Jean-Luc Mélenchon est intervenu à l’occasion d’un rassemblement en soutien au peuple libanais, le 19 avril 2026.
Assez ! Quel que soit le coupable du meurtre du sergent-chef français Florian Montorio servant au Liban sous casque bleu de l’ONU, il faut condamner ses auteurs. Tirer sur un soldat d’une force d’interposition n’ayant d’autre consigne que l’interposition est le fait de lâches.
Je demande l’armement au niveau d’un droit de réplique des sept cents soldats français déployés par la Finul. Une force d’interposition n’a pas vocation à subir le massacre qu’elle doit empêcher pour les autres. Elle doit pouvoir se défendre pour faire respecter sa mission.
Merci au président libanais Joseph Aoun qui a promis l’arrestation et la punition des meurtriers !
Pensées pour ses frères d’armes et la famille de Florian Montorio.
Mesdames et Messieurs. Mesdames et Messieurs. Chers amis libanais et franco-libanais. Nous sommes venus ici une délégation de parlementaires insoumis, madame Gabriel Catala, madame Claire Lejeune, notre coordinateur national Manuel Bompard, pour exprimer, partager avec vous ce moment de tristesse et de détermination intellectuelle, humaine à défendre et à porter la parole du Liban. La nation dont vous savez, vous qui êtes ici, à quel point elle est la nation sœur de la France, à quel point nos histoires, nos affections, nos cultures sont liées.
Si bien que ce moment de tristesse, je dois le dire, est aussi parfois un moment de honte. Comment a-t-on pu laisser aller les choses jusqu’au point où elles sont aujourd’hui ? Car c’est déjà le résultat de beaucoup de lâcheté, beaucoup d’abandons, beaucoup de paroles trompées, beaucoup de faux semblants et de demi résistance. Si la France bénéficiait d’un gouvernement insoumis dès la première heure, nous nous serions portés au secours du Liban tel qu’il était lorsque son chef d’état-major des armées était le général Joseph Aoun.
Auprès duquel je m’étais rendu à la tête d’une délégation d’insoumis et qui déjà nous avait mis en garde contre ceux qui arriveraient et nous avait demandé l’appui et le secours que nous lui devions. Nous avons su alors que cet homme, le moment venu, qui témoignait de ce courage, saurait ce qu’il avait à faire. Et il l’a fait. Mais nous, les Français, et je m’adresse à vous les binationaux, comme on croit aux patriotes en général, nous n’avons pas fait ce que nous aurions dû faire.
Il était évident, et c’était la raison pour laquelle je me trouvais là en janvier de l’année 2024, que le gouvernement d’Israël, par l’extrême droite et les suprémacistes qui entourent monsieur Netanyahou, entrerait au Liban. Et déjà il avait menacé si le Liban ne se taisait pas, pendant le génocide, de le ramener à l’âge de la pierre. Je n’ai pas oublié ces paroles, et c’est la raison pour laquelle.
Pour ma part, j’ai toujours su qu’il entrerait au Liban et que n’importe quel prétexte leur serait suffisant pour le faire. Tout ce qu’ils ont dit à ce sujet, ce sont des prétextes. Et dès la première minute, sont coupables. Tous ceux qui n’ont pas aussitôt réagi lorsque monsieur Netanyahou a dit qu’il voulait faire une zone tampon. Nous avons dit dès cette première seconde qu’il n’existe pas, dans le droit international, la possibilité pour un État de créer une zone tampon chez son voisin. Cela s’appelle une annexion, et ce que nous ne supportons pas.
Ce que nous n’avons pas supporté en Ukraine, nous ne devons pas plus le supporter au Liban. Personne n’a le droit d’envahir son voisin pour faire régler les problèmes. Nous savons que le but des armées de Monsieur Netanyahou est d’annexer le Liban jusqu’aux litanies, et peut-être jusqu’à la rivière suivante, et que, comme l’a dit le chef d’état-major de l’armée, nous ne nous arrêterons que quand on nous arrêtera. Alors il est temps de l’arrêter.
La France dispose des atouts et des autorisations légales qui lui permettent d’intervenir. C’est à elle qu’il avait été confié de faire respecter le cessez-le-feu. C’est elle qui, ayant fourni 700 militaires sous casques bleus de la FINUL, incombait une partie de la mission d’interposition qui a été confiée à cette troupe. Et le moment est venu de dire que suivant la doctrine Chirac. Et je vous laisse l’étonnement d’entendre un homme comme moi citer Chirac. Mais quand quelqu’un a raison, peu importe son étiquette.
