jean luc melenchon bibliotheque archives nationales quebec

23.04.2016

Chroniques québécoises

À partir du 20 avril, Jean-Luc Mélenchon est au Québec. Pendant toute la durée de ce déplacement, des chroniques seront rédigées chaque jour par Sébastien Polveche, militant du PG à Lille, qui accompagne Jean-Luc Mélenchon pour ce voyage et a travaillé à sa préparation. 

23 avril –  Conférence à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec

La journée du 23 avril aura constitué le temps fort du voyage de Jean Luc Mélenchon au Québec. La matinée était consacrée à la rencontre de nos camarades et amis de Québec Solidaire. Ce parti évoluant à l’échelle de la province du Québec est très proche de nos idées. Il se définit comme un parti de gauche, écologiste, altermondialiste, féministe et souverainiste (=indépendantiste). Il a été fondé en 2006 et compte 3 député.e.s provinciaux et plus de 10 000 membres.

Québec Solidaire (QS) était représenté par Amir Khadir (député de Mercier depuis 2008), Andrés Fontecilla (président de QS), Manon Massé (députée de Sainte Marie Saint Jacques) et Roger Rashi (responsable de la commission internationale de QS). Cette rencontre a permis d’échanger sur nos situations politiques respectives et de discuter de préoccupations et projets communs : les traités de libre – échange, l’organisation du forum social mondial à Montréal en août 2016.

Puis vint l’après midi et la grande conférence à la Bibliothèque et Archives nationale du Québec (BAnQ) de Montréal. Cette conférence était organisée avec l’aide de Ricochet, le média indépendant (=équivalent québécois de Médiapart) fondé par Gabriel Nadeau-Dubois (GND). Elle était co-animée par GND et par Francine Pelletier. Cette conférence a rencontré un vif succès, le nombre de personnes qui s’y sont présenté était le double de la capacité d’accueil de la salle, nous n’avons donc pas malheureusement pas pu accueillir tous les présents. A cela s’ajoutent, les 14 000 personnes qui ont suivi le live stream de Ricochet.

La journée s’est terminée par un apéritif en compagnie des membres du groupe d’appui à la campagne JLM2017. Plus de 62 compatriotes étaient présents, certains ayant fait le chemin depuis Sherbrooke (150 km de distance). Jean Luc Mélenchon y a fait un discours, échangé avec la salle et fait une séance de dédicaces.

Ce voyage aura été un vif succès : partout Jean Luc Mélenchon a été accueilli avec gentillesse et intérêt, reçu par le mouvement syndical et par tout l’arc de la gauche Québécoise et Canadienne.

22 avril – La lutte contre l’accord de libre-échange UE-Canada (CETA ou AECG)

La journée du 22 avril a été très dense et riche en rencontres. Le matin, Jean Luc Mélenchon était invité dans les locaux de Radio Canada pour une interview dans la matinale de cette radio.

L’interview achevée, nous nous sommes dirigés vers les locaux de l’Université du Québec à Montréal pour une rencontre avec les organisations opposées aux traités de libre – échange (AECG, TAFTA,…). Ces organisations sont regroupées au sein du Réseau Québécois sur l’Intégration Continentale et représentent plus d’un million de Québécois sur les huit millions que compte la province !

Cette réunion a permis d’évoquer l’état du débat public sur le sujet dans nos pays respectifs. Tous partagent le constat que le débat public sur les traités de libre-échange est volontairement occulté alors que les enjeux sont énormes. Leurs conséquences négatives sont déjà palpables au Canada, dans la mesure où le pays fait partie de la zone de libre-échange USA / Canada / Mexique (ALENA). La souveraineté des États et les droits sociaux ont considérablement reculé, notamment sous l’effet de la pression exercée par les tribunaux d’arbitrage et leur justice favorable aux intérêts des multinationales.

Le cas de la multinationale Lone Pine Resources en constitue un exemple emblématique : cette entreprise a intenté des poursuites contre le Québec suite à l’instauration d’un moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste dans la vallée du Saint Laurent. Elle réclame une indemnité de 250 millions de dollars. Les « panelistes » évoquent même des formes d’auto-censure des administrations du Canada et Québec car il n’est pas rare qu’elles recoivent des courriers émanant de cabinets d’avocats basés à New York les menaçant de poursuites contre tel ou tel projet de loi (avant même qu’il ne soit voté).

La réunion a également permis d’aborder les perspectives d’actions et de mobilisations des deux côtés de l’Atlantique. Certains évènements pourraient servir de point d’appui : le forum social mondial à Montréal (août 2016), le sommet UE / Canada de l’automne 2016, …

Après un déjeuner avec les chercheurs de l’IRIS (think tank progressiste spécialisé dans la déconstruction du néolibéralisme et des politiques d’austérité), les rencontres qui ont suivies ont permis d’échanger avec plusieurs partis politiques de la gauche Québécoise et Canadienne. Jean Luc Mélenchon a eu un temps d’échange fraternel avec Alexandre Boulerice, député fédéral du Nouveau Parti Démocratique (social-démocrate) sur les perspectives de recomposition du mouvement progressiste sur nos continents. La discussion avait l’intéret de se situer après que la direction du parti a été congédiée après la défaite électorale et que l’alternative ici encore soit un virage à gauche à la Bernie Sanders. En soirée, nous rencontrions une délégation du Parti Québécois (PQ), composée de Jean François Lisée (député provincial de Rosemont et ex-ministre du gouvernement péquiste de Pauline Marois) et Carole Poirier (députée provinciale d’Hochelaga Maisonneuve et responsable à l’international du PQ).

