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16.10.2017

Le drapeau de l’Union n’est pas celui du peuple souverain

Ce n’est pas moi qui choisis les sujets de polémiques médiatiques. Je tiens à le rappeler après avoir lu un commentaire sur les réseaux sociaux qui s’interrogeait sur l’opportunité de déclencher une polémique sur le sujet du drapeau européen. Dans la masse de tout ce que nous faisons, écrivons, et disons chaque semaine, le parti médiatique fait le choix seul de l’angle sous lequel il nous met en cause. Car naturellement il n’est jamais question que de cela. L’angle est toujours le même : susciter de l’indignation à notre propos. Et l’ordre des attaquants est toujours le même. Le premier cercle Macroniste, puis le deuxième, le tout escorté par les batteries des croiseurs de guerre médiatiques. Puis viennent pour tirer dans le dos les « faux-amis » dont c’est l’unique occasion de se faire remarquer. Et ainsi de suite, d’un buzz à l’autre, d’un jour sur l’autre. L’amendement pour retirer le fanion européen de l’Assemblée nationale a donc capté l’attention au milieu de la cinquantaine que nous avons déposé sur le texte concernant la vie de l’Assemblée nationale. Et le chef de l’État en personne s’en est saisi publiquement depuis l’Allemagne. Pourquoi pas, puisqu’il s’agit de « l’Europe allemande » comme la nomme ce livre préfacé par Cohn-Bendit.

Pour ce qui me concerne, j’aurais bien aimé être pris à parti aussi sur ma sortie à l’usine GE-Hydraulique de Grenoble, ou dans la prison des Baumettes à Marseille, ou pour mon discours à l’assemblée nationale sur l’Europe mardi 10 octobre. Mais ce fut la « polémique avec Valls », un croustillant traquenard, 30 secondes de propos vifs, payé 100 euros à son zélé petit rapporteur au Canard enchaîné et rebondissant toute la semaine. Connaissant personnellement les artisans de cette chaîne de production je n’y ai accordé aucune importance. Mais pendant ce temps, d’autres de mes amis se faisaient inonder de saloperies en tous genres. La hargne du parti médiatique aura été bien forte cette semaine. Bien sûr, nous aurons été salis aux yeux de bien des gens et plusieurs d’entre nous ont vécu un moment très humiliant, la boule au ventre. Mais notre dégoût pour la caste médiatique et pour ceux qui collaborent à sa domination a élargi le fossé personnel qui nous en sépare et renforcé nos caractères. De leur côté, des milliers d’amis se sont eux-aussi endurcis dans la compréhension de ce qu’est en réalité le système médiatique et les gens qui le font tourner.

Voir Médiapart tirer dans le dos du « Média » le jour de son lancement aura été un moment d’intense pédagogie pour beaucoup de naïfs désormais mieux avertis de la réalité de la carte politique de la caste. Ce n’est pas rien. Nous ne pourrons jamais gouverner sérieusement ce pays sans avoir été d’abord aussi complètement que possible dégagés de toute faiblesse à l’égard de cette caste. Car elle sera alors, comme dans tous les pays du monde où nous avons gouverné, notre premier et quasi unique adversaire.

Pour autant, le buzz sur le drapeau européen mérite de l’attention et du soin. Je ne récuse pas cette dispute car elle contient du sens politique. Puisqu’elle est là il faut la servir avec des arguments car c’est une occasion d’informer et d’éduquer contre ce qu’est l’Europe des traités actuels.

Le drapeau européen n’existe pas en tant qu’emblème national en France. L’article 2 de la Constitution de la cinquième République déclare que « l’emblème de la Nation est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge ». Comme nous avons posé le problème sous la forme d’un amendement, Emmanuel Macron a déclaré depuis l’Allemagne, vouloir « reconnaître le drapeau européen » dès le prochain Conseil européen. De cette manière, serait réglée pour toujours la question de la pertinence de son pavoisement dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Il se trompe lourdement. Tout d’abord, le choix du ou des drapeaux qui décorent l’hémicycle n’a jamais relevé du président de la République, ni même des déclarations qu’il peut faire au nom de la République française. C’est celui de l’Assemblée nationale elle-même, de son président et de son bureau.

Lorsqu’en 2006, le drapeau tricolore apparaît dans l’hémicycle, c’est à l’initiative de Jean-Louis Debré, alors président de l’Assemblée. Lequel avait d’ailleurs jugé plus sage et conforme à la tradition républicaine de notre pays de ne pas lui adjoindre le drapeau européen. Lorsque quelques mois plus tard, son successeur, monsieur Accoyer, proposa d’y pavoiser le drapeau européen, il fut obligé de reculer face à l’opposition de députés membres du bureau. Aucun insoumis n’y siégeait… De même, quand en 2008 le drapeau européen apparaît pour la première fois dans l’hémicycle, à l’occasion de la présidence française de l’Union européenne, c’est suite à une décision du bureau de l’Assemblée, et non de l’exécutif. Par sa déclaration, le Président de la République semble faire fi des pratiques les plus basiques de la séparation des pouvoirs et de l’autonomie du Parlement dans son organisation.

