À Paris la tactique du maire pochette surprise

C’est un secret de Polichinelle gouteux. Il y a un troisième tour des municipales en préparation à Paris. C’est le modèle maire en « pochette-surprise » réalisé par Benot Payan à la précédente municipale de Marseille. Le président du groupe Horizons au Conseil de Paris l’a révélé en démissionnant. Les complots internes vont bon train pour préparer ce troisième tour, comme le rapporte Le Figaro. Il parle même des tractations déjà en cours au PS lui-même, en mode nid de serpents, pour préparer cette combine.

Le président d’Horizons démissionnaire est sans ambiguïté. « Il y a très clairement un objectif affiché en interne : faire élire un maire de gauche au « troisième tour » du Conseil de Paris. Je m’explique : le dernier sondage annonçant cinq candidats au second tour, la possibilité de n’avoir aucune majorité au Conseil de Paris devient majeure. Dans ce cas de figure, certains élus du camp Bournazel se sont entendus devant mes yeux pour faire élire un maire de gauche lors de l’élection officielle du maire de Paris, une semaine après le second tour. On m’a proposé d’être adjoint de ce maire potentiel. »

Le Figaro : « Vous faites donc référence à un autre candidat de gauche, et non au socialiste Emmanuel Grégoire ? »

« Oui. Plusieurs candidats en secret font campagne et des noms sont déjà testés auprès de certains conseillers de Paris, dont j’ai fait partie. Cela est inacceptable pour les électeurs. »

La tactique marseillaise du maire caché dans la liste comme le fut Benoit Payan se reproduirait donc à Paris. La liste insoumise et Verts populaires autour de Sophia Chikirou est donc le seul vote de gauche non dissoluble dans la droite parisienne macroniste. Cela va se voir et se dire bientôt. 

La motion de censure a de nouveau été battue. Elle avait été déposée à la suite du 49.3 du Premier ministre Sébastien Lecornu pour faire passer de force son budget. On se souvient que c’est là l’unique moyen de s’exprimer contre un gouvernement en cas de 49.3. LFI-EELV-PCF ont donc voté unis contre la macronie et le PS. Et le PS, totalement isolé à gauche, a sauvé pour la onzième fois le gouvernement. À la veille des municipales, cela veut dire accepter 3,5 milliards de coupes budgétaires dans les crédits des collectivités locales ! En refusant de voter pour un PS sortant, les électeurs de gauche voteront pour une censure populaire de ceux qui les ont privés de moyens. Ils sanctionneront ces représentants locaux du parti qui ont été incapables de faire changer le vote de leurs députés.

L’Inde et l’Union européenne ont conclu un accord de libre-échange le 27 janvier dernier. Il n’a fait aucun bruit. La nouvelle zone de libre-échange implique quand même deux milliards de personnes ! Grâce à notre merveilleuse presse libre et à nos dirigeants gouvernementaux remarquables, c’est comme s’il ne s’était rien passé. Pourtant c’est le plus vaste accord de libre-échange jamais conclu par l’Union européenne depuis sa création. Un petit bilan s’impose donc.

