bonne semaine

23.01.2018

Une bonne semaine

Oui c’était une bonne semaine que celle-là. Au fil des jours s’égrenaient les victoires sur des affaires pendantes de longue date. L’arrêt de Notre-Dame-des-Landes, le vote au Parlement européen de l’amendement du député insoumis Younous Omarjee pour interdiction de la pêche électrique, la condamnation de la Société Générale à rembourser deux milliards d’euros de trop perçu du fisc comme conséquence de sa responsabilité dans les pertes attribuées au seul Jérôme Kerviel, tout cela sentait bien bon.

Le succès du lancement du Média a aussi été un beau moment dont la portée et l’onde de choc ne fait que commencer à être compris. En limitant leurs interrogations fielleuses à rabâcher « média Mélenchon » avec la délicatesse d’éléphants dans un magasin de porcelaine, quelques grands distributeurs d’éléments de langage (serais-je devenu complotiste ?) se sont bien désarmés devant une réalité  qui se joue sur un tout autre terrain. Et ils ont perdu. Pendant ce temps «  La France insoumise » atteignait les 800 000 tracts diffusés sur les lycées et les facs pour informer sur le contenu de la loi instaurant la sélection à l’entrée des facultés.

Dans cette semaine, le système Macron a trébuché. Il s’est pris les pieds dans le tapis sur le front des prisons. Au moment où les députés insoumis ont entrepris la tournée des prisons, nous avions été alertés sur l’état des tensions qui y règne. Pour répliquer, le groupe des députés « en Marche » a fait le même tour. Tous sont revenus dans le même état d’alerte que nous. De cette façon, la capacité de résistance ou d’auto-intocxication du parti dominant est tombé à zéro. Tous savent que les gardiens de prison ont raison de dénoncer une situation intenable pour eux comme pour les détenus.

À quoi s’ajoute la décision absurde d’envoyer les CRS charger, gazer (oh non pas cette expression que monsieur Cazeneuve et diverses officines ont déjà montré du doigt « des pires heures » !) soumettre à la respiration obligatoire de gaz lacrymogène dispersé en abondance dans l’air environnant (elle est pas belle ma langue politiquement correcte ?). Une telle décision ouvre des fractures dans l’appareil du maintien de l’ordre. Elles ne se colmatent pas si facilement qu’on peut le croire dans les bureaux des chefs. Il y a une règle de base dans ce domaine. L’unité et la cohésion des divers organes de maintien de l’ordre est le cœur de l’État dans un système comme celui de ce pays. C’est une lourde faute d’y introduire un affrontement de cette sorte, surtout quand il devient un choc physique. En deux ou trois charges et aspersion de gaz et autant d’images bien diffusées, tout un édifice de confiance et de sentiment d’appartenance s’est dispersé en fumée. Un maton à 1300 euros par mois sait qu’il fait partie des « riens » dans le regard de ceux qui donnent l’ordre de le charger.

Quoi qu’il en soit, voilà Macron dans son premier conflit social sévère face à une profession solidement syndiquée et organisée. Avec les épisodes négociations, portes claquées et tout le reste. Du banal. Sans aucune possibilité de démonstration jupitérienne. Il ne peut pas gagner. Les gardiens vont marquer un point et prouver que c’est possible. Et Macron va en perdre un. Quand on roule à 300 à l’heure sur le pont d’Arcole, un modeste dos d’âne peut vous briser un essieu. Les gardiens de prison rendent à eux seuls un service incommensurable au mouvement social qui se cherche. Car pendant ce temps, la cocotte-minute sociale continue de voir monter la pression dans les lycées, dans les hôpitaux et dans les EHPAD.

Mais le plus significatif du moment est le début du divorce avec les classes moyennes supérieures sachantes et influentes. Fondamentalement auto-centrées, celles-ci fonctionnent certes en vase clos mais sur un axe ferme qu’est l’ensemble de références dans le domaine des valeurs. Les classes moyennes  ne sont « moyennes » d’aucun point de vue objectivement mesurable. Elles ne le sont que d’un point de vue idéologique c’est-à-dire du point de vue que se font les gens de n’être « ni riches ni pauvres ». Les contenus idéologiques, les valeurs de références les modes et les comportements symboliques jouent dans ce milieux un puissant rôle d’agrégateur et d’auto-définition.

J’avais montré dans mon livre « L’Ère du peuple » que les « mobilisations morales » étaient un facteur décisif d’action, d’adhésion ou de répulsion dans ces milieux par lequel ils peuvent se lier aux classes populaires. Les macroniens le savent bien  qui ont essayé par tous les moyens de nous accrocher des pancartes d’infamie (Vénézuélaaaa, Cuba, Poutine, Bachar el-Assad, agressif, pas poli, pro-zadistes, islamo-gauchiste, etc.) destinées à rompre le lien qui est créé entre « La France insoumise » et les populations de ce type dans l’élection présidentielle.

Là encore, le pouvoir macroniste devra remonter une bonne pente après sa dégringolade en cours. Les professeurs d’université d’un côté et les conseils d’administration des facultés se rebellent l’un après l’autre et traînent les pieds au moment d’appliquer une loi en toute hypothèse inapplicable dans les délais. Le stakhanovisme bureaucratique qui leur est demandé leur semble etre une injonction déraisonnable et capricieuse. De l’autre, les intellectuels qui ont compris ce qui se joue à propos de réfugiés de Calais et d’ailleurs. Lourde erreur que d’avoir pensé pouvoir les enfumer sur leur terrain de vigilance identitaire. Ces personnes-là sont assez lourdement peu sensibles aux questions purement sociales. Mais lorsque celles-ci surgissent sous l’angle de la question morale, il en va tout autrement.

La tribune de Yann Moix est un détonateur surpuissant. La tentative pour punir l’évanescent et pourtant bien confortable grand chef de la rédaction de  « L’Obs » est un autre signe mal goûté mais bien compris. Le même journal avait osé publier une tribune d’intellectuels eux aussi devenu mal-pensants. Le signal que donne cette représaille est particulièrement contre-performant. La « gauche morale » est vent debout quand on lui dit : « dorénavant, silence ou on tape dans le tas ».

Bien sûr, aucun ne se sent une vocation de martyr et saura se montrer raisonnable d’une façon ou d’une autre. Mais les rancoeurs d’intellectuels ne se diluent pas si facilement dans les fumées de la communication. Bruno-Roger Petit et les autres marionnettistes du palais vont devoir faire des efforts pour panser les plaies. Pas sûr qu’une tournée de déjeuners en ville y suffise…

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