Pire, il semble oublier avec désinvolture que le peuple français, directement et par la voix de ses représentants, a, par deux fois, refusé de reconnaître ce drapeau. Le drapeau européen, ainsi que plusieurs autres symboles pour l’Union faisaient partie du traité constitutionnel, rejeté en 2005 par référendum. Trois ans plus tard, le Parlement réuni en Congrès adoptait le traité de Lisbonne. Le président Sarkozy avait à l’époque publiquement retiré les symboles, dont le drapeau, du traité pour signifier qu’il tenait compte du « Non » au référendum. On avait d’ailleurs bien ironisé à l’époque car personne n’avait rien demandé à ce sujet ! Du coup, les États membres en désaccord avec cette décision française avaient, à l’époque, signé entre eux une déclaration annexe reconnaissant ces symboles. Or, le Parlement français s’est prononcé sur le traité et les déclarations qui lui sont annexées, actant ainsi que celle sur les symboles n’était pas partagée par notre pays.

Alors ? Tout cela n’est rien ? Vote du peuple, vote du parlement, symbole religieux, rien de tout cela ne compterait. Les petits bourgeois soupirent pour ne pas être obligés de prendre parti : « est-ce bien le moment d’une telle polémique ». Les mêmes gémiront contre l’islam politique. « Ce n’est pas pareil ! » glapissent-ils aussitôt. Comme si le débat sur les « racines chrétiennes de l’Europe » n’avait pas eu lieu ! Donc, si : c’est pareil ! Pas de religion en politique, quelle que soit la religion !

Côté Macron au moins c’est clair : il va à la baston. Il annonce qu’il signera la déclaration reconnaissant le drapeau européen. Peu lui importe qu’il n’en ait pas le droit. Mais après avoir cité 18 fois le mot «souveraineté» dans son discours de la Sorbonne, sans la définir, il en donne un exemple concret. Dans la tradition républicaine, la souveraineté ne s’entend que comme celle du peuple. Le mot se confond avec celui de démocratie. C’est d’ailleurs ce principe que symbolise notre drapeau tricolore, héritage de la Grande Révolution. Dans le cas présent, un homme seul prétend donc revenir sur une décision du peuple puis sur une décision de la représentation nationale. Et tout cela pour afficher une « souveraineté européenne » selon lui désormais réputée supérieure à celle de la Nation et du peuple. C’est à la fois l’aboutissement de la monarchie républicaine et la touche finale à la forfaiture du traité de Lisbonne.

Ce qui pose problème avec le drapeau européen c’est ce qu’il signifie. Il donne de l’Europe une définition confessionnelle. La position que nous défendons sur la présence du drapeau européen dans l’Assemblée nationale n’est pas nationaliste, elle est républicaine. La souveraineté populaire écarte le dogme religieux du champ de la discussion démocratique. C’est ce principe laïque qui permet que des citoyens ayant des options philosophiques, religieuses ou non religieuses, radicalement différentes puissent tous consentir à l’intérêt général que la loi décidée en commun édicte. Le drapeau européen symbolise l’inverse. Il est directement inspiré de l’imagerie religieuse et en l’occurrence de celle de la vierge Marie dans la religion catholique. Le journal « La Vie catholique » l’a reconnu sans difficulté. Le concepteur du drapeau, Arsène Heitz, l’a toujours assumé. Il déclarait par exemple en 1989 dans une revue catholique : « J’ai eu subitement l’idée de mettre les douze étoiles de la Médaille miraculeuse de la rue du Bac, sur fond bleu, couleur de la Sainte Vierge. Et mon projet fut adopté à l’unanimité, le 8 décembre 1955, fête de l’Immaculée Conception ». Le symbole est donc confessionnel et opposé à l’Europe que nous voudrions, héritière des Lumières c’est à-dire un cadre de liberté pour tous.

Il n’est de débat politique plus noble qu’à propos de symboles. M. Macron le sait. La querelle entre lui et nous sur le drapeau de l’Union européenne va bien au-delà d’un morceau de tissu. C’est un débat de fond sur notre rapport à l’Union européenne. Le président veut mettre ce thème au cœur de son action. Voilà enfin un président qui assume sa volonté de faire l’Europe en défaisant la France et en limitant la souveraineté de son peuple. Que sa première grande décision européenne ait été de laisser l’accord de libre-échange avec le Canada entrer en vigueur avant le vote du peuple français ou de ses représentants en dit long sur cette nouvelle doctrine européenne de la « souveraineté limitée » comme le disait Brejnev des satellites de l’URSS. Mais au moins les hypocrisies de ses deux prédécesseurs n’ont plus cours. Tant mieux ! Nous pouvons désormais confronter des points de vue clairement. Je m’en réjouis. Alors le peuple pourra choisir souverainement son avenir. Cela suppose de ne pas lui imposer des politiques ni des emblèmes qu’il a refusé dans la plus grande clarté d’un référendum.

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