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02.02.2020

La semaine de la lutte de longue durée

L’interminable conflit de la réforme des retraites ne dure que du fait du prince. On le sait. Ce qui était moins donné d’avance, c’est l’incroyable résistance dans la durée de tant de catégories sociales. Toute la situation dès lors fonctionne comme une immense école de formation. Les gens les plus éloignés de toute réflexion politique entrent dans le sujet en explorant et en consultant tous les arguments. Il est rare qu’ils en restent aux seuls aspects techniques du sujet. Le thème des retraites devient bien vite le déclencheur d’une pensée plus large sur la société et le sens de la vie.Le régime Macroniste a provoqué un déplacement culturel de masse. La domination des fadaises néolibérales est close de façon frappante. D’ample secteurs de la société ont pris conscience des limites du « chacun pour soi » comme mode gestion de la vie en société. Ne pas croire que cela soit aussi abstrait qu’il y parait.

L’épisode du refus des jours de congés pour le décès d’un enfant en dit plus long qu’un simple aveu de cruauté imbécile de la part des robots de « En Marche ». À vrai dire, nous pensions tous que la mesure « passerait comme une lettre à la poste ». Le refus nous surpris les premiers. Comme les arguments macronistes étaient parlants ! Et comme l’indignation le fut tout autant. Les sondeurs perpétuels de l’Élysée donnèrent l’alerte. Certes, le revirement de Macron et du régime surligne le coup que le régime vient de se donner. Mais il lui sera moins coûteux que de persister et de rester jusqu’à la fin du mandat avec l’image terrible de ces faces de pierre qui refusaient de « se payer de bons sentiments sur le dos de l’entreprise » comme ils ont osé le dire. La réaction du MEDEF aura surpris. C’est un signe de plus.

Exactement comme lorsque ce même MEDEF demande le maintien du régime par répartition pour les cadres supérieurs que la reforme pousse la baillonnette dans le dos vers l’obligation d’aller cotiser cher aux régimes par capitalisation. Épisode savoureux s’il en est. Dans l’immédiat, il montre non pas que « Macron et sa bande sont hors sol », mais que le registre de leur culture politique les enferme dans une bande étroite de références et de comportements. Le temps où je dénonçais le « banquier » Macron n’est pas si loin, même si on ne trouverait plus personne aujourd’hui pour me charger à ce sujet.

Ce que j’en pensais se vérifie. L’imaginaire et l’affectif commun de ce type de personnages, lui et les siens, sont restreints à quelques paramètres très limités : celui du monde de l’égoïsme et du calcul froid typique des technocrates de la finance. Mais la communauté humaine intègre des dizaines d’autres paramètres comme autant de bonnes raisons d’agir, de refuser, d’approuver et ainsi de suite. Le monde des valeurs du régime macronien et des financiers est d’une incroyable pauvreté humaine. S’émouvoir de voir mutiler, éborgner, pleurer un enfant et n’être alors plus capable de rien d’autre, tout cela leur semble une étrange perte de temps. Une irrationalité simple à surmonter sous le fouet de la nécessité.

Du coup, on peut dire qu’ils ne comprennent plus rien à la société réelle. Jusque dans l’économie. Ainsi pour les cadres supérieurs expulsé du régime général des retraites. À ce niveau de salaires (il s’agit de plus de dix mille euros par mois) ces personnes jouent leur carrière sur le plan international (sauf les journalistes). C’est donc leurs employeurs qui vont devoir regeler l’ardoise pour ne pas les voir partir. Macron le savait ? Ou bien s’est-il seulement dit : ils peuvent se payer ça, qu’ils viennent abonder nos fonds de pension. De tels dirigeants sont dangereux pour tous, pour tous les milieux sociaux, pour toutes sortes d’intérêts bien compris. La logique de la finance est par essence insensible à autre chose qu’à ses propres objectifs. Elle est incapable de compromis ou d’anticipation face aux comportements humains de la société. Embastiller des lycéens de 16 ans, envahir une église pour en arracher des manifestants, se précipiter pour approuver le plan dément de Trump à propos d’Israël Palestine, rire cyniquement de l’éborgnement des manifestants avec un T-shirt et tant d’autres choses de la macronie quotidienne où cela mène-t-il la dignité d’un pouvoir en démocratie ?

En fait, cela n’a d’efficacité que dans un secteur très restreint de la société. Pour tout le reste, ce sont autant de soufflets qui ravivent les flammes de la rébellion ou les hauts le corps du dégoût. C’est pourquoi le régime est passé si vite de la contestation à la détestation et de là à cette sorte de haine rageuse qui s’observe partout. Et c’est pour cela que le mal fait ne peut être défait, la pente dévalée ne peut être remontée. Ni pour la macronie ni pour le programme néolibéral dont elle se réclame. Le mini épisode sur le congé pour deuil parental leur fera aussi plus de mal que la suppression de l’ISF.   

Toutes ces considérations sur l’état des mentalités publiques ne me font pas oublier l’essentiel. La lutte se mène sur le plancher des vaches. Dans le concret. Les formes d’action qui prennent le relais de la grève ou qui la prolongent ont fait la preuve de leur efficacité. Au royaume de l’image, celle-ci est reine mieux qu’un slogan. La bataille parlementaire va commencer. Nous avons signifié au régime que son obstruction parlementaire lui vaut la réplique de nos 19 000 amendements. Bientôt va venir la suite. Car l’obstruction vient de l’Élysée. C’est lui qui a décidé une loi avec 29 trous que remplissent 29 ordonnances. Lui qui a décidé de l’étude d’impact consciemment truquée. Lui qui a décidé le passage en force contre l’avis du conseil d’État. Se soumettre au rituel dans un tel cas c’est se renier. Nous ferons feu de tout bois. Ce n’est pas faute de ne pas avoir prévenu. Mais bien sûr, comme d’habitude le régime a pensé qu’il intimiderait et pourrait, encore une fois, bousculer tout le monde.

Bien sûr, cette bataille est spécialement difficile à faire fonctionner. Les élus LREM sont plus de trois cent. Nous sommes 17. Nos partenaires communistes sont 16. Les socialistes sont trente. Les tours de rôle dans l’hémicycle sont d’un mois et demi à la LREM et de deux jours et demi pour les Insoumis… Chacun de nos trois groupes a sa pile d’amendements. Tenir la tranchée sera rude. Mais nous nous préparons à le faire avec méthode ! À nos yeux le corps de bataille essentiel reste dans la rue et les entreprises. Mais à ce niveau de mobilisation doit correspondre un niveau de mobilisation équivalent et représentatif au Parlement. C’est non seulement un renfort de poids. Mais c’est aussi faire vivre la démocratie représentative. Car si elle ne devait plus se résumer qu’a entériner les choix du monarque présidentiel ou de ses robots irresponsables de l’épisode du deuil pour le décès d’un enfant nous serions coupables d’être leurs complices. L’anémie définitive du Parlement serait la meilleure démonstration de l’inutilité que lui reproche le régime. 

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