15.11.2017

Capital : la série B de l’investigation

Même pour être journaliste à Capital, il faut un minimum de professionnalisme. Mieux vaut être précis quand on se la joue « grande enquête pleine de révélations » contre la réputation et l’honorabilité d’un homme qui ne se laisse pas faire. Mieux vaut ne pas trop dépendre d’une seule « source » surtout si elle radote ses affabulations depuis bientôt quinze ou vingt ans. Mieux vaut ne pas faire reposer toute une accusation sur un seul fait surtout s’il est erroné. D’autant que s’agissant de mon patrimoine, ce n’est pas la première fois que des procureurs médiatiques à deux balles se hasardent sur un sentier plus que rebattus.

Donc ce jour là, dès huit heures trente du matin, le petit enquêteur de cette feuille envoie dix questions par mail à l’attaché de presse de notre groupe parlementaire. Il me laisse royalement jusqu’au soir pour répondre à propos des détails d’une situation vieille de 19 ans. Evidemment, son but est que je ne réponde pas pour pouvoir écrire cette ligne qui est aux « révélations » ce que la moustache est au baiser : « monsieur x n’a pas souhaité nous répondre ».

Pourtant, Capital devrait savoir qu’il arrive bien tard pour « révéler » quoique ce soit à mon sujet. En effet depuis ma première élection nationale mon patrimoine a fait l’objet de nombreuses et régulières déclarations, accessibles au public. Ce fut d’abord auprès de la « Commission pour la transparence financière de la vie politique » puis de la « Haute autorité » actuelle. Je précise que j’ai fait des déclarations de mise à jour à l’occasion de chacune des modifications réalisées au fil de mes pérégrinations et des achats et ventes de mes domiciles successifs. Du coup, j’ai été souvent interrogé par ces commissions de contrôle chaque fois qu’un point a semblé devoir par principe soulever une question. Je doute qu’il y ait beaucoup de monde dont la situation patrimoniale ait jamais été autant surveillée. En effet j’ai été contrôlé de cette façon à l’occasion de 13 entrées ou sorties de mandat électoral. Sans oublier le moment de deux candidatures à l’élection présidentielle. Soit quinze fois ! Je n’ai jamais fait l’objet d’aucun blâme, remontrance ou mise en garde. Je ne saurais oublier de mentionner que j’ai aussi dû répéter ces déclarations à l’usage de la presse. On connait sa vigilance, ses commentaires informés et sans complaisance. En publiant et commentant ma situation patrimoniale en 2012 et en 2017 elle n’aurait rien laissé passer s’il y avait eu matière ! Qui est donc Capital pour se croire plus fin que tous ses confrères en état d’alerte ?

Ma permanence à Massy n’est vraiment pas un sujet neuf. La « révélation » de Capital est que je l’aurai achetée en 1998 et payée avec l’argent de mon IRFM, et sans doute avec celui des locataires du lieu. De là, dans la logique « bout de ficelle de cheval de bois, etc. » un enchainement de raisonnements censé montrer ma malhonnêteté.  Patatras ! Tout faux Capital ! Déjà l’opération ne s’est pas faite en 1998, comme l’écrit l’approximatif « enquêteur », mais le 4 avril 1997. Ensuite et c’est l’essentiel, je n’ai pas eu besoin de payer ma permanence avec mon IRFM. Notez que si je l’avais fait ce n’aurait pas été illégal en l’état du droit à l’époque. Mais je n’ai pas eu besoin de le faire. J’ai payé cash l’acquisition du local. Sans un centime d’IRFM (à l’époque c’était des francs)…

Comment cela a-t-il été possible ? J’ai raconté l’histoire cent fois. Elle prouve que je sais mener ma barque. Je suis une fourmi entreprenante. Au cas précis, j’ai bénéficié d’une belle opportunité. Avant cela, je louais pour permanence politique un local ruineux et peu commode. J’étais donc à l’affut pour en partir. J’apprends qu’une petite entreprise de peinture est en liquidation. Son siège était mis en vente par le tribunal de commerce. Ce local était vraiment très intéressant pour mes activités politiques et celle du PS dont j’étais le dirigeant à Massy. Il était bien situé aux alentours d’une agréable rue commerçante du centre-ville. J’ai donc déposé une offre au tribunal. Pour moi c’était là une piste parmi d’autres que je suivais pour trouver un nouveau siège. Je n’y croyais qu’à moitié. En effet j’avais appris entre temps qu’il y avait d’autres offres, dont celle d’un promoteur. Il va de soi que je n’avais ni relation ni aucune influence, au tribunal de commerce. Celui-ci préféra mon offre parmi celles dont il disposait. Un peu surpris par mon succès, j’ai mobilisé toutes mes économies personnelles de l’époque. Cela ne suffisait pas. J’ai donc sollicité le seul ami dont je savais qu’il pourrait m’aider dans l’urgence. J’ai donc partagé le titre de propriété avec lui puisque je n’avais aucun autre moyen de garantir un prêt qu’il aurait pu me faire. Pour cela nous avons constitué une SCI. À nous deux, nous avons payé la somme. Nous n’avons contracté pour cela aucune dette. Qui c’est qui fait Pchitttttt ? C’est Capital. Je pourrai en rester là. Mais c’est l’occasion de raconter la suite de mes aventures. Je prie tous ceux qui la connaissent de m’excuser de la répétition.

