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19.12.2015

D’une COP à l’autre, on avance en reculant

La COP21 s’est achevée. Bien sûr, je ne veux pas passer à côté de ce qui est positif. Je le mentionne parce que pour le reste et pour l’essentiel, je crois que cette conférence est restée en dessous de la main de ce qui est non seulement nécessaire mais même attdispensable. On doit être heureux que 195 pays se soient retrouvés et qu’ils aient pu adopter un texte sur le thème du dérèglement du climat. Ce thème n’aura donc mis que trente ans pour s’imposer sur la scène mondiale. C’est un délai très court si l’on tient compte de ce que sont les accords internationaux. Exemple. On n’a pu adopter qu’en 1993 la convention sur la destruction des armes chimiques. Quel délai après deux guerres mondiales où elles avaient traumatisé la terre entière ! Les États-Unis qui l’ont signée n’ont toujours pas fini de détruire leurs armes dans ce domaine. Comme ils avaient refusé de signer en même temps une convention sur les armes bactériologiques, il fut convenu de continuer les discussions. Elles continuent sans doute. Rien n’a bougé d’un millimètre sur le sujet. Et pourtant, on comprend facilement l’urgence dans ce domaine compte tenu de l’instabilité du monde.

Autre point positif : pour la COP21, les experts du monde entier disent que les diplomates français ont fait merveille dans leur métier. Cela prouve que leur administration ne doit pas être démantelée au profit de je ne sais quel improbable « service diplomatique européen » déjà si couteux pour ne servir à rien comme on vient de le constater une nouvelle fois. Dans ce contexte, j’ai noté également les hommages rendus de tous côtés au rôle de Nicolas Hulot et de sa fondation. Je crois que c’est important qu’une ONG de notre pays soit considérée comme une référence mondiale sur le thème numéro un pour le futur de l’humanité.

La COP22 aura-t-elle lieu ? Je sais bien qu’elle est prévue dès l’an prochain au Maroc. Heureusement ! Car au-delà, peut-être n’aurait-elle pas lieu. Parce que la catastrophe climatique, elle, pourrait s’être déclenchée bien avant la COP30. L’accord trouvé samedi à Paris entre les 195 pays n’est pas en mesure de l’empêcher. C’est un accord tellement plein de faux-semblants. Il fixe des objectifs que les négociateurs savent inatteignables du fait… du contenu de l’accord lui-même ! Je m’explique. Dans la déclaration introductive, le texte dit que les États veulent limiter le réchauffement de la planète à 2 degrés maximum et si possible à 1,5 degré d’ici 2100. Mais dans le même temps, les engagements des mêmes États pour réduire les émissions de gaz à effet de serre permettent seulement d’espérer limiter le réchauffement à 3 degrés ! Ces engagements sont annexés à l’accord. Qui croire alors ? L’introduction de l’accord ou ses annexes ?

La mention d’objectifs plus ambitieux est intéressante. Elle permet de fixer quels sont les enjeux et les points sensibles. Mais leur valeur est purement déclarative. D’autant que les engagements de réductions d’émissions sont eux-mêmes strictement volontaires et situés hors du champ juridique de l’accord. Ils n’ont pas fait l’objet de discussions pendant la conférence. C’est donc une tromperie diplomatique évidente et tout le monde le sait. Le texte se contente « d’insister avec une vive préoccupation sur l’urgence de combler l’écart significatif » entre les engagements et les promesses verbales… Comment combler cet écart ? Le texte de l’accord ne le dit pas !

« Ce volontarisme est affaibli par l’absence d’objectifs chiffrés à long terme » écrit poliment à ce sujet le journal Le Monde. En effet, l’accord ne donne aucune date précise pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ni aucun volume d’émissions maximum. Il se contente de dire que les États « cherchent à parvenir au plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais » sans plus de précision. Et à « parvenir à un équilibre entre les émissions [liées à l’activité humaines] et les absorptions [liées à l’activité humaine] par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle », sans échéance plus précise, là non plus. Aucun objectif à 2020, ni 2030 ni même 2050 ! Le flou le plus grand règne donc et chacun pourra estimer avoir respecté l’esprit d’un tel texte !

