16.10.2021

Quand le centre gauche allemand s’éloigne de la gauche

L’accord de principe pour une coalition de gouvernement en Allemagne entre le parti social-démocrate, le parti des libéraux et les Verts est un document de grand intérêt si l’on tient compte des parallèles qui peuvent être faits avec la situation française et la source d’inspiration qu’ont toujours été les Allemands comme référence constante chez les Verts et au PS actuel. Ce texte ne va pas plus loin sur quelque sujet que ce soit que ne peuvent le supporter les libéraux. C’est le prix à payer pour une telle alliance et ce n’est pas vraiment un problème pour le parti socialiste allemand qui vient de gouverner avec Merkel dans deux gouvernements successifs de grande coalition.

D’entrée de jeu un cadre est fixé à la politique économique : « Dans le cadre du frein à l’endettement constitutionnel (règle d’or), nous assurerons les investissements nécessaires ». Il s’agit du respect de la fameuse prétendue règle d’or que les libéraux ont voulu imposer à toute l’Europe. Et pour que cela soit bien clair, le texte de l’accord précise sans ambiguïté : « Le Pacte de stabilité et de croissance (nb : les 3% de déficit maximum + 60% de dette) a prouvé sa flexibilité. Sur cette base, nous voulons assurer la croissance, maintenir la soutenabilité de la dette ». Ce qui veut dire, mis bout à bout, que le gouvernement allemand continuera à exercer toute sa force de pression sur les autres gouvernements pour qu’ils respectent les dites règles. Ce que Macron a déjà promis mettant ainsi à l’ordre du jour de la politique française la plus violente contraction budgétaire de son histoire pour passer de 9% de déficit à 3% .

C’est ici une donnée politique lourde de conflits européens si l’Allemagne veut comme dans le passé imposer à tout prix cette règle absurde, sans toucher à la dette publique actuelle des états membres à travers un quelconque processus de gel ou d’annulation. Cette contrainte budgétaire est un corset des plus sérieux et des plus étouffants. A vrai dire il fonctionne comme une sorte de manifeste politique d’allégeance à la doctrine de l’ordo libéralisme qui guide aujourd’hui l’Europe des libéraux. Et c’est pourquoi sans doute, le texte de l’accord passe aussitôt sur un autre terrain clé : celui du libre-échange. C’est un sujet avec lequel les libéraux verrouillent l’accord sur un centre de gravité à droite. « Renforcer le libre-échange fondé sur des règles (…) et défendre une politique commerciale allemande et européenne contre le protectionnisme (…) ». Dans ces conditions que reste-t-il de possible sinon continuer ce qui se fait déjà ?

La dernière touche au tableau concerne ce qui va avec ces deux grands principes ordo libéraux allemands : l’allégeance à l’OTAN et donc la vassalisation par les USA de la politique extérieure de l’Europe dans l’hostilité aux Chinois et aux Russes. Le manifeste est simple et clair sur le sujet : « L’alliance transatlantique est un pilier central et l’OTAN un élément plus indispensable de notre sécurité ». Règle d’or, libre échange et OTAN, une fois bien verrouillés, restait l’allégeance inconditionnelle à l’économie de marché. Il était temps de dire en Allemagne que même l’écologie doit être une écologie de marché. C’est le titre d’un chapitre sans ambiguïté : «Lutter contre le réchauffement climatique dans une économie socio-écologique de marché». A partir de là, tout est simple, le marché de l’énergie à l’origine de la flambée actuelle des prix continuera : « Le droit européen de l’énergie s’applique également aux projets de politique énergétique en Allemagne ». Et bien sûr, pas de sortie des pesticides : « Limiter l’utilisation des pesticides à ce qui est nécessaire ». Hypocrite à souhait.

Le reste est à l’avenant sur le plan social. Même logique de verrou sur les points qui pourraient faire faire la bascule. Ainsi pas de taxation des plus hauts revenus et pas d’impôt sur la fortune. Mais par contre la porte bien ouverte à l’allongement de la durée du travail. Le texte prévoit en effet une possibilité de dérogation aux conventions collectives du travail pour faire travailler davantage : « possibilité limitée de déroger aux dispositions actuelles de la loi sur le temps de travail en ce qui concerne la durée maximale du travail quotidien ».

Au total et sous réserve d’examen plus approfondi qui aggraverait encore cette analyse, nous pouvons dire que l’accord signé est un texte d’orientation plus proche de la démocratie chrétienne allemande que de la bifurcation sociale et écologique que nous voulons mettre à l’ordre du jour en France. Evidemment, on attend la prise de distance que feront nécessairement EELV et le PS en France car elle serait rassurante et indispensable pour briser le consensus des macronistes et de la droite eurolâtres de Barnier à Zemour.

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