elections europeennes

20.02.2018

Les élections européennes ont commencé

Quel étrange tweet. Il émane de « Génération-s ». On voit une photo avec Benoît Hamon et Isabelle Thomas et deux interlocuteurs autour d’une table : « Discussion productive ce matin avec @syriza_gr. Une volonté commune de construire une Europe écologique, démocratique, sociale et débarrassée de l’austérité #EuropeanRebirth ». « Génération-s » cautionne donc Syriza ? Pourtant, quelques jours plus tôt « Génération-s » avait déclaré par la bouche de Benoît Hamon qu’il laissait la « porte ouverte » à la « France insoumise » pour une alliance aux européennes. C’était très généreux de sa part. Je m’en étais réjoui, alors même que la plupart de mes amis n’en croyait pas un mot et se moquaient du double langage qu’ils voyaient dans ses propos. Certes, j’avais du mal à comprendre pourquoi il assortissait cette bonne manière d’inutiles injonctions du genre « à conditions que les insoumis changent de position sur l’Europe ». Cela rappelait trop le ton dominateur habituel des autres PS qui se sont exprimés dans la semaine.

Mais là on voit bien qu’il ne s’agit pas du jeu du chat et la souris habituel sur le mode « plus unitaire que moi tu meurs » qui nous rappellerait les meilleurs moments de la campagne présidentielle. Ici il s’agit du fond. Il s’agit de la raison fondamentale du divorce qui a détruit le lien entre les PS et les peuples dans toute l’Europe. Il s’agit de la cause qui a fait de ces PS des appendices de la politique de la finance, des supplétifs pour les « grandes coalitions ». Ce fond qui a fait d’une partie du PS en France une composante de la grande coalition locale c’est-à-dire « La République en Marche ». Il s’agit de savoir si oui ou non on résiste aux politiques déterminées par les traités européens et mis en œuvre par la Commission de Bruxelles ! Tsípras et Syriza sont le modèle du refus de rompre avec cela. Tsípras a trahi tous ses amis en Grèce, et tous ceux qui se battaient ici pour lui à l’époque où personne ne voulait le recevoir à Paris. La rupture avec les traités n’est donc pas une différence de degré sur la question européenne mais une différence de nature.

La politique qui commence avec l’acceptation des politiques d’ajustements structurels ne peut finir autrement que par la négation des libertés puis par leur réduction volontaire et forcée. Tsipras a dévalé toute cette pente. Une semaine avant le tweet de « Génération-s », le gouvernement Syriza a en effet accepté d’appliquer un plan d’austérité supplémentaire. Dès lors, parler de « volonté commune d’en finir avec l’austérité », c’est bien un retour au double langage Hollandais. Mais le plus grave est ailleurs. Car en plus du reste, Tsípras et son équipe ont décidé de réduire le droit de grève. Ce n’est pas rien ça ? À nos yeux c’est le bout de la pente prise avec la capitulation initiale de Tsípras. C’est la raison pour laquelle après l’avoir aidé de toutes nos forces, nous avons instantanément rompu avec lui le jour où il a signé le document que Hollande et Merkel lui ont présenté pour capituler. Certes, cela ne nous a pas empêchés d’être moqués dans toute l’Europe et notamment par le gouvernement PS de l’époque sur le mode « vous voyez bien qu’on ne peut pas faire autrement. Même vos meilleurs amis en conviennent ».

Je forme le vœu que Benoît Hamon et « Génération-s » se ressaisissent. Ils n’ont peut-être pas réalisé ce que toute cette page d’histoire a représenté dans l’Europe de la période de « l’autre gauche » en construction. Je pense qu’il ne se rendent pas compte que cela les ramène dans le camp des Hollande et Cambadélis qui avaient accompagné, avec les moqueries de rigueur contre nous, leur accord avec Tsípras dès sa capitulation.

Cette décision de Tsípras et Syriza contre le droit de grève le fait officiellement changer de camp. Car le droit de grève est une « liberté » fondamentale des travailleurs depuis qu’existe le mouvement ouvrier. C’est si grave que cela a justifié que le Parti de Gauche demande l’expulsion de Syriza du Parti de la gauche européenne (PGE) dont il est membre. Une demande à laquelle la direction du PCF, qui a présidé l’organisation pendant deux ans et dont son secrétaire général Pierre Laurent est encore vice-président a répondu qu’elle était « ridicule et sans objet ». J’invite mes amis à ne pas rester un jour de plus en pareille compagnie. Mais si « Génération-s » et le PCF trouvent que Tsípras est un partenaire acceptable, le mieux serait qu’ils fassent ensemble une liste commune aux européennes et qu’ils assument de s’en expliquer devant les électeurs. Je ne serais pas jaloux, croyez le bien. En tous cas, que chacun se le dise : une alliance avec Syriza est hors de question pour nous, quelle qu’en soit la forme. En Grèce, il faut aider de toutes nos forces « Unité populaire » et Zoé Konstantopoulou qui ont relevé le flambeau de la lutte indépendante.  C’est ce que j’ai fait en me rendant au meeting de lancement du mouvement de Zoé aux côtés de Michel Larive, Loïc Prudhomme, Bénédicte Taurine et Bastien Lachaud députés de « La France insoumise ».