Il y a, bien sûr, des gagnants côté européen. Ce sont les Allemands d’abord et avant tout, comme d’habitude. Les trois locomotives de leur économie sont richement favorisées. L’automobile passe de 110 % de droits de douane à 10 % ; les machines-outils de 44 % à 0 % et les produits chimiques de 22 % à 0 %. Mais il y a surtout des filières sacrifiées. Par exemple, le quota d’acier venu d’Inde sera totalement détaxé pour 1,6 million de tonnes/an. On ne se sera pas étonné d’apprendre aussitôt que Mittal supprimera plus de 6 000 emplois en Europe puisque sa production pourra se relocaliser rentablement. Cet accord donne lieu à moins de polémiques parce que l’Inde a refusé la libéralisation des produits agricoles sensibles : le bœuf, le riz, le soja ou les produits ⁠laitiers sont exclus. Il est alors intéressant de le noter : quand on veut préserver dans un accord global un secteur, on le peut. Ici depuis le début, l’Inde a dit que sa souveraineté alimentaire était « non-négociable ». Ce que Macron n’a pas fait dans les négociations UE-Mercosur. De même, l’Inde a refusé toute libéralisation des marchés publics. Mais au total on trouve une fois de plus sous l’emballage d’un soi-disant « rééquilibrage géopolitique » un approfondissement de cette « mondialisation heureuse » qui a fait la preuve de son échec. Le plan Von der Leyen est aussi ridicule et liquidateur que celui imaginé avec la Chine il y a cinquante ans. Pour elle et les autres Allemands à la tête de tout en Europe, l’Inde est perçue comme le nouvel Eldorado ! C’est un marché immense pour profiter d’une main d’œuvre indienne bon marché. En effet, le salaire indien est six fois inférieur au salaire moyen chinois et 28 fois inférieur à celui de l’Allemagne. L’Union européenne reste donc bloquée dans le logiciel économique absurde de « la mondialisation heureuse » qui a ruiné l’Europe. Bien sûr, les donneurs de leçons à la Chine deviennent muets ici. L’UE ferme les yeux sur la situation en Inde. Narendra Modi et le nationalisme hindou sont absous. Les discriminations systématiques et violentes contre la minorité musulmane et la persécution des chrétiens peuvent continuer du moment que les voitures, les machines-outils et la chimie allemande continuent à faire du profit. Évidemment, aucune disposition contraignante sur le climat n’est imposée alors même que la promesse avait été faite que les nouveaux accords de libre-échange devaient être en pointe sur ce point. J’en reste ici. Nous verrons bientôt, dès qu’on en saura davantage sur les zones d’ombre du partenariat de défense et de sécurité en parallèle de l’accord commercial. Nous ne connaissons que très peu de détails à ce stade. Mais nous voyons bien comment l’approche est de plus en plus militaire et sécuritaire pour la coopération et la diplomatie UE.

Les invités de Sophia Chikirou et des Insoumis de Paris ont dû passer au dernier moment dans la grande salle du cirque, ce 30 janvier. En effet, le nombre d’inscrits dépassait la jauge de la salle du Cirque d’hiver choisie d’abord. Ce succès autour de Sophia Chikirou met fin à des années d’effacement de notre Mouvement dans la capitale. Celui-ci est resté trop longtemps dirigé au seul profit personnel de Danielle Simonnet. Élue en permanence déjà depuis 25 ans au Conseil de Paris sans aucun résultat autre que sa réélection permanente aujourd’hui de nouveau garantie mais par ses adversaires socialistes d’hier. Le Cirque d’hiver de ce 30 janvier met la France insoumise de la capitale au diapason de la mobilisation autour de nos listes dans tout le pays. Un travail de fond a été engagé sur place. Notre percée aux législatives avec l’élection de cinq députés insoumis avait déjà été une première. Ce fut le surgissement de nouveaux visages, de fortes personnalités travaillant enfin, et beaucoup, les sujets de fond. Cela permit un renouveau complet. Tout cela s’est cristallisé dans ce rassemblement du 30 janvier. Grégoire avait été encensé par la presse nourrie pour avoir rempli la salle La Bellevilloise avec ses permanents et clients municipaux. Les mêmes commensaux médiatiques ne mordent pas la main qui donne à manger à leurs familles et clientèles. Notre réunion ne leur a pas plu et leur commentaire reste ce concours de perfidie habituel. Avant la réunion, Médiapart avait fait un tour des personnalités insoumises parisiennes pour vérifier leur affection pour Sophia Chikirou. On voit le niveau. Mais c’est utile. Ainsi, les plus tendres parmi nous voient ce qu’il en est du parti médiatique comme réalité politique. Et la fixette de haine d’un certain nombre de plumitifs sur Sophia Chikirou comme sur Rima Hassan dit à la fois d’où et de qui viennent les coups et pourquoi. L’infâme Grégoire a osé croasser sur les accointances entre Dati et Chikirou sur le mode : « tout le monde le sait ». Ce clientélisme d’allusions et ce surf sur l’ambiguïté raciste est typique de ce genre de bureaucrate du PS. Champion de la défausse, le pire du PS. Voyez plutôt. Il était signataire aux côtés de François Hollande et de Jérôme Guedj de la proposition de loi Yadan qui assimile le refus du sionisme à de l’antisémitisme. Il a ensuite retiré sa signature. Parce qu’il pense le contraire ? C’est possible. Ou bien par peur des conséquences dans l’électorat de gauche ? C’est plus probable car Grégoire n’est pas connu pour avoir des convictions qu’il défend. Il ne lui reste plus que les attaques personnelles pour exister et faire oublier qu’il est le premier adjoint d’Hidalgo, sans talents ni idées. Il a reçu dans le rassemblement la mise au point qu’il méritait. Il trouvera aussi dans les urnes la réponse à sa demande de « pas de LFI : ni au premier ni au deuxième tour ». Sans parler du troisième.

