Macron doit proposer une sortie démocratique : retrait, référendum ou dissolution 

Quelle journée ! Ce 7 mars entre dans mon manuel d’enseignements politiques. En un jour tous les différends se règlent, tous les compteurs se remettent à la jauge du réel.

La rue démontre la force du peuple et celui-ci prend conscience de la sienne comme jamais. Le 7 mars fait naître sur le terrain une union populaire concrète sur ses revendications. Quel naufrage de la macronie dans la tempête sociale ! Le même jour à l’Assemblée nationale la minorité parlementaire présidentielle explose dans le ridicule de la division des votes macronistes et d’un nouveau « pétage de plomb » ministériel. La nuit venue au Sénat, la droite, de LR aux macronistes, se prend les pieds dans le tapis d’une manœuvre ratée contre les sénateurs de gauche. Pour finir l’article 7 n’est pourtant pas voté le 7 mars ! Comme l’avait promis la NUPES du Sénat. Félicitations ! Même au Sénat les majorités de circonstances n’ont pas le dernier mot. Tout le tableau de la nature de la victoire macroniste à la présidentielle est mis à nu. Nous vivons dans un contexte spécial : le concours de circonstances. Les ruses et habiletés de la prise du pouvoir « par effraction » (selon le mot de Macron lui-même) ont brisé les ressorts de la démocratie. Le rôle de celle-ci est de purger les conflits par la décision des élections. Aujourd’hui rien n’a été réglé ni par la présidentielle ni par les législatives. L’une et l’autre ont été lourdement biaisées par des campagnes de peur et d’évitement des débats. Et cela intervient au moment où le consensus dominant qu’a incarné le néolibéralisme comme projet politique évident aux yeux des sociétés au début du siècle s’est épuisé. Tout cela fait du 7 mars le début d’une saison très nouvelle. Elle commence avec une combinaison rare : une mobilisation populaire intense et un affaissement du pouvoir politique central. En bas on ne veut plus et en haut on ne peut plus. 

Du côté des Insoumis nous pouvons faire un bilan positif de la conduite de notre participation au combat en cours. Du moins avons-nous une stratégie et des tactiques selon les secteurs et les moments du combat. Tout le monde en politique n’a pas eu cet avantage. La présence des députés insoumis est très visible et très commentée. Leur tactique de combat parlementaire est unanimement saluée dans nos milieux populaires. A proportion du rejet par la bonne société. Les campagnes de leur caisse de grève sont spectaculairement réussies. Leur présence sur les piquets de grève dès l’aube du 7 mars a été repérée. Mais l’organisation Insoumise c’est aussi quatre mille groupes d’action et un réseau d’influence de 400 000 personnes. La mobilisation des bases militantes est à son optimum depuis le début du mois de janvier. Aux dizaines de millions (oui, vous avez bien lu) de messages diffusés par les réseaux sociaux à partir des chaînes Youtube, TikTok, Facebook et Instagram de nos personnalités, se sont ajoutés les treize millions de tracts diffusés en deux mois qui signifient autant de contacts direct personnels et les deux cent réunions publiques tenues, dans de nombreux cas en format NUPES. L’entrée dans la lutte avec la marche du 16 avait été un succès. Puis la marche du 21 janvier en appui aux organisations de jeunesse nous a permis de commencer l’élargissement du front de mobilisation que nous nous étions donné pour objectif. La masse mobilisée à cette occasion est la meilleure réponse à ceux qui se demanderaient qui est capable de mobiliser autant de monde de ce côté politique. Mais surtout, elle nous a permis de lancer une opération de mobilisation sans subir de riposte grâce à l’invisibilisation de son objet (mettre les jeunes en mouvement) que nous ont rendu possible les médias rageux et leur grotesque agence de comptage des cortèges. La campagne des jeunes insoumis et la tournée du député Louis Boyard se sont ensuite déployées sans problème. Le mouvement social en recueille le profit au moment où des dizaines d’universités entrent dans la lutte aux côtés des salariés contre la retraite à 64 ans. Ce bilan s’étend à d’autres secteurs et d’autres formes d’action comme on a commencé à le voir le 7 mars sur les rond-points occupés souvent à l’initiative des syndicats ou avec les rideaux baissés du petit commerce. J’inclus dans cette liste les blocages organisés en ville par les jeunes insoumis comme ce fut le cas à Marseille.