Au demeurant, le PGE de Tsípras et de Pierre Laurent ne joue aucun rôle politique réel en Europe sinon pour de confidentielles répartitions de postes et de moyens. Et bien sûr pour essayer de faire diversion face au « forum du Plan B » qui, sans aucune aide, est parvenu à tenir quatre sommets en trois ans et se révèle être le véritable lieu de rencontre internationale de la rébellion progressiste en Europe. Il rallie en effet de plus en plus largement en Europe et attire des observateurs du monde entier. De son côté, le PGE, sous l’influence de Tsípras, invente des contre-feux récupérateurs, à l’ancienne, sans le souffle et l’imagination qui caractérise le reste du monde des rebelles en Europe. Une fois de plus, sur ce sujet comme sur les autres, la direction PCF, tente les mêmes sempiternelles manœuvres dilatoires : le flou des textes, les incantations unitaires de posture, l’usurpation d’identité, le captage des places et postes.

Les grands trolleurs communistes qui s’indignent à chacun de mes mots n’ont pas encore dit une parole sur leur alliance confirmée avec Tsípras. Mais en dernière instance, on connaît la musique des appareils politiques : Tsípras oui, la rupture avec l’Europe des traités : non. Ne pas accepter de passer du côté du « Plan B » n’a qu’un but : ne pas être rendus infréquentables aux municipales, cantonales et régionales où la même comédie unitaire sans principe sera rejouée. À la fin, le ridicule frappe à toutes les portes.

Ainsi quand récemment se fit une réunion de ce PGE… à Marseille… La direction du PCF commença par annoncer à grand bruit une prise de parole de Tsípras. Bien sûr, celui-ci ne vint pas. Un de ses représentants vint y débiter les sornettes de la capitulation « utile », « moins pire » et même « de gauche ». Mais toutes ces humiliations et tout ce mépris s’ajoutant à la longue liste des exploits de cette même équipe n’y fit rien. Même la polémique qu’ils voulurent ouvrir contre moi en me peignant une fois de plus comme un sectaire parce que je refusais de cautionner cette pantomime n’intéressa personne. De maigres assemblées y multiplièrent donc des séances sinistres, sans objectifs ni perspectives. Ainsi va le monde : réunir toutes les forces du PGE en Europe pour venir m’humilier et me mépriser dans ma circonscription ne suffit pas à faire un évènement.

De mon côté, avec mes amis en France les organisateurs du « forum du plan B » nous avons décidé de mettre au service de la résistance toute l’autorité acquise dans notre campagne présidentielle en France. Nous ne nous occupons pas de savoir quels sont les sondages pour ceux qui résistent. Nous les appuyons. Nous ne soucions pas de savoir s’ils sont d’accord en tous points avec nous. Nous les aidons. L’essentiel est qu’existe une force qui fournisse un point d’appui dans chaque pays pour la suite de l’histoire. Une force engagée dans la logique de la révolution citoyenne en Europe. C’est pour cela que je suis allé en Grèce soutenir Zoe Konstantopoulou et « Unité populaire ». En Catalogne soutenir la liste appuyée par Podemos, en Italie à Naples avec « Potere al Popolo ». Et ainsi de suite. C’est le sens des trois discours que j’ai prononcés à l’assemblée nationale pour définir nos principes. Et de celui qu’a prononcé Éric Coquerel à cette même tribune le jour de la pantalonnade sur le traité de l’Élysée en présence de Schäuble. Et comme il l’a fait encore au sommet du plan B à Lisbonne.

La partie qui va se jouer sur le vieux continent comme en France mérite mieux que les traditionnelles combines et tractations entre petites forces dépassées par les évènements. Il s’agit de guerre ou de paix, d’effondrement ou de survie d’un espace social et civilisationnel. Il s’agit de sursaut écologique ou de suicide collectif.

Pour nous, « insoumis », la campagne est commencée. Elle est commencée avec nos batailles d’idées à la tribune de l’Assemblée nationale et aux sommets du Plan B, et au fil de nos pérégrinations en Europe !  Elle est commencée avec les initiatives législatives de Younous Omarjee au Parlement européen. Mais a-t-elle été jamais interrompue depuis 2005 ? Nous croyons que cette fois-ci se présente une nouvelle fois une opportunité de marquer un point décisif et de procéder à un regroupement décisif des forces pour écrire la suite de l’histoire européenne en voyant en grand. Et pour cela, d’abord, rompre avec les pauvres magouilles des appareils traditionnels.

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