Car une fois acheté le local, encore fallait-il transformer les lieux pour les adapter à nos usages. Puis pour gérer son utilisation quotidienne. Pour cela j’ai créé avec mes amis une association ad hoc. Elle assurait la gestion du lieu pour tous ceux qui utilisaient le local : la section PS, ses deux conseillers généraux, ma permanence de sénateur, le bulletin de mon courant politique, que sais-je encore… Ah oui je sais : il y eu aussi la permanence du député PS qui louait tout le rez de chaussée. Il s’agissait de François Lamy, député PS de l’Essonne… J’en garde le riche souvenir d’un militant forcené qui tapissait la moitié des murs de l’entrée de la permanence avec des affiches du « oui » au référendum de 2005 tandis que je tapissais l’autre moitié avec celles du « non ».

Nous avons dû mettre le local à nos besoin d’usage politique car il s’agissait d’une ancienne maison, boutique en rez de chaussé, maison sur deux étages. Le coût des travaux (cloisons, blindages des vitres, couloirs de circulation, percement du mur central, câblages) les fluides, le nettoyage et le reste de l’entretien a été partagé entre les usagers. Aucun des « locataires » n’a donc payé l’achat du local. Tous ont payé les aménagements et l’usage du lieu. Je n’ai jamais touché de loyer cela va de soi. Et comme tout le monde, je payais moi aussi ma part à l’association de gestion, à proportion de l’usage que j’avais des lieux. Je le faisais avec mon IRFM, comme le député le faisait aussi. La loi m’y obligeait car sinon cela aurait été de l’abus de bien social par rapport à la SCI propriétaire dont je n’étais pas l’unique actionnaire. Cette mutualisation permettait d’obtenir à coûts très praticables l’usage d’un lieu commode pour nos activités.

Quand le PS s’est dispersé localement, que je l’ai quitté et que j’ai été élu député européen du grand sud-ouest, nous avons mis en vente le local. Plusieurs offres nous ont été faites. Un promoteur avait en vue un réaménagement du secteur. Nous avons préféré l’offre d’une association de logement relais d’urgence qui avait acquis entre temps le bâtiment mitoyen du notre. C’était pour nous un choix porteur de sens politique que de favoriser l’extension d’une action sociale de relogement de pauvres en plein centre-ville traditionnel. La vente s’est faite au prix du marché, fourchette basse, comme c’est la loi. Les deux actionnaires que nous étions ont récupéré leur mise de départ et la confortable plus-value de la revente au prix du marché après une acquisition au tarif d’une liquidation. Dans cette transaction aucune ombre en vue. L’association acquéreuse a toujours eu ses comptes contrôlés par ses autorités administratives de référence au plan départemental, régional et national. Jamais aucune observation n’a été faite sur les conditions de cette vente par qui que ce soit alors même qu’entre-temps la mairie de Massy était passé à droite et depuis lors le conseil général de même. Nous fûmes plutôt complimentés car l’action de l’association concernée était appréciée, tous bords politiques confondus.

Le pauvre papier de Capital ignore une autre source d’insinuations qui aurait pu ajouter du sel à son roman. Le sujet était pourtant facile d’accès. Je me fais un devoir de le présenter pour finir de me moquer de ces pieds nickelés de l’information. Certes, le sujet a déjà été pointé dans le passé : quelle est l’identité de mon partenaire d’achat ? Question mortelle !  Il s’agit du directeur de l’Opéra de Massy. Aveu terrible : ayant été le maire adjoint à la culture de cette ville n’ai-je pas usé dans cette circonstance d’un pouvoir d’influence lié à ma fonction ? Non. Fin de l’épisode. En effet au moment de l’achat je n’étais plus ce maire adjoint et la ville était passé à droite depuis trois ans. D’autres questions ?

Je ne crois pas qu’il puisse y en avoir. En effet à l’occasion de mon départ du ministère de l’Enseignement professionnel (à moins que ce soit en arrivant) j’ai déposé, une fois de plus, un état de mon patrimoine. Le secrétaire de la commission de contrôle compétente auprès du conseil constitutionnel, monsieur Renaud Denis de Saint Marc (j’espère avoir conservé correctement son nom) m’a interrogé sur le sujet et précisément sur les points que je viens de mentionner ici. Mais après l’enquête de monsieur de Saint Marc, qui est lui un homme sérieux et vigilant, je n’ai eu aucune observation supplémentaire. Ni jamais, depuis, de personne. Sauf de Capital et de son investigation de série B. Pourquoi ? Je ne sais pas quelle mouche les a piqué. Capital a peut-être des annonceurs exigeants. Et quelques-uns ont peut-être des comptes à régler avec moi et mes camarades. À moins que ce soit des gloires locales actuelles ou passées qui ont eu maille a partir avec moi. Mais en toute hypothèse c’est vrai que quand on s’appelle Capital, on a de bonnes raisons de m’en vouloir.

Nous reproduisons ci-dessous le mail reçu : mail-capital 2

 

 

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