De ce fait, l’accord laisse ainsi s’entretenir de graves illusions. Ainsi, quand il fait sien l’objectif de zéro émissions « nettes » de gaz à effet de serre après 2050. C’est-à-dire zéro quantité supplémentaire après stockage ou captation du CO² émis ! C’est laisser la porte ouverte à une croyance dangereuse : celle selon laquelle on pourrait continuer à polluer comme aujourd’hui, du moment qu’on parvient à capter à proportion le CO².  On connait déjà les polémiques à propos de l’idée de planter suffisamment d’arbres sur des surfaces immenses pour absorber ces émissions, quitte à sacrifier des milliers d’hectares de terres agricoles pour cela. C’est si discuté et si peu réaliste compte tenu de la déprime alimentaire qui s’annonce que personne n’y croit vraiment.

L’alimentation est d’ailleurs une autre victime des chèvres/choux du texte de l’accord. En effet, la mention de « sécurité alimentaire » a ainsi été introduite dans les considérants introductifs sous la pression de plusieurs ONG et États. Mais, cette notion n’est pas reprise à l’article 2 où elle devrait se trouver. Elle laisse la place à une vague promesse selon laquelle le changement climatique ne doit pas hypothéquer la « production alimentaire ». Or, ce n’est pas du tout la même chose de produire de l’alimentation que d’assurer la sécurité alimentaire des populations. Dans un cas, rien n’est dit ni sur le niveau ni sur l’usage des productions. Elles peuvent très bien être faites au seul usage de l’exportation par exemple. En revanche, la notion de sécurité alimentaire suppose d’apporter une garantie d’alimentation à une population ! Ce qui veut dire relocaliser et diversifier les productions sans se soucier de l’accès au marché mondial.

Tout le texte est dans le même esprit. Le financement, par exemple, demeure totalement invisible. L’accord reprend l’objectif d’un « fonds vert » de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Il doit servir à financer les projets des pays en développement en matière de réduction des émissions et d’adaptation au changement climatique. Mais l’accord ne détaille pas l’origine ni la forme de cet argent ! Y aura-t-il vraiment 100 milliards ? Qui les donnera ? Sera-ce de l’argent public ou privé ? Sous forme de dons ou de prêts ? Là encore, c’est le plus grand flou. L’augmentation du montant est même renvoyée à 2025. Quant à la notion de « pertes et dommages », son intégration est là encore purement formelle. De quoi s’agit-il ? De donner droit aux États de faire reconnaître des dégâts liés au changement climatique : baisse de production alimentaire liée à une sécheresse, littoral dévasté par un ouragan… Après une rude bataille des pays pauvres, la mention figure dans le texte à l’article 8. Mais l’accord dit explicitement que « l’article 8 ne peut donner lieu ni servir de fondement à aucune responsabilité ni indemnisation » des pays pauvres par les principaux pays responsables du changement climatique ! Encore une déclaration sans effet donc.

Toutes les organisations écologistes ont un regard critique sur cet accord. Certaines essaient de trouver des points d’appui dans le texte pour poursuivre la mobilisation. Mais aucune n’est dupe. Ainsi le Réseau Action climat qui regroupe de nombreuses ONG juge que « l’accord de Paris sera un point de départ indispensable pour répondre au péril climatique, mais il est insuffisant pour l’enrayer. Le mode d’emploi proposé dans l’accord reste vague et le calendrier repousse à plus tard les efforts à fournir tout de suite. (…) Si les gouvernements ne vont pas plus loin que ce qu’ils ont décidé à la COP21, nous nous dirigerons droit dans le mur ». Le directeur de Greenpeace International Kumi Naidoo estime lui que « l’injustice transpire dans ce texte. Les pays à l’origine du problème ont promis trop peu d’aide pour les populations sur les lignes de front du dérèglement climatique ». Il en va de même pour les Amis de la Terre selon qui « le gouvernement français cherche à sauver les apparences, mais il n’est en aucun cas en train de sauver le climat ». Le Parti de Gauche et Martine Billard, sa responsable en la matière, ne disent pas autre chose.

