melenchon moscou russie

12.05.2018

Ce que j’allais faire en Russie

La tête encore pleine des clameurs de la marche du 5 mai, je me suis envolé pour Moscou. Je me suis rendu en Russie dans le cadre du programme annuel de déplacements à l’étranger que j’établis autant que possible à l’avance. Après la Grèce, l’Italie et le Portugal, voilà la Russie. Mais je serai bientôt à Hambourg (juin), de nouveau en Espagne (juillet), au Mexique (juillet) aux USA (prévision octobre/novembre). Restent dans les tuyaux le Royaume-Uni et un pays du Maghreb. Cette cadence est fixée par le calendrier. L’année 2018 est la seule année sans élection avant quelques temps en France. Je concentre donc tous les déplacements urgents sur cette année.

Mon intention politique est de marquer par un geste symbolique le refus du climat de guerre et d’escalade entretenu avec la Russie. Marquer de la sympathie et de l’amitié pour le peuple russe dans le contexte actuel est une opération délicate. Dans mon esprit, on rompt le nœud gordien des procès d’intention et des amalgames en allant au bon endroit au bon moment. Je suis donc allé à Moscou fêter l’anniversaire de la victoire sur les nazis qui ont fait vingt millions de morts dans ce pays. C’est aussi une façon de rappeler sans cesse le danger qu’est de nouveau l’extrême droite en Europe à l’heure actuelle. Ce jour-là, tous les Russes, de toutes origines et de toutes confessions, défilent dans la rue en portant le portrait d’un parent mort à la guerre ou ayant participé aux combats. Je portais le portrait d’un officier français, Maurice de Seynes, de l’escadrille Normandie-Niemen. Il s’agit d’une unité d’aviation franco-russe qui combattit les nazis au nom de la France libre à la demande du Général De Gaulle et avec le blanc-seing de Staline.

Mais avant cela, le matin, aux cotés de l’ambassadrice de France à Moscou, j’ai participé d’abord à la commémoration du combat des nôtres devant la statue qui est dédiée à l’escadrille Normandie-Niemen dans un parc. Je m’y suis trouvé avec des enfants des écoles venus de Montpellier et d’autres de Saint-Étienne. Cette cérémonie et la marche du 9 mai forment un message unique de fraternité avec la Russie et le peuple russe. Il fonctionne comme une signature. On ne peut en mesurer pleinement le sens si on ne connaît pas l’extrême ferveur populaire qui s’exprime dans les rassemblements de centaines de milliers de personnes pour la marche du 9 mai dont les seuls slogans sont « Victoire ! Victoire ! » et « Merci grand-parents ! ».

Mon message est qu’on peut être ami de la Russie et du peuple russe sans être un partisan du parti politique au pouvoir en Russie. Et aussi qu’on peut être ami d’un opposant en Russie sans se livrer à des provocations contre le pouvoir en place. C’est pourquoi l’autre moment important de mon séjour a été la rencontre avec  Sergueï Oudaltsov, le président du Front de gauche de Russie, une formation d’opposition de gauche au gouvernement russe et à Poutine. Les Français ne le connaissent pas du tout. Un journal comme Le Monde n’a signalé ni son arrestation, ni la durée exceptionnelle et unique de son emprisonnement, ni sa libération, ni les remerciements qu’il m’avait alors adressé pour avoir pris sa défense. Je le signale car le même journal fait de Navalny, un opposant libéral lourdement marqué d’antisémitisme, un héros permanent. Cela montre que dans ce domaine aussi comme en Amerique latine, ce n’est pas en lisant ce journal qu’on peut savoir ce qui se passe, mais seulement ce qu’il voudrait que l’on pense.

