france humanite universelle jean-luc melenchon

02.11.2020

Ce que l’unité du pays veut dire

Des questions se sont posées à propos de notre ligne de l’unité nationale face au terrorisme islamique. En effet, maints font remarquer qu’elle a reçu pour réponse dix jours de diffamation par les ministres de Macron sur le thème lunaire de « l’islamo-gauchisme ». Certes, il ne fait pas de doute selon nos informations que cette charge a été une manifestation de « l’esprit de finesse » de Macron en personne. Mais ceux qui ont douté l’ont fait sur un malentendu.

Il ne s’agit pas « d’union nationale » au sens que ce mot prend dans la sphère politique traditionnelle. L’unité dont nous parlons et celle dont nous nous réclamons n’est pas celle de la sphère des partis politiques. Il s’agit de l’unité du peuple. Celle que nombre ont déjà chanté des dizaines de fois sur le thème du slogan latino « el pueblo unido jamas sera vencido ». Le peuple ! Celui pour qui l’appartenance religieuse peut être le pire des poisons de division et donc d’impuissance. Le peuple qui serait occupé à la lutte des dogmes religieux n’a plus d’énergie pour la lutte de classe contre l’oligarchie et la finance. L’unité dont il est question, c’est celle qui refuse aux terroristes la victoire de leurs objectifs essentiels que sont la peur dans nos rangs et la division dans le peuple. Dans le même registre, dans un passé récent nous parlions « d’unité d’action » face à l’épidémie du Covid.

Mais évidemment la leçon du comportement des macronistes doit être retenue. Le deuil national n’était pas encore fini et déjà ils tiraient à vue sans limite d’outrances ni précaution de style. Cela nous montre, si quelques-uns en auraient souhaité, qu’aucun compromis d’aucune sorte n’est possible avec ces gens. Tous nous avons vu aussi comment le macronisme est devenu une variante de la droite. Comme je l’écrivais ici même, cela les a conduits à intégrer le problème sans fin de la droite qu’est sa compétition avec l’extrême droite. Et, à partir de là, Macron a choisi de suivre les conseils de Sarkozy, c’est-à-dire d’épouser le vocabulaire de ceux avec qui il est en compétition d’influence. C’est au point que nombre de ceux qui ont voté Macron au deuxième tour « pour faire barrage » à Le Pen se demandent à présent où est la différence entre lui et le Pen. Aucune ligne rouge n’existe en effet pour les macronistes. Quand bien même il est particulièrement stupide pour eux de diviser l’opinion dans un tel moment. Car c’est eux qui portent la responsabilité de la situation et des échecs qu’elle contient notamment dans le cas de l’assassinat de Samuel Paty.

Cependant, il ne faut pas s’alarmer plus que de mesure pour ce qui concerne le rapport de force. De notre côté, passé les premiers moments de sidération, si nous ne cédons pas un pouce de terrain et si nous ne commettons pas d’erreurs, nous restons une zone de regroupement et de résistance morale reconnue. Le déferlement nous a valu d’être appuyés (en mode privé) pour cela même par des gens qui ne sont pas insoumis et même qui peuvent aussi ne guère nous apprécier. Car l’espace de la morale et de la fraternité humaine n’est pas effacé par les jets de boue. Sans doute parce que ceux-ci sont lancés par des gens eux-mêmes détestés et méprisés, comme le sont les macronistes du genre Castaner ou Blanquer.

Au total, les jours en cours sont un épisode conduisant qu’on le veuille ou non à une bipolarisation de la société. Dans ce contexte, qu’il alimente de façon irresponsable, le macronisme est la clef de voûte la plus friable qui soit. Son verbe est inaudible puisqu’il est mieux porté et mieux assumé par l’extrême-droite. Son autorité est vouée au déclin à mesure que le plan de confinement incohérent est mis en cause sur le terrain par les maires, les personnels de santé, les commerçants, les salariés. Cette insoumission générale larvée touchera ensuite tous les secteurs. Le dangereux chaos que sème le président, s’il met en danger le pays, l’atteint aussi lui le premier. Car la macronie n’existe pas en dehors d’Emmanuel Macron. Ce n’est pas notre cas.

Pour l’instant, les diverses fractions de l’extrême droite instrumentalisent bien la dérive de la parole présidentielle. Et c’est elle qui tire les marrons du feu. Surtout au moment de passer à l’étape suivante qui s’annonce à présent. Car n’oublions pas que le plan de conquête et les objectifs de pouvoir de l’extrême droite n’ont jamais cessé d’être ceux que l’on a connu dans l’histoire. Il ne s’agit pas d’une démarche politique traditionnelle. Mais d’une violence.