Étrangement, cette analyse des organisations écologistes contraste clairement avec l’enthousiasme de ceux qui se présentent comme leurs porte-parole en politique, Europe Ecologie-Les Verts. Dimanche soir sur France 2, pendant la soirée électorale, Cécile Duflot a ainsi félicité François Hollande et Laurent Fabius pour leur action sans émettre la moindre critique ! Dans un communiqué, Emmanuelle Cosse, Julien Bayou et Sandrine Rousseau ont salué « un accord historique ». Rien de moins ! On se pince en lisant des phrases comme « en l’adoptant, les pays du monde montrent qu’ils mesurent l’ampleur et les dangers d’un dérèglement climatique non maîtrisé ». Ou encore quand les dirigeants d’EELV écrivent que « la volonté de rester en deçà de 2 degrés de réchauffement en moyenne est une avancée réelle » alors que les engagements pris sont très loin de cet objectif. C’est se payer de mots et mépriser l’intelligence des militants écologistes qui savent de quoi il retourne. Comment ne pas s’interroger aussi sur le décalage entre le commentaire du directeur de Greenpeace sur « l’injustice » de l’accord et le communiqué d’EELV pour qui « la question de la justice climatique a été au cœur des négociations à juste titre. En permettant aux pays en développement de s’adapter, les États les plus riches ont reconnu l’importance de mettre en œuvre une justice climatique » ? Croire qu’avec cet accord « la voie est désormais ouverte pour aller vers des économies 100% renouvelables » et qu’il faudra seulement « à l’avenir être vigilant quant à la mise en œuvre de cet accord » est soit d’une naïveté confondante soit d’un cynisme absolu.

Pour ma part, je vous renvoie à l’analyse fine réalisée par l’association Attac. Elle est résumée en quelques lignes : « Un accord à n’importe quel prix n’était pas le mandat confié à la COP 21, François Hollande et Laurent Fabius. Utiliser les termes « ambitieux », « juste » et « juridiquement contraignant » pour présenter l’accord de Paris est une escroquerie intellectuelle. Y accoler la référence à la « justice climatique », sans contenu, est méprisant envers toutes celles et ceux qui se mobilisent en ce sens depuis des années. Faut-il rappeler que cet accord de Paris entérine des [engagements nationaux] qui préparent un réchauffement climatique supérieur à 3°C, sans se doter des dispositifs pour revenir sur une trajectoire inférieure à 1,5°C ou même 2°C ? L’accord de Paris n’apporte rien de plus que les engagements individuels des États : c’est un accord à la carte qui permet à chaque État de faire ce qu’il veut en matière d’émissions de GES. Il est temps de tourner la page des énergies fossiles. Pas de faire semblant ». Le porte-parole d’Attac France Thomas Coutrot met le doigt là où ça fait mal : « le très pâle accord reflète l’impuissance des gouvernements à s’attaquer aux causes réelles des dérèglements climatiques. Rien d’étonnant : l’avidité des multinationales, les énergies fossiles et l’obsession de la croissance sont considérées comme des données intouchables. La France se prétendait exemplaire, elle ne remet pas en cause ses propres projets climaticides ».

Que faire devant cet accord ? D’abord éviter de s’illusionner sur son contenu. Ensuite le faire connaitre et travailler texte a la main pour élever le niveau de conscience civique au sujet des questions climatiques. Ensuite encore, appuyer les différentes organisations sociales, écologistes et citoyennes qui appellent à se mobiliser pour continuer les pressions plutôt que d’adresser des louanges d’amnistie à ceux qui ont élaboré ce texte. À nous enfin de proposer pour notre pays de montrer l’exemple en adoptant l’objectif d’une France avec 100% d’énergies renouvelables en 2050, c’est-à-dire sortie des énergies carbonées et du nucléaire. Nous montrerons ainsi que nous ne nous résignons pas à la catastrophe. Mais, parce que le pire est désormais probable, nous devons aussi travailler activement à un plan global d’adaptation de la France aux effets du changement climatique, en métropole et dans les outre-mers. Nous n’avons en effet pas d’autre choix que de nous préparer à assumer demain les conséquences dramatiques des fautes des dirigeants d’aujourd’hui.

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