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12.03.2016

Le nucléaire détruit EDF

La direction d’EDF et le gouvernement s’enfoncent dans un terrible entêtement pro-nucléaire. Au prix de fiascos de plus en plus spectaculaires comme celui de l’EPR. L’EPR est censé être la centrale nucléaire de demain. Un réacteur de « troisième génération » capable de produire autant que deux réacteurs actuels. Mais tous les projets tournent à la catastrophe. Le projet français d’EPR à Flamanville en Normandie s’enfonce chaque jour un peu plus. Sa mise en service était prévue en 2012. Après de multiples reports, elle est désormais promise au mieux pour fin 2018 ! Six ans de retard et ce n’est peut-être pas fini ! Côté financier, le dérapage est scandaleux. Le coût a triplé depuis le début du chantier ! Initialement prévu à 3,4 milliards d’euros, il devrait coûter au moins 10,5 milliards d’euros. Le chantier de l’EPR finlandais prend le même chemin avec des coûts qui suivent la même courbe.

Et le projet anglais d’EPR Hinkley point est tellement mal engagé que le directeur financier d’EDF a démissionné pour manifester son opposition ! Il plaidait pour que ce projet anglais soit repoussé de sorte à contenir l’endettement d’EDF. Cela faisait plusieurs mois que les syndicats d’EDF avaient donné l’alerte ! Sa démission est un mauvais signe de plus. Le naufrage de l’EPR s’annonce total, condamnant au passage la folle logique qui voit EDF investir autant à l’étranger au lieu d’assumer son rôle de service public national en France.

Ainsi, l’entêtement dans le nucléaire risque de pousser EDF à la faillite à moyen terme. Et avec elle, la destruction de milliers d’emplois et la fin du service public national. Déjà, Areva, l’autre entreprise française du nucléaire, a failli disparaître et a dû être sauvée à grands renforts d’argent frais fournis notamment par EDF. Mais qui sauvera EDF demain ? EDF a déjà annoncé en janvier un plan prévoyant de supprimer 3500 emplois en France d’ici 2018 soit 5% de ses effectifs. Est-ce pour financer la nouvelle facture de l’EPR ?

La suite est connue d’avance : la privatisation. Devant l’impasse financière, les libéraux vont expliquer qu’EDF a besoin d’argent frais. Et que pour cela, il faut une nouvelle étape de privatisation pour faire rentrer de nouveaux « investisseurs ». Ce ne sont pas des rumeurs, ce sont des actes et des promesses. Hollande et Sarkozy partagent l’objectif. Emmanuel Macron a déjà engagé le processus. Le 3 février, dans Le Figaro, il a dit les choses très explicitement. Selon lui, l’État « surinvestit » dans l’énergie. Et « pour réaliser ses investissements à venir, l’entreprise EDF doit dégager des marges de manœuvre financières nouvelles ». Pour cela Macron a annoncé sa volonté d’une « ouverture du capital » de RTE, la filiale d’EDF dans les infrastructures de réseaux et transport d’électricité.

Le lendemain, Nicolas Sarkozy déclarait dans Les Echos du 4 février dernier : « je suis favorable à ce que nous reprenions un programme de privatisations et de cessions des participations que détient l’État dans un certain nombre d’entreprises, dont les recettes seront affectées à la réduction de la dette publique française. Je ne suis pas sûr que la présence de l’État au niveau actuel dans le capital d’Air France, de Renault, d’EDF ou de La Poste se justifie toujours. Faire évoluer les pourcentages de détention est nécessaire ». Et l’ombre de l’EPR anglais réapparaît ici : c’est un projet mené en coopération entre EDF et la compagnie électrique chinoise. Certains y voient un banc d’essai avant des liens plus étroits entre les deux groupes. Comme quand Arcelor a été abandonné à Mittal, Renault à Nissan, Peugeot à Dongfeng, Alcatel à Lucent puis Nokia, Alstom à General Electric…

Cet entêtement dans le nucléaire est une faute lourde. Écologique, financière, industrielle. Elle est une faute politique. Car pendant qu’EDF gaspille des milliards d’euros dans le fiasco de l’EPR, tout est fait pour qu’elle n’investisse pas dans les énergies renouvelables. Ainsi, le directeur d’EDF m’a-t-il  expliqué dans une lettre qu’il n’a pas développé les verres solaires ultramodernes de Nexcis faute de… rentabilité. Mais aux coûts actuels, que vaut cet argument en supposant qu’il ait jamais valu quelque chose ?

Ainsi, le gouvernement veut privatiser les barrages hydroélectriques aujourd’hui très majoritairement gérés par EDF et qui fournissent près de 15% de l’électricité française. Sans compter que le gouvernement a aussi décidé de privatiser la centrale électrique géothermique de Bouillante en Guadeloupe ! Mais EDF ne s’est pas porté acquéreur. Tous ont préféré laisser cette centrale à une entreprise américaine ! Bravo à mes camarades du Parti de Gauche de la Guadeloupe d’avoir lancé une pétition pour le maintien de cette centrale géothermique dans le giron public.

Nous avons vraiment besoin d’une toute autre politique énergétique. L’objectif doit être celui de la sortie des énergies carbonées et du nucléaire à la fois. C’est-à-dire l’objectif de 100% d’énergie renouvelables d’ici 2050. Cela commence par la fermeture de la centrale de Fessenheim, l’arrêt de l’EPR de Flamanville et du centre d’enfouissement des déchets radioactifs à Bure. Mais aussi par l’arrêt des privatisations en tous genres, notamment dans les énergies renouvelables. Car nous ne pourrons pas piloter et mettre en œuvre la transition énergétique sans un service public puissant.

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