J’avais promis à Oudaltsov de le voir après sa sortie de prison. J’ai tenu parole. Mon projet est de l’intégrer dans la boucle internationale que nous voulons créer à échelle mondiale. Oudaltsov m’a donné son accord pour participer à une conférence pour la paix. Il est d’accord pour ma proposition de création d’un club international. Pour nous, c’est une bonne nouvelle. Cela élargit la diversité des regards et des expériences dont nous avons besoin dans le travail de refondation idéologique et pratique du nouvel humanisme éco-socialiste. Je vais donc bientôt passer a l’écriture d’un plan de travail à proposer à tous nos amis dans le monde. Mais tout en devant accélérer la prise des contacts et veiller aux progrès de notre activité en Europe, il me faut aussi élargir le champ de présence à l’Afrique et à l’Asie. C’est beaucoup de travail. J’ai donc hâte que nous ayons un groupe de députés européens insoumis pour se partager cette tache.

Nous, les Insoumis, nous bénéficions d’une image positive très forte sur la scène des partis et formations de l’altermondialisme. Nos résultats électoraux y sont bien sûr pour beaucoup. Mais l’activité du mouvement social français est perçue de loin. De même la manifestation du 5 mai a bénéficié d’une couverture internationale sans précédent. Cette puissance doit être mise au service de la cause. C’est notre devoir. J’ai trop souffert d’avoir vu s’enfermer chez soi ceux qui nous ont ouvert la route et qui sont forts chez eux pour ne pas comprendre toute l’importance d’un déplacement et d’un appui à ceux qui sont encore peu développé ou en butte à une terrible répression. J’ai bon espoir que d’ici un an nous aurons jeté les bases d’une coopération politique internationale assez forte pour pouvoir s’avancer publiquement sur la scène internationale.

Sur place nous avons tourné un Vlog avec Antoine Léaument. C’est-à-dire un récit vidéo de ce que je faisais au fur et à mesure du séjour. On peut s’y référer car j’y évoque des sujets que je n’ai pas évoqué dans ce bref coup d’œil écrit. Par exemple, j’ai rencontré des officiels, et tenu une conférence à la Chambre de Commerce et d’Industrie française de Moscou. Par exemple, j’ai présenté de nouveau l’idée de la conférence internationale sur les frontières aux officiels que j’ai rencontrés.

J’espère que tout cela est assez clair pour être compris dans son amandine simplicité. Mais pour plus de sécurité je préfère répéter la liste de ce que je n’ai pas fait en Russie. Je n’ai participé à aucune manifestation d’opposition à Moscou car je ne suis pas venu provoquer le gouvernement russe quelques jours avant la venue du président de mon pays.

Je n’ai pas participé à l’investiture du président Poutine (dont je reconnais l’élection autant que je reconnais celle du Président Macron pour ceux qui en doutent). Je n’ai pas participé non plus au défilé militaire de la Place Rouge le jour anniversaire de la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie, le 9 mai. Pourtant les exploits de l’Armée Rouge qui écrasa l’armée allemande et permit la libération de l’Europe m’impressionnent toujours autant. Et cette tribune accueillait bien du monde dont l’ambassadrice de France et même monsieur Netanyahou, le Premier ministre d’Israël qui a également participé à la marche des Immortels dans la rue.

J’en profite pour souligner que mon programme était connu de toutes les autorités russes. Il ne m’a été créé aucune difficulté d’aucune sorte. Par exemple, personne ne m’a empêché la rencontre avec Oudaltsov. Pourtant il sort de prison après quatre ans de détention en punition de sa participation à l’organisation des grandes manifestations de 2012 contre le pouvoir. Et pas plus tard que lundi de mon arrivée, il a encore participé à une manifestation de même type contre le gouvernement. Et c’était le jour de l’investiture de Vladimir Poutine. Je n’ai eu que de bonnes manières de la part des autorités concernées par ma présence, c’est à dire le ministère des Affaires étrangères et la commission des Affaires étrangères de la Douma qui, formellement, était puissance invitante. Il me semble que ce sont des signes encourageants. Ils attestent d’une certaine banalité du comportement des officiels russes. J’y vois un clair refus d’entrer dans le jeu de ceux qui veulent les diaboliser. Pour ma part, je crois atteindre les objectifs de ce premier déplacement politique en Russie quand je parviens à le prouver moi aussi par la tranquillité la facilité, la liberté et la diversité de mes activités sur place.

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