Après le nombre des présents, l’évènement du meeting Insoumis de Paris, c’est évidemment le programme présenté sous forme de livre. Le meilleur de la tradition insoumise. Il y a des années qu’un tel exercice n’a pas été fait à Paris et présenté aux votes. Les autres vont être obligés d’en publier un. Pas à cause des médias qui n’ont aucune envie de lire quoi que ce soit compte tenu du travail qu’ils ont déjà à faire pour discuter les tenues de Sarah Knafo et ne rien demander à la liste PS-PCF. Mais parce que les électeurs de gauche ont pris gout à être pris au sérieux. Les comparaisons pourront se faire sur un terrain plus propre et utile que la bataille dans la boue mondaine que pensait mener Grégoire. 

Enfin, le troisième élément fort de ce meeting, ce fut l’arrivée dans la liste de Sophia Chikirou de figures historiques venues des Verts. Elle intervient après de longues discussions sur le contenu du programme. Une relecture commune a même eu lieu entre les équipes. Il est frappant de voir quel alignement des porte-plume cela a immédiatement produit de la « gôche » à la droite. Résumons ce qu’ils disent tous à ce sujet avec le titre de l’édito du Figaro sous la plume d’un grand partisan de l’union de la gauche, Guillaume Tabard : « Les écologistes qui préfèrent la radicalité à l’unité ». Si Le Figaro le dit ! Tabard défenseur de l’union de la gôche ? Car l’union du PS avec le PC et l’écologie de jardinage, c’est « l’unité ». Et l’unité populaire des quartiers, des Verts de gauche et de LFI ? La radicalité. À cette heure le tableau me convient. Car c’est le processus qui se joue dans tout l’électorat de l’ex-NFP. Fausse unité ou détermination politique ?

Cette évolution de la carte politique à Paris s’est aussi produite à Avignon, Montpellier, Marseille, Toulouse et même Lyon pour partie. Dans bien d’autres endroits, il en va de même avec l’un ou l’autre des partis pourtant liés aux primaires anti-LFI. De fait, l’obsession anti-LFI n’est pas aussi partagée que le croyaient les organisateurs de cette pantomime. Comme l’a relevé Jerome Glaize, elle bute sur une question : quel genre « d’union de la gauche » représente une alliance sans LFI ? En fait, tout le monde a compris la suite. Ou bien le PS scissionnera entre fauristes et les Hollandistes ou bien il se tiendra à l’écart pour choisir son propre candidat. Et c’est cette hypothèse qui reste la plus probable. Pour la gourmandise de mes lecteurs, suivez le lien où en est la gôche Libération et ses primaires anti LFI. Pour que cette alliance puisse devenir une perspective gouvernementale sans LFI, il lui faut une alliance au centre. Sur le modèle à Paris entre Grégoire et Bournazel. Nombre de militants PS , PC et Verts ne veulent pas de cela. Et sans doute aussi chez les « ex-LFI », même s’il y a doute pour François Ruffin puisqu’il avait bénéficié du retrait de la candidature macroniste et du soutien de François Bayrou quand il a quitté LFI. 

Pour finir, cette primaire de la présidentielle finira par être celle du seul groupe parlementaire EELV. En effet il compte en son sein cinq candidats à la présidentielle de la primaire ou leurs soutiens : Tondelier, Rousseau, Autain, Ruffin, Garrido. Sans compter la candidature à venir de Génération.s qui siège aussi au groupe parlementaire EELV.

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