De son côté, le blocus Insoumis à l’Assemblée nationale pour priver le projet de la légitimité parlementaire et libérer le chemin du 7 mars a fonctionné. Cette stratégie reprise par la NUPES du Sénat, cette fois-ci unanime, a permis de confirmer tout ce que les naïfs de l’Assemblée nationale ne voulaient pas voir au moment où ils ont retiré tous leurs amendements contrairement à leurs collègues du Sénat. Les macronistes et LR se tenaient partout en embuscade pour faire voter l’article 7 sur l’âge de départ à la retraite à 64 ans. Au Sénat tout s’est passé exactement comme cela se serait passé à l’Assemblée (et très exactement comme nous avions été quelques-uns à le décrire). Dès lors, la réalité solde les comptes avec les partisans syndicaux du vote de l’article 7 et le chœur des donneurs de leçons contre “l’obstruction et bla bla bla”. Dans ce moment le contact direct avec de nombreuses bases syndicales de tous horizons nous a permis d’apprécier correctement ce qui se passait et ce qui était demandé par le terrain, en dépit des mauvaises paroles prononcées par certains sommets. Je n’en dis pas plus car pour moi l’essentiel n’est pas la revanche sur ceux qui se sont si lourdement trompé. Notre but doit être le partage des apprentissages. Et je balaie devant notre porte : nous sommes trop récents comme organisation et trop seuls comme activistes de terrain pour nous offrir le luxe de la désinvolture. Mais ni la naïveté, ni certaines bonnes manières inter-appareil n’ont de place dans une lutte de cette nature. Bien sûr, je n’attends pas que les médias, même ceux dits « de gauche » qui nous (et moi spécialement) ont si sévèrement mis en cause à ce sujet ne fassent amende honorable. Je l’ai dit et je l’applique à l’examen du sort qui m’a été réservé : la naïveté n’a pas de place dans une lutte de cette nature. Chacun savait et sait exactement ce qu’il a fait et fait encore. Mais le 7 mars à tout réorganisé. L’écroulement de la grosse diversion d’Aurore Bergé et du groupe qu’elle préside est une débandade politique majeure dans le contexte social actuel. Tout ce petit monde avait pourtant été rameuté à coups de fouets et de menaces d’exclusion pour voter une loi liberticide. Il s’agissait pour la macronie de désorganiser la Nupes. Non seulement cela n’a pas eu lieu mais à l’inverse la macronie parlementaire s’est elle-même gravement fracturée. On aurait tort de croire que cela soit superficiel et provisoire. Certes le MODEM de Bayrou a rendu possible l’élection de Macron à deux reprises. Mais c’est aussi un parti qui a une longue tradition de survie en apnée. On ne peut croire qu’il se soit révolté sans raison à l’heure de rétablir les peines planchers comme le voulait Aurore Bergé après avoir expliqué le contraire une semaine plus tôt. Et si les amis d’Edouard Philippe se sont rebellés, personne non plus ne peut croire que ce soit un geste de simple mauvaise humeur. Ce qui est en cause, c’est tout simplement la nature du pacte qui unit les trois composantes de la macronie politique. Sans oublier que cette gâcheuse d’Aurore Bergé, qui vient de se ridiculiser, n’était pas elle-même la candidate du Président. Elle s’avère être elle-même une partie du problème de la crise de l’autorité macroniste plutôt que de la solution. Vaille que vaille donc le commando du Président de la république est contraint d’affronter une redéfinition de la base politique sur laquelle repose son régime. Emmanuel Macron n’a plus les moyens institutionnels ou politiques de dominer ses alliés. Et il a encore terriblement besoin d’eux (au moins) pour faire la réforme constitutionnelle à son avantage dont son avenir dépend. Tout cela nous confirme que le système est à bout de souffle, que la fin de règne commence avec le nouveau mandat lui-même. Et cela en dit long aussi accessoirement sur la portée d’une disposition aussi lourde de conséquences concrètes que la limitation à deux mandats courts pour le mandat de Président dans le cadre de la cinquième république.

J’entends dire que le pouvoir est inflexible. Je ne le crois pas. La vérité est que Borne ne sait plus quoi faire et que son gouvernement est une bande de bras cassés inapte au combat. C’est donc Macron qui va se trouver vissé en première ligne. Ce n’était pas du tout son projet. J’entends dire que le texte passera le 16 mars prochain et que la séquence sera close. Je crois plutôt que d’ici le 16 nous avons un boulevard pour obtenir le retrait. Car Macron ne va pas sacrifier ce qu’il croit lui rester de quinquennat pour une affaire aussi mal engagée. Il a besoin d’une sortie honorable. Il la cherche. En toute hypothèse la note devra être payée. Seul un bourgeois bien planqué peut croire que quelqu’un qui travaille va oublier l’obligation de faire deux ans supplémentaires à son poste ! Pour le reste du temps et jusqu’à abrogation, nous présenterons la note à payer. C’est pourquoi je crois que si les sénateurs LR élus au second degré peuvent se croire à l’abri, par contre les députés de droite LR feraient bien de se souvenir que même dans le 16ème arrondissement les insoumis ont fait un score à deux chiffres aux législatives, largement devant Zemmour. À plus forte raison peut-on penser que dans la droite populaire (oui, ça existe) qui ne veut pas voter Le Pen, il est peu probable que les gens soient contents de ces deux ans de plus ou que nous oublions de rappeler le nom de ceux qui voteraient cette loi. Pour autant l’intox répandue par les LR de leur prétendu vote « contre » a déjà fait flop et il est inutile de croire qu’il s’en trouverait 25 pour voter contre. Comme dit une députée insoumise : « Macron est brutal, on est frontal ! » 

Alors, quelle porte de sortie ? Soit le retrait et une reprise de discussion sur une réforme des retraites qui corrige les béances actuelles pour les carrières hachées, longues, les retraites sous payées. Mais aussi les autres sujets à l’ordre du jour depuis le début de la discussion comme l’âge de départ et le nombre des annuités. Ou bien l’arbitre populaire. Cela veut dire : soit la dissolution et une nouvelle assemblée ; soit le référendum sur le sujet. Macron lui-même l’avait évoqué dans la campagne présidentielle comme une possibilité. Soit le transfert du dossier aux gestionnaires de la sécurité sociale en commençant par l’élection des conseils d’administration bloquée depuis 1984…. Dans les institutions, la démocratie est le système le plus pratique pour des gens civilisés.  

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