21 avril – Le « Printemps Érable »

Jean Luc Mélenchon est arrivé hier à Montréal ; il entamait aujourd’hui son cycle de rencontres avec des journalistes et des acteurs de la société québécoise.

Une partie de la journée a été consacrée à des interviews avec la presse écrite et audiovisuelle québécoise : Le Devoir (le journal de référence québécois) et La Presse (journal à grand tirage québécois), RTL Canada, ainsi que Radio – Canada, en compagnie de Gabriel Nadeau Dubois. Jean Luc Mélenchon y a évoqué ses positions sur les traités de libre – échange (CETA, TAFTA) ainsi que les organisations qu’il va rencontrer sur le sujet. Il a également abordé son projet de faire de la francophonie un espace politique.

Vers midi, Jean Luc Mélenchon rencontrait Gabriel Nadeau Dubois (GND), le leader du mouvement étudiant de 2012. L’échange a été riche et fraternel. Il précède la conférence qu’ils co-animeront ensemble le samedi 23 avril sur « Le peuple et la caste » à la Bibliothèque Nationale du Québec.

Gabriel a tout le profil d’un insoumis : il est poursuivi en justice pour « outrage » après avoir appelé à la désobéissance civile contre les décisions de justice cassant les votes de grève durant le « printemps érable ». Il a été condamné en première instance à 120 heures de travaux d’intérêt général, acquitté en appel et sera jugé en cassation vendredi 22 avril à Ottawa. Gabriel Nadeau-Dubois ne mène pas son combat de manière isolé : une tribune signée par l’ensemble des organisations de la société québécoise a été publiée ce jour par le Journal Le Devoir et dénonce « la dangereuse juridiciarisation du débat public ».

Une situation qui fait écho au dépôt de plainte de la Société Générale contre Jean Luc Mélenchon. Coincidence, le même jour paraît en France une tribune dans Marianne signée par 80 personnalités, appelant au retrait de la plainte de la Société Générale  contre Jean Luc Mélenchon, Jérôme Kerviel et David Koubbi. Chaque fois, les puissants s’attaquent à la liberté d’expression pour faire taire les voix dissidentes qui s’expriment dans le débat public.

Enfin, en fin d’après midi, Jean Luc Mélenchon a rencontré Sébastien Soldevila, fondateur de la compagnie les 7 doigts de la main, et chorégraphe de la cérémonie d’ouverture des JO de Sotchi.

20 avril – L’arrivée à Montreal

La présence de Jean Luc Mélenchon au Québec est motivée par le combat qu’il mène contre les traités de libre-échange en cours de négociation (TAFTA, entre l’UE et les USA) et de ratification (AECG, entre l’UE et le Canada). Au Québec, comme en France, des partis politiques, des associations et des syndicats s’opposent à ces traités et à leurs conséquences néfastes sur les droits sociaux et la souveraineté des États. Ils le font avec une conscience aiguisée par l’expérience, car ils sont déjà soumis au traité ALENA (traité de libre échange USA / Canada / Mexique). Sa visite au Québec permettra donc de se nourrir de ses échanges, des arguments et des retours d’expérience sur les traités de libre-échange.

Par ailleurs, sa visite lui permettra également de s’imprégner de l’expérience du « Printemps Érable ». Ce puissant mouvement étudiant a tenu tête au gouvernement et à sa répression (plus de 3400 arrestations) pendant plus de 8 mois, de février à septembre 2012. Les étudiants luttaient contre l’augmentation des frais de scolarité à l’Université (+ 1 625 $) mais, très vite, le mouvement a débordé du simple cadre d’une lutte étudiante, pour devenir une lutte populaire, mobilisant de vastes secteurs de la société. Ce n’était plus seulement la « hausse » qui était remise en cause, mais toute la politique du gouvernement libéral de Jean Charest, qui était rejetée en bloc. Qu’il s’agisse de sa politique énergétique extractiviste ou de ses politiques d’austérité. Le mouvement étudiant Québécois a fait preuve d’une grande inventivité, en diffusant son propre récit du mouvement (au travers de ses médias) ou en s’organisant sur les réseaux sociaux.

Au final, ce mouvement a provoqué une véritable crise politique au Québec, qui a conduit à la défaite des libéraux aux élections provinciales qui ont suivies et à l’abandon du projet de hausse des frais de scolarité. Il y a donc beaucoup de leçons à tirer, d’énergie à puiser sur ce qui s’est construit durant ce mouvement et qui continue encore à germer au sein de la société québécoise.

DERNIERS ARTICLES

L’attaque du commando d’extrême droite contre la réunion organisée à Bordeaux autour des députés Carlos Bilongo et Louis Boyard est un franchissement de seuil….