tchetchene semaine noire

22.10.2020

La semaine noire

TCHÉTCHÈNE – Je regrette d’avoir utilisé le mot « communauté » à propos des Tchétchènes. Dans le contexte de malveillance et de harcèlement auquel je suis soumis, cette expression a pu être utilisée pour faire croire que j’attribuerais à tous les Tchétchènes l’horreur du comportement individuel de quelques-uns. Le ministre de l’Intérieur s’y est abaissé. Ce n’est pas le cas évidemment. Le mot « communauté » est certes employé cent fois par jour en médias pour attribuer des sentiments ou des opinions à des groupes professionnels sans que cela ne soulève de protestations. Mais dans le contexte, il n’était pas approprié. Au demeurant, sur le sujet, il n’a rien à voir avec ma façon de voir. Je crois, à la suite des fondateurs de l’Humanisme et du courant des Lumières, et en accord aussi avec les principes religieux du libre-arbitre, que les êtres humains sont créateurs de leur propre devenir. Aucune communauté culturelle ni religieuse n’exempte de la liberté de conscience dont chacun dispose pour apprécier sa responsabilité individuelle dans les actes qu’il pose.

Puissent ces mots conduire les politiciens et commentateurs à regretter les abus de langage infamants auxquels ils se sont eux-mêmes livrés contre les insoumis. Peuvent-ils ignorer que, dans le contexte d’exaltation qu’ils créent, ils nous placent une cible dans le dos en nous accusant sans pause ni trêve des pires absurdités ? Pour ma part, avec mes amis, nous avons respecté la trêve des polémiques pendant le deuil national. Nous avons plaidé le devoir d’unité de tout le peuple face à l’épreuve. Et pour cela, nous avons toujours protesté contre toute tentative de stigmatisation des musulmans. L’humanisme en politique existe. Je l’assume jusqu’au point de savoir quand la vigilance sur mes mots n’a pas été suffisante. Je prie donc les Tchétchènes d’accepter de m’en excuser.

Pour le reste, je mets en garde ceux qui s’abandonnent aux surenchères stigmatisantes. La mise en cause des rayons alimentaires, si ridicule qu’elle soit, ouvre une brèche écœurante et l’on peut même voir un éditorialiste réclamer désormais le confinement des produits casher comme halal à des boutiques spécialisées. Un jour les musulmans, le lendemain les juifs. Un jour les insoumis, le lendemain tous les autres partis à tour de rôle. L’offensive idéologique brune a toujours procédé de même sous toutes les latitudes. Ceux qui croient pouvoir se cacher seront rattrapés. C’est donc tout de suite qu’il faut résister. L’expérience doit éclairer notre devoir de courage et d’unité.

Je suis frappé en effet de voir comment toute la scène médiatico-politique a été emportée par l’extrême droite en quelques jours. Une chronique savoureuse de Télérama présente un compte rendu sur une seule émission qui est révélatrice d’une ambiance générale. Il se dit beaucoup n’importe quoi et les passe-plats « journalistes » sont au mieux inertes et au pire en rajoutent. Entre Xavier Bertrand, qui propose de mettre la laïcité dans la Constitution alors qu’elle est déjà à l’article 1 de celle-ci, et ce journaliste-potiche affirmant qu’il « n’a pas vu beaucoup de musulmans place de la République » et se retrouve comme un idiot quand on lui demande comment il fait pour reconnaître un musulman, le dérapage est général.

Jusqu’à ce moment lunaire où sur une chaîne d’information en continu, des élus d’extrême droite et des chroniqueurs antimusulmans patentés commentaient en direct les discours de la Sorbonne. La France insoumise a été un bouc émissaire de confort pour toutes sortes de personnages et de clans aux motivations les plus diverses. À partir de « l’accusation » d’avoir participé a une « manifestation islamiste » le 10 novembre de l’année passée, sans retenue et sans aucune rectification ni question sur quelque plateau que ce soit, le système « bout de ficelle/selle de cheval » a permis d’arriver jusqu’au point où j’ai été accusé d’être personnellement complice du crime de Conflans.

L’invocation de cette manifestation du 10 novembre fonctionne comme un repère politique très précis. C’est à partir de là que « Valeurs actuelles » avait fait une «une » nous présentant en photo avec le titre « islamo collabo » qui est devenu ensuite le refrain d’un arc médiatique très large jusque dans la bonne société médiatique. Si cette manifestation était vraiment un problème alors pourquoi les autres appelants ne sont-ils jamais interpellés ? Francis Chouat, député valsiste et Meyer Habib, député d’extrême droite, hurlent « collabo » quand je prends la parole à l’Assemblée nationale le jour des discours de deuil national. Mais ils se lèvent pour applaudir à juste titre le député communiste André Chassaigne qui a pourtant lui aussi signé l’appel à cette manifestation. Il en va de même pour la CGT, la FSU, Attac, Jadot, et combien d’autres qui en ont fait de même. Le reste des mises en cause est du même acabit. Mais l’ambiance est si violente que personne ne résiste.

Le problème à mes yeux n’est pas l’injustice infamante du procédé, ni même la douleur de devoir constater la lâcheté de certains donneurs de leçons qui ont ensuite enfourché le cheval du mot « communauté tchétchène » pour se dispenser de quelque solidarité que ce soit. Ce qui doit inquiéter, c’est la situation qui est créée par ce genre de procédé. Évidemment, il donne le point aux terroristes qui réussissent à obtenir une division majeure dans le champ politique. Un acte de pure barbarie obtient alors un double résultat politique : dans la sphère politique et dans la société. Mais surtout, cela donne un rôle dirigeant à l’extrême droite dès lors que sa vision du monde et ses concepts politiques deviennent ceux de l’officialité politico-médiatique.

Cette pente est celle d’une guerre généralisée de chacun contre tous. Ce que j’ai appris de mon engagement dans divers pays me fait savoir que ce genre de pente peut vite passer hors de tout contrôle et que, pour en réparer les dégâts ensuite, la société paie d’une interminable convalescence et de bien des rechutes. Cette déchirure, quand elle se produit, nourrit des flots de rancœurs et de haines croisées dans la population. Alors l’unité d’action sociale en est empêchée. Sans parler de ce que devient la façon de vivre en société. C’est le but de toute l’opération. Dans mon esprit, donc, la ligne de l’unité du peuple est le premier barrage à opposer. Il sera temps ensuite de voir comment redéployer dans la question sociale qui pendant ce temps ravage le pays. Car cette riposte-là unifiera le pays.

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