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D’une émission politique à l’autre

Vous avez été nombreux à apprécier ma participation à l’émission politique de BFM. Moi aussi j’ai été assez satisfait du moment passé là. Certes, il était sans concession et parfois même un tantinet âpre. Mais il a fonctionné sans traquenard, ce qui change tout et notamment l’ambiance en plateau. Je ne commente donc pas davantage. Qui le veut peut le retrouver en ligne. En visite cumulées il a été vu par 4,7 millions de personnes, 390 000 restants présents en permanence le temps des deux heures d’émission. Ce succès d’audimat montre qu’il y a un public pour les soirées politiques sans tentative de mise à mort du taureau politique.

Cette sorte d’anti-France 2 a quand même eu ses limites, d’ailleurs incompréhensibles, avec la participation d’un pseudo « petit patron » apolitique qui est en réalité un cacique du Medef lié à la bande à Macron en ligne directe. En l’écoutant réciter les mantras habituels j’ai fait le pari de ne tenir aucun compte de ce qu’il avait dit. J’ai eu le « nez creux » comme on dit. Du reste sur le plateau les journalistes non plus ne s’y intéressèrent pas. Je crois que c’est une forme de respect pour leur éthique professionnelle de ne pas participer à une usurpation d’identité de cette sorte.

Ce qui me parait important dans la façon de procéder de cette émission est la confrontation à des journalistes spécialistes du domaine traité dans l’entretien. On touche alors à la réalité de la structure politique de notre temps où les journalistes sont des protagonistes directs du débats public, souvent plus connus que les personnalités politiques qu’ils interrogent. Dès lors, l’exigence intellectuelle s’affiche sans que les journalistes se sentent obligés de se comporter comme des militants politiques. Ils vous cuisinent sans hargne mais méthodiquement. On ne peut pas s’en plaindre. On répond aussi bien qu’on peut et le téléspectateur reste le juge final. Cette exigence est l’enjeu de la politique à mes yeux. Et c’est en même temps la condamnation du système pitoyable de l’information spectacle dont l’info de divertissement est ailleurs la forme aboutie.

J’en suis la preuve si l’on se réfère à ce que France 2 avait tenté de m’infliger un mois auparavant. Peut-être vous souvenez vous de cette « Émission politique »  à laquelle je devais participer à Marseille. Tout ce qui avait été prévu et négocié des jours durant auparavant ayant changé en dernière minute j’avais du décider de renoncer à ma participation. Bien sûr à 20h30 encore, l’organisateur du traquenard, sûr de lui et arrogant, étalait sa morgue à mon sujet « vous verrez, il a encore le temps de changer d’avis ». Stupeur quand il lui fallut bien constater que je ne viendrai pas. Installé dans un restau formidable du Vieux Port je fignolais la fin du script d’une vidéo pour TikTok « c’est Marseille bébé !». J’avais prévu en effet un tournage de nuit pour forcer l’effet sans recopier purement et simplement la scène des rappeurs marseillais que je parodiais. Sur le plateau de France 2 les présentateurs inventèrent que je refusais de venir car j’aurais exigé le départ d’olivier Véran qui s’y trouvait. La rédaction très sentencieuse déclara alors, à l’antenne, vouloir « garder le contrôle éditorial de l’émission ».

En fait la vérité est qu’il était prévu initialement que je sois l’invité de la soirée, que j’ouvrirai l’émission en réponse au discours de macron la veille. Je ne devais pas être en plateau avec Véran pour éviter le choc et la confiscation de parole des Marseillais invités à s’exprimer ce soir-là face au ministre. Pour finir rien ne se passait plus comme prévu. La « maîtrise éditoriale » ayant cédé à je ne sais quelle injonction je n’étais plus l’invité principal, je n’ouvrai plus l’émission pour répondre à Macron et je me retrouvais en face du ministre Véran pour le clash espéré par la rédaction politique en perdition. On connait le résultat : le pire audimat de cette émission avec à peine un million de téléspectateurs. De mon côté je savourais qu’au même moment ma vidéo Tiktok fit plus de deux millions de vues entre cette nuit là et le lendemain soir.

J’en étais resté là. Ni fleurs ni couronne et pas de polémique après avoir donné ma version des faits sur Facebook. Je suis bien décidé à en revenir à mon choix antérieur de me tenir à distance de ce genre de traquenard. J’ai eu tort de croire l’émissaire de France 2 venu dans mon bureau à l’Assemblée Nationale me proposer la fourbe « réconciliation » que je viens de décrire. J’optais pour l’émission politique de BFM puisque j’avais appelé de mes vœux que le secteur privé prenne l’initiative d’une séance dans la tradition des belles émissions, un peu solennelle, qui jalonnaient hier la vie du pays dans ce domaine.

Mais quelque temps plus tard, à l’occasion d’une interview dans Libération, une autre victime des coups tordus de France 2 prenait la parole pour révéler les mauvais traitements dont elle a fait l’objet ce même soir. C’est Michelle Rubirola, la maire de Marseille. Elle a raconté quel traquenard a été sa participation à cette même émission. Comme il est probable que beaucoup d’entre vous qui me lisez a présent n’avez pas vu ce récit, je me fais un devoir de le porter à votre connaissance. Ainsi pourrez-vous juger après coup, mais pour la suite de l’histoire de cette émission, ce que sont les méthodes politiques de ces gens qui veulent nuire à toute opposition au gouvernement. Mais surtout on découvre aussi l’incroyable amateurisme et manque de professionnalisme dans le travail sur lequel débouche l’arrogance et le mépris des autres. Depuis la publication de ce récit, la rédaction politique de France 2 n’a pas démenti. Voici donc le récit de Michele Rubirola.

« J’avais la rage, mais je l’ai gardé pour moi. Le gars de la technique, il me dit : “Vous avez vos écouteurs ?” Pourquoi j’aurais des écouteurs ? Il me répond : “Pour l’émission, il faut des écouteurs.” Je n’en ai pas, lui non plus. (…) Donc une collègue est partie chercher ses écouteurs J’aurais dû me mettre en colère sur les conditions de réalisation de l’émission. J’étais seule, là, avec une table minable, pas d’éclairage, pas de maquillage. Je n’ai pas de trousse de maquillage, c’est un défaut, voilà, j’ai jamais réussi en quarante ans de travail à avoir eu une trousse de maquillage sur moi »

« Qu’on le sache bien, je n’ai pas lu de notes. J’ai dit : “Où est-ce que je regarde ?” On m’a dit vous regardez là, l’écran de l’iPad, mais ce n’étaient pas des notes. Je pense que j’avais le regard trop baissé. Mais je ne me suis pas vue, je n’avais pas de retour. Il faut savoir tout ça ! Après, avec les écouteurs, je m’entendais en décalé. J’étais complètement perdue quand on me posait des questions, j’essayais de me concentrer en m’entendant encore parler. À tel point qu’on m’a dit après : “Tu aurais dû arracher les écouteurs, ce n’était pas possible de continuer comme ça.”»

« Un coup on m’a dit que je devais faire une vidéo, après on m’a dit c’est le plateau, après on m’a dit : “Non, parce qu’entre Véran et toi, ça ‘fighte’ tout le temps.” Finalement, c’est un duplex qui est décidé, dont l’installation technique a duré tout l’après-midi ! Benoît n’était pas là, il était en vacances. S’il avait vu, il m’aurait sans doute dit : “Tu es folle d’accepter ça !” Mais j’étais toute seule. » Telle est la rédaction de la chaine gouvernementale et soi-disant service public.

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