argu chomeurs

16.10.2017

Le bobard des chômeurs fainéants

Ça recommence. Le discours anti-fainéant est de retour. Il y aurait de nombreuses offres non pourvues dans le pays. Il se trouve toujours quelqu’un pour le répéter sur un média où personne ne rectifiera rien. Et toujours quelqu’un qui me ressert à l’occasion d’une discussion. En sortant de ma rencontre avec l’association « Retravailler-Provence » à Marseille, je bavardais avec un officiel dont je tairais le nom. Je lui racontais la difficulté à laquelle l’association était confrontée et le problème de la réinsertion au travail. J’ai donc eu droit au désormais rituel « bon mais enfin il n’y a pas besoin de faire un stage pour reprendre son métier. Et on reste avec des dizaines de milliers d’offres d’emploi sans personne pour les occuper. Si on était plus sévère à Pôle emploi, les chômeurs retourneraient plus vite au travail ». Encore était-ce là quasi bienveillant. J’en ai entendu des plus sévères.

Évidemment, tout cela prouverait que les « fainéants » sont la cause de leur propre chômage. L’échange m’a assez marqué pour que je décide d’y revenir et de récapituler mon argumentaire sur le sujet. Je le reprends ici et je vous le lance comme une bouteille à la mer pour le cas où vous en auriez vous-mêmes l’usage. Indémodable ! Le thème revient toujours. J’ai replongé dans mes archives et j’y ai trouvé mes chiffres.

Que disent les statistiques ? Exemple :  21.000 offres retirées sans aucun candidat en 2015 selon l’enquête « Besoins de main d’œuvre » de Pôle emploi/CREDOC. Sur ce nombre, 15.000 offres ont été retirées par les entreprises qui les avaient déposées parce qu’elles n’en avaient plus le besoin ! En tous cas, au maximum, d’après la direction générale de Pôle emploi, il y aurait environ 191.000 offres non pourvues annuellement non pas faute de candidats mais de candidats « acceptés par l’employeur ». Un chiffre qui n’a rien à voir avec quelques délires comme les « 300.000 emplois non pourvus » de Pierre Gattaz assénés en février dernier avec une jubilation mauvaise. Et encore moins avec les 500.000 de Nicolas Sarkozy, claironnés en 2008.  En fait si on revient à mon exemple de 2015, il n’y a vraiment pas de quoi s’inquiéter. En 2015, 24 millions d’offres ont été pourvues (Urssaf). Notons qu’il s’agissait de 17 millions de CDD de moins d’1 mois. Alors les offres non pourvues représentaient donc entre 0,18% (si 43.000 offres non pourvues) et 0,8% (si on monte à 191.000) des embauches. Dit autrement, plus de 99% des offres trouvent preneur !

Pourquoi ces quelques offres sans preneur ? Voyons les causes déclarées. Candidats peu nombreux : par exemple pour faire du travail de nuit au SMIC. Ou bien des employeurs trop exigeants ! Autre cas, les entreprises n’ont finalement plus l’argent pour embaucher. Mais il y a aussi des causes plus malines en quelque sorte. Par exemple, des entreprises publient une annonce et la retirent pour stocker des CV. Et il y a les causes de détresse. Celles des chômeurs sans les moyens par exemple. Des dizaines de milliers de personnes renoncent à des postes en raison des frais de mobilité et de déménagement.

En fait le problème n’est pas là où le situent les ennemis des « fainéants ». Le fond de l’affaire c’est que les chômeurs sont plus nombreux que jamais. Alors quand il y a 191.000 offres qui seraient sans preneur, n’oublions pas que ces offres seraient présentées face à 6,1 millions d’inscrits à Pôle emploi ! Cela représente une offre pour 32 personnes ! Dit autrement, si on obligeait les chômeurs à prendre les emplois non pourvus : on passerait en tout et pour tout de 6,1 millions à 5,9 millions d’inscrits… Ce que montre ce chiffre c’est que la volonté individuelle des chômeurs ne peut pas être mise en cause. Même s’ils acceptaient n’importe quelle offre, ils ne trouveraient pourtant pas tous un emploi. L’obligation de recherche active d’emploi (justifier à chaque pointage que l’on a recherché « activement ») est donc absurde. Dans ce cas on sanctionnerait des chômeurs parce qu’ils ne cherchent pas des emplois qui n’existent pas.

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