erdogan

11.10.2019

Plutôt Erdogan que le socialisme kurde ?

Cela a commencé le dimanche 6 octobre. Un communiqué de la Maison Blanche annonçait le retrait des troupes américaines du Rojava syrien suite à une conversation téléphonique entre Trump et Erdogan. Vingt-quatre heures plus tard, le même Trump déclarait finalement le contraire. Mais dans le même temps, les militaires états-uniens quittaient bel et bien les villes de Ras-al-Aïn et Tal Abyad, à la frontière entre la Turquie et la Syrie. Erdogan ne cachait pas ses intentions d’invasion de la région syrienne contrôlée par les kurdes. Et finalement, lorsque le dictateur turc a déclenché son offensive mercredi 9 octobre, les États-Unis ne l’ont pas empêchée.

Il s’agit là d’un abandon et d’une trahison. Les combattants kurdes ont été l’élite de la lutte contre le terrorisme islamiste de Daech. En 2014-2015, l’héroïque bataille qu’ils ont mené pendant des mois à Kobané fut la première défaite importante de notre ennemi. En 2017, lors de la prise de Raqqa, où Daech avait installé sa « capitale », ce sont les Kurdes qui formaient le gros des troupes au sol pour les en expulser. Les Kurdes ont payé le prix fort pour combattre un ennemi qui frappait la France directement sur son sol. Ces derniers mois, les États-Unis, qui se présentaient encore comme leur allié, leur avaient demandé de quitter des postes stratégiques  à la frontières avec la Turquie. C’était avant de les trahir.

Les insoumis ont tout de suite réagi dans le sens du soutien et de la solidarité envers les combattants kurdes. Lundi et mercredi, les communiqués du groupe parlementaire insoumis et les miens avaient pour objectif d’alerter l’opinion publique afin de mettre la pression à Macron pour qu’il demande la réunion du conseil de sécurité de l’ONU. Il lui aura fallu deux jours pour le faire. Mercredi, la présidente de la commission des Affaires étrangères, Marielle de Sarnez, a pris l’initiative d’un communiqué commun de la commission dans ce sens, que j’ai approuvé. Je crois en effet qu’il faut réunir l’arc des forces politiques le plus large possible. Il s’agit ici de la crédibilité de la France et de la stabilité en Syrie à laquelle nous avons intérêt.

Bien sûr, les insoumis sont particulièrement liés aux Kurdes du Rojava. Les 21 et 22 janvier derniers, deux députées de notre groupe, Mathilde Panot et Danièle Obono, étaient allées au Rojava en Syrie, auprès de dirigeants politiques kurdes. Le modèle politique développé par le PYD, le parti de l’union démocratique dans cette région est selon nous remarquable. Il repose sur la démocratie directe à l’échelon communal. Il respecte les minorités et affiche un féminisme militant. Par ailleurs, les Kurdes du Rojava rejettent toute assignation identitaire, religieuse ou ethnique. Leur approche est citoyenne. À l’autoritarisme, ils opposent la souveraineté populaire ; au tri ethno-confessionnel, le pluralisme ; à la dépendance aux réseaux clientélistes, des services publics de qualité et un modèle de société solidaire face à la corruption généralisée. Le peuple kurde, au-delà de son droit à l’autodétermination, est ainsi quasiment le seul à proposer une solution politique susceptible de construire une paix durable dans la région.

À l’inverse, Erdogan et la Turquie représentent les vieilles solutions de l’obscurantisme religieux et de l’autoritarisme autocratique. C’est-à-dire précisément celles qui suscitent des conflits plutôt que de les résoudre. C’est aussi cela qui se joue dans la survie des Kurdes : la possibilité d’une solution politique viable pour la région. Pour toutes ces raisons, notre présence dans l’OTAN, aux côtés des bourreaux des kurdes et de ceux qui les abandonnent n’est plus tenable. Notre participation à cette alliance militaire nous conduit à être avec ceux qui font progresser l’islamisme au Moyen-Orient plutôt qu’avec ceux qui le font reculer. Ce n’est ni conforme à nos principes, ni à notre intérêt.

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