Si ce pays bénéficiait d’un gouvernement insoumis, je préfère prévenir tous ceux qui auront à faire à nous dans le futur. Nous ne permettrons jamais qu’une force d’interposition ait à subir sans riposter le massacre qu’elle est censée venir empêcher. Croyez-moi, Mesdames et Messieurs, il est toujours plus facile de céder d’abord, et l’on se croit toujours bien inspiré et assez modéré quand on se dit : ah, ils sont venus jusqu’ici, ils n’iront pas plus loin. Ils ne sont venus jusqu’ici que pour aller plus loin.
Les Français sous casques bleus, quelle que soit la mission qui leur est confiée par l’autorité internationale de l’ONU, ne se laisseront jamais tirer dessus sans riposte. Si nous en avons le commandement, jamais. Les forces d’interposition sont là pour s’interposer. Pas pour subir le massacre. Et je déplore qu’on leur ait donné pour unique consigne, dans l’hypothèse qui finalement s’est vérifiée, que le Liban vienne à être envahi, d’avoir à se replier.
S’interposer, ce n’est pas se replier. Et la force armée, quand elle est déployée sous l’égide des Nations Unies, sous l’égide du droit international, n’a qu’une tâche à accomplir, fût-ce par la violence. Car c’est la seule violence légitime que celle qui procède du droit. Alors, c’est à eux de garder les frontières, puisque l’État du Liban a été mis hors d’état de pouvoir le faire sans que personne ne l’aide à pouvoir le faire.
Alors, il ne nous reste, nous, citoyens, que le moyen, mais ce n’est pas le moindre, de nous retrouver ici, sur cette place, dans la diversité de nos opinions. Évidemment, nous ne pensons pas tous de même à cet instant. Pas plus qu’avant, et sans doute pas plus qu’après. Mais ce qui nous réunit, c’est une cause qui nous paraît plus grande que chacun d’entre nous, et chacune des convictions qu’un tel ou tel moment nous déployons.
Le Liban a le droit prescriptif d’être libre et de ne pas avoir un seul mètre carré de son territoire occupé par qui que ce soit.
Nous en dirions autant pour nous, Français, si c’était notre territoire, quelle qu’en soit la raison, qui était occupé. Un devoir de résistance acharnée s’impose à nous tous, dans toutes les circonstances, et d’abord dans celle que nous donne la loi. La loi nous permet d’agir en continuant à souscrire à la pétition qui a été organisée au niveau européen pour que cessent les accords commerciaux avec la nation israélienne.
Aussi longtemps qu’elle occupera le Liban, elle appliquera sa stratégie que nous connaissons. Occuper le sud Liban pour s’approprier, sous prétexte de sécurité, une partie de son territoire, créant une frontière dont nous savons tous qu’elle deviendra le lendemain matin un problème pour eux à nouveau. Car aucun Libanais n’acceptera jamais l’occupation, quelle que soit la ligne de démarcation qui sera fixée.
Le gouvernement de Monsieur Netanyahou veut s’approprier cette partie du territoire pour régler en même temps les divergences qui restaient avec le gouvernement libanais pour l’appropriation des territoires à l’intérieur de la mer, pleine de pétrole et de gaz qui se trouve en face de la frontière du Liban Sud, en mer Méditerranée. Ils veulent occuper cette partie du territoire pour faire la jonction avec les territoires qui sont sur le plateau du Golan et qu’ils veulent s’approprier pour maîtriser les réserves d’eau qui constituent le fleuve, le Litani.
Nous ne serons pas dupes une seule seconde de ce qu’ils sont en train de faire. Et quelles que soient nos opinions ici, nous leur disons que oui, quelles que soient nos opinions, nous n’accepterons jamais cette solution à cet endroit-là qui n’en sera jamais une.
Mesdames et Messieurs, nous sommes bien faibles et nous pouvons nous sentir à cet instant en face de la violence des brutes, des barbares, des génocidaires. Nous sentir peu de chose et nous dire que peut-être nous manquons de moyens. Non, nous n’en manquons pas. Au bout du compte, il n’est de cause qui vaille qui puisse être partagée. Et la seule cause qui vaut à propos du Liban, c’est d’être solidaire avec son peuple, avec son gouvernement, quel qu’il soit, lorsqu’il est envahi par son voisin.
Je suis certain, Mesdames et Messieurs, que nous finirons par notre détermination et notre volonté de résistance, par vaincre tous les obstacles qui se présentent aujourd’hui devant nous et qui peuvent nous paraître absolument insurmontables. Partout où il y a une volonté, il y a un chemin. Et si nous voulons le Liban libre, alors nous pouvons agir partout où nous sommes pour tenir la parole du Liban libre et le refus de la résignation qui nous anime.
Vive le Liban, vive la paix ! À bas les génocides.