gilets jaunes

05.03.2019

C’était censé être des vacances

La fin de semaine aura vu 5600 manifestants pour tout le pays selon Castaner. Un coup de poker menteur comme un autre. Il finit de ridiculiser son auteur et les médias qui colportent un chiffre aussi stupidement manipulé. La vérité est que vient encore de s’accroître la férocité de la répression, les jugements à la chaîne, les insultes au véritable ordre républicains par ceux qui sont censés l’incarner. Le pays a pris en profondeur une pente vers l’autoritarisme d’État. Mais il y a aussi l’autre versant de la réalité. Dorénavant la preuve va être faite que le mouvement va tenir au-delà de la date de clôture du prétendu « grand débat ».

Donc le rendez-vous du 16 mars va être un temps central de la séquence. Il va combiner dans les rues du pays une présence populaire dont le sens a une profonde portée contre les dominants de notre temps, ceux qui épuisent, sans vergogne ni conscience de l’intérêt général, la nature et les êtres humains. Bien sûr, nous pouvons être fiers, nous les insoumis, d’avoir mis à l’ordre du jour de l’Assemblée la proposition de loi sur le RIC. Mais je crois aussi que la contribution la plus efficace au mouvement qui aura été faite en ce moment est la diffusion du film de François Ruffin et Gilles Peret. On peut dire qu’on ressort de la salle avec l’envie de participer au combat plus forte et plus ancrée en soi. Je recommande à tous d’aller voir ce film. Non seulement pour son message politique mais aussi pour la part de beauté humaine qu’il contient. Perret et Ruffin ont produit un vrai chef d’œuvre d’art populaire qui se présente comme protagoniste du moment et pas seulement comme un témoignage ou un documentaire. Dans la salle on rit, on pleure, on hue Macron. C’est un visionnage participatif d’un genre nouveau. Ne manquez pas ce moment : c’est de l’histoire de l’art autant qu’un évènement politique.

Je ne clos pas ce court billet introductif sans un mot pour l’Algérie en mouvement. Les hommes et les femmes qui se mobilisent engagent un processus d’insurrection citoyenne dont je reconnais les traits pour la part d’universalité qu’ils montrent. Leur revendication de dignité s’applique aussi bien aux personnes qui se mobilisent pour avoir le droit à une représentation digne et consentie de la Nation qu’à la personne dont elles mettent en cause la candidature. Un homme malade et muet ne mérite-t-il pas au moins la compassion des siens pour lui éviter une comédie aussi offensante pour l’histoire qui a été la sienne autrefois ? Quant au peuple algérien, il nous coupe le souffle d’admiration. Sa détermination, son calme, sa bienveillance et sa victoire maîtrisée sur la peur devraient nous servir de leçon.

Que ne sommes-nous aussi courageux de ce côté-ci de la mer commune ! Nous autres Français, sommes unis aux Algériens par l’histoire tragique dont on se souvient. Mais dans le présent nous le sommes d’une tout autre manière, ô combien plus forte et intime, par les millions de binationaux qui composent nos deux peuples. Il y a dans les générations de cette époque sur les deux rives un intérêt commun dans le futur qui s’avance. Un écosystème commun en péril, bien sûr, avec la Méditerranée. On le sait. Mais surtout une mixité culturelle au sens le plus large, si avancée et telle que rien n’arrive à l’un sans que l’autre puisse en être indemne. On devine que pour des gens comme moi, mais combien d’autres aussi, chaque heure qui passe, chaque image qui nous parvient, chaque témoignage qui nous arrive est reçu ardemment, le cœur gonflé d’espoir.

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