Dans ce cadre, la quinzaine écoulée semble avoir les traits d’un moment de bascule de l’esprit public. Les chocs psychologiques à répétition nous ont martelés. Leur accompagnement médiatico-politique a collé sur les esprits des mots pour nommer les choses qui ont bien incrusté les esprits. À mes yeux, c’est un effondrement moral des « élites » politico médiatique du pays. Du coup, je comprends la jouissance de toute la fachosphère visible sur tous les plateaux de télé et dans maints périodiques. Leur triomphe est quasi-total. Des mots et des réponses qui n’appartenaient il y a dix ans qu’à des poignées d’extrémistes folkloriques sont passés dans le vocabulaire courant de l’officialité. N’importe quel mensonge comme ceux de Schiappa ou Blanquer, n’importe quelle imposture comme celle d’un Valls, et pour finir n’importe quoi est possible à condition de cotiser au catéchisme ambiant. Sans démenti, sans argument, sans question.

Les esprits cultivés s’affligeront comme moi, je suppose. Quel incroyable recul dans la « beauferie » générale que cette nouvelle hégémonie ! Le beuglement remplace l’argument. Le ciblage remplace l’interpellation. La France des hauts parleurs fait honte. Il faut en tirer les leçons. En commençant par discerner la pente que les mots vont prendre à la prochaine étape. Je parle ici de la dynamique des idées.

Car celle -ci existe, de façon autonome, depuis toujours. Les idées ne sont pas le seul reflet inerte des conditions matérielles qui prévalent dans la société comme le répétaient d’aucuns à l’envie. Une chose en entraine une autre, dit l’adage populaire. Sur le plan matériel la « France insoumise » est le cobaye à chaque étape de la bataille. C’est habile. Car cela garanti la certitude voir tous ses concurrents de la gauche traditionnelle ne souffler mot tout en se frottant les mains dans l’espoir que notre discrédit leur profite. Alors pour l’adversaire, le percement de la digue est simplifié.

Nous accuser « d’islamo gauchisme », même si c’est une aberration, même si on ne comprend pas ce que cela veut dire, installe pourtant le mot sur un trône. Il devient légitime de l’employer. Personne ne dira qu’il vient directement des tracts de de l’extrême droite. Mais alors, tous ceux qui l’utiliseront ne pourront plus alors se distinguer les uns les autres que par de nouvelles surenchères dans les accusations. De nouvelles transgressions. Ainsi quand « Marianne » reprend à son compte l’accusation de « Valeurs actuelles » qui fait de nous des « islamos collabos ». Après avoir publié un livre contre moi pour me reprocher de ne pas faire la politique qui convient à la fraction « bleue brun », que faire de plus ? La réponse : une surenchère grotesque. C’est cette « une » montrant Marianne décapitée et un titre sonnant comme un appel à représailles. C’est du niveau de Jean-Marie Le Pen montrant ses adversaires en têtes coupées à l’ouverture d’un de ses meetings dans le passé.

Telle est la dynamique d’une position conquise dans la bataille des mots. Après LFI, et puisque la digue était rompue, et puisque c’était désormais sans risque, la vague est passée sur les autres, l’un après l’autre : PCF, LDH, UNEF et ainsi de suite. Le scénario de cet épandage reste le même après chaque épisode. De ligne de crète en ligne de crète. La prochaine étape a été annoncée il y a dix jours par les propos de Marion Maréchal-Le Pen. Selon elle ce n’était pas la laïcité qui serait en cause mais la chrétienté française. Et Zemmour a embrayé : « la République n’est pas en cause, c’est la France ». « Une France à la fois chrétienne et irrévérencieuse. La France des croisés et de l’assiette au beurre ». Les « croisés » ! Ni plus ni moins. Déjà un groupuscule d’extrême droite a manifesté de nuit pour « décapiter la République ». Ils ne s’arrêteront pas là comme le prouve toute l’expérience de l’histoire.

La polarisation du champ politique est loin d’être achevée, c’est certain. Mais elle se construit sous les coups de marteaux conjugués du covid, du terrorisme islamique et de l’agitation des parleurs d’extrême droite. Épisodiquement, les dégâts du changement climatique percent le blindage informatif. Angoisse à tous les étages. Voilà le véritable adversaire : la sidération, la peur, l’absence de toute perspectives d’un futur différent.

Dès lors, le moment nous commande de nous avancer drapeau et musique en tête. Il s’agit d’entrainer à rebrousse pente le peuple. Il s’agit de rendre possible la concorde sans laquelle on ne peut vivre ensemble. Car ce qui est en cause c’est quand même l’unité du pays. J’espère avoir fait comprendre qu’elle ne peut être autre chose que l’unité de son peuple. Les apprentis sorciers du moment vont finir par le disloquer si on les laisse faire sans contre-offensive.

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