui pérorent dans les colloques. Collomb regarde ailleurs. Ici l’eau courante n’arrive pas. Là c’est l’électricité, heureusement. Le pays a l’abandon, le peuple à l’abandon. Vingt ans d’idéologie libérale à l’œuvre !

Soyez maudits vous les puissants qui avez organisé un tel monde d’abandons et de souffrances pour « libérer les énergies », « responsabiliser les familles » et toutes ces mantras pourris que vos bouches parfumées font couler comme du vomi sur ces malheureux. La « dématérialisation des démarches administratives » va finir le sale boulot d’isolement et de relégation de ces milliers de gens. Dans le monde qui se prépare, ce sera tout comme ce jour que je viens de passer entre l’accueil amical dans la rue superbe d’un quartier délicieux, barrée par une grille coulissante, et cette plongée cinq minutes plus tard dans un faubourg de Delhi au cœur de ma pauvre patrie martyrisée par des brutes pour qui il y a des gens qui ne sont « rien ».

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