bernard guetta en marche

02.04.2019

Police-justice-médias : une convergence dangereuse

La présence sur la liste de « la République en Marche » de plusieurs journalistes, dont un directeur de l’information de la télé d’État, a rudement ébranlé les convictions de quelques-uns de mes interlocuteurs qui avaient du mal avec la thèse selon laquelle « le système médiatique est la deuxième peau du système économique». À mes yeux, le problème dorénavant soulevé ne se limite pas à savoir qui parmi les « journalistes » d’aujourd’hui sera candidat du pouvoir demain : Saint-Cricq, Aphatie, voire. Il est certain que maints chroniqueurs, notamment mais pas seulement ceux de l’audiovisuel d’État, sont d’ores et déjà des candidats macronistes en puissance. Cette tendance est irréversible compte tenu de la place qu’occupe la notoriété à l’ère du vide. En toute hypothèse, tous ne sont pas recyclables. Même pour le rôle de faire-valoir, il faut une épaisseur que tous sont loin d’avoir.

Mais depuis des semaines, un autre problème est posé. C’est celui de l’intrication des médias, de la police et de la justice. Ils agissent dans nombre de cas comme les trois volets d’une même caméra de surveillance depuis le début de l’insurrection des gilets jaunes. Les trois s’alimentent en se fournissant la matière première de leur industrie. Certes, cette intense collaboration ne date pas d’aujourd’hui. J’estime qu’on ne s’en méfie pas assez. Moi le premier. Pendant les perquisitions du siège de la « France insoumise », mon erreur fut de ne pas avoir remarqué la présence de la caméra de « Quotidien ». C’est elle qui a produit la minute d’extrême tension qui fut ensuite passée en boucle pour me déprécier sans fin.

Mais surtout, ce sont les images de « Quotidien » qui servent aussi au parquet et à Nicole Belloubet pour nous incriminer divers chefs d’accusation. Car les patrons de presse peuvent garder pour eux, au nom du « secret des sources », le nom des fonctionnaires qu’ils payent pour avoir les comptes-rendus d’auditions judiciaires qui tuent notre droit à la défense. Ils dorment tranquilles. La justice veille : aucune enquête n’aboutit, aucune n’est même commencée, sur le motif de violation du secret de l’instruction. Mais par contre, leurs images sont à la disposition de la police ensuite très librement. Non seulement comme preuve à charge mais aussi pour d’autres raffinements de l’abus de pouvoir. Ainsi lorsque les images de « Quotidien » permettent d’invoquer contre nous l’accusation de « viol de la vie privée des agents » qui sont visibles sur ces images. Sans vergogne. Et cela alors même que jamais aucune hiérarchie n’a demandé le floutage des images aux chaînes de télé qui les ont diffusées sans fin.

Il ne faut pas s’étonner après cela que je refuse dorénavant d’être filmé dans la rue. Cela provoque des incidents avec les manifestants dont la même caméra se repaîtrait encore contre moi. Cela m’expose aussi à des commentaires en boucle sur les personnes à côté desquelles le hasard me place. Enfin, cela expose les personnes filmées autour de moi à des représailles judiciaires. Dans ces conditions, d’une façon générale, je n’informe plus de ma présence dans une manifestation, sauf cas où je me filme moi-même. Ce fut le cas ce samedi où j’avais appelé à être nombreux dans les rues comme protection contre la violence. C’était le jour où le pouvoir voulait installer l’armée dans le dispositif de « maintien de l’ordre ». Je trouvais logique de montrer que j’appliquais ma propre consigne.

D’une façon générale, mon choix est de vivre autant que je peux en dehors de cette sphère des médias de l’officialité. Mes propres outils audiovisuels me suffisent largement. Ce blog complète généreusement cette situation. Leur niveau de diffusion égale ou dépasse nombre de ceux qui me proposent leurs traquenards. Bien sûr, la règle n’est pas sans exception quand se présente une occasion de rencontre respectueuse et loyale.

Par contre, les pires insultes, les pires mensonges ou provocations de leur part ne reçoivent plus aucun démenti ni discussion de ma part. Non que leur harcèlement soit sans effet de leur part. Au contraire. Leur influence dans la classe moyenne ergotante et dans les rangs des professeurs cyclotrons de la petite gauche est considérable. Et dans une élection massivement désertée par le peuple comme les européennes, leur acharnement nous coûte son prix. Mais il faut comprendre que toute réplique est sans effet. On ne peut pas dialoguer avec le système médiatique. Il ne s’ensuit rien d’autre que d’avoir rendu intéressantes leurs charges. C’est donc juste une satisfaction d’amour-propre pour eux de se voir pris au sérieux. Car ceux qui s’y livrent sont souvent des individus généralement méprisés dans leur rédaction où leurs limites et accointances sont bien connues.

S’y ajoute l’arrogance. Elle semble parfois sans limite. Exemple : la chaine CNews fixe un jour pour un « débat des chefs de partis». Elle m’invite. Je fais valoir que j’ai un meeting à Amiens ce jour-là avec Manon Aubry et François Ruffin. Je propose un autre jour. Je propose d’autres noms puisque Jadot a fait de même avec succès. Rien n’y fait : la chaîne exige que j’annule mon meeting, les préparatifs et ainsi de suite. J’écope donc d’un papier tournant « Mélenchon déserte le débat de CNews ».

Il y a pire. Le pire est évidemment les gens qui inventent des citations, et fabriquent des déclarations comme ce grand esprit de la presse parisienne reconnue par tous ses collègues comme une de leur plus brillant élément intellectuel, Jannick Halimi du « Parisien ». Cet exemple est le bon. Cette journaliste attribue des citations contre Maduro venant de deux de mes amis. Cette information tient tout un pied de page dans « Le Parisien ». Cela lui permet de broder sur des « divergences avec Mélenchon ». Sa rédaction a dû croire à une enquête réelle. Mes amis ont la naïveté de croire qu’une mise au point servirait la vérité. Une vérité tragi-comique : les paroles qui leur sont attribuées ont été prononcées contre… Macron. Le rectificatif occupe cinq lignes dans un coin de page trois jours après.

Dès lors : à quoi bon ? Il faut opposer à ce système médiatique son pire ennemi : l’indifférence, qui ne fait pas vendre. D’autres méthodes de combat sont possibles. Tel le rappel sans fin de ses turpitudes, mensonges et accointances avec l’argent et « le système profond » dont il est l’affleurement. La répétition du nom des journalistes des médias d’État devenus candidats LREM aura un effet plus utile que mille démentis à des articles que très peu de monde lit. Le reste fait son chemin tout seul au fil des manipulations dont l’opinion se rend compte chaque semaine un peu mieux, au fil des samedis de mobilisations populaires. Il faut avoir la patience de notre cause. Mais surtout ne jamais baiser la main qui nous frappe sans relâche. C’est un processus d’un bloc que le dégagisme. Il mine déjà l’intérieur ces bastions fermés au monde réel que sont les médias officialistes. Les gens qui y travaillent ne sont pas tous les domestiques zélés que leur patrons ou chefs aimeraient qu’ils soient. J’ai la certitude que, le moment venu, le dégagisme interne qui couve à l’heure actuelle fera aussi exploser ce dernier carré du maintien de l’ordre établi.

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