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14.02.2021

L’origine sociale des pandémies

Le Covid-19 a mis en évidence le lien entre destruction systématique de la nature et menace sur la santé humaine. Voilà la leçon qu’il faut tirer de l’année 2020. La directrice générale de WWF Véronique Andrieux et Isabelle Autissier, présidente de WWF France en font un résumé dont je recommande la lecture dans une tribune publiée par « Le Monde » le 13 janvier dernier.

Leur diagnostic est conforme à la démonstration que je faisais moi-même au mois de mai 2020. Dans un livret intitulé « l’Engrenage » publié en ligne, j’analyse la trajectoire de la contamination et chaque étape de sa propagation aux différents compartiments de la société. J’ai utilisé pour cela les outils proposés par « la théorie de l’ère du peuple ». La thèse centrale de cette théorie est que l’augmentation du nombre des êtres humains et la prédation qu’il exerce sur la nature par la forme de leurs activités sous domination du capitalisme financier est le phénomène décisif du présent. La pandémie de Covid-19 l’illustre parfaitement. En ce sens, ce phénomène sanitaire est d’abord un fait écologique et celui-ci est d’abord un fait social : l’objectif du moindre cout du travail et de la production.

Au point de départ de celle-ci se trouve un fait écologique. Certes, les épidémies sont un invariant de la civilisation humaine. Celles-ci sont indissociables de l’émergence des villes. La majorité des épidémies sont venues du passage de virus des animaux aux êtres humains lorsque le mode de vie sédentaire est devenu la norme. Lorsque les êtres humains et les animaux ont commencé a vivre ensemble aux mêmes endroits. Ainsi, les vaches nous ont ainsi transmis la rougeole, la tuberculose ou encore la variole. Les cochons nous ont transmis la coqueluche tandis que la grippe vient des canards.

Mais alors comment expliquer que la Covid-19 se soit mué une telle pandémie meurtrière ? Les signataires de cette tribune pointent du doigt la relation directe entre la déforestation, le recul de la biodiversité et la pandémie. Leur constat converge avec le mien : les facteurs constitutifs des épidémies se sont aggravés. Tout d’abord, la déforestation s’accélère d’une façon vertigineuse. Le WWF tirait la sonnette d’alarme à ce sujet dans un récent rapport. La Terre, qui était couverte à 50 % de forêts il y a huit mille ans, ne l’est plus qu’à 30 %. Elle est la traduction concrète d’un modèle agro-industriel absurde qui consiste à faire pousser du soja à la place des arbres à un bout de la planète pour ensuite nourrir nos bêtes de l’autre côté de l’Atlantique.

Par ailleurs, la multiplication des élevages concentrationnaires de masse et leurs conditions terribles favorisent ensuite la multiplication de virus. Une fois transmis aux hommes, ceux-ci se propagent par les réseaux tentaculaires qui interconnectent les « bouillons de culture » humains appelés mégapoles. Je reproduis ici leur démonstration tant j’y retrouve les marqueurs d’analyse de l’Engrenage : « Ainsi naissent les épidémies et les pandémies qui se propagent par les réseaux routiers, les centres urbains et les voies de transport et de commerce mondiales. L’industrialisation de l’élevage causée par notre surconsommation de viande accentue ce phénomène. La promiscuité, le manque de diversité génétique et la faiblesse des défenses immunitaires exposent les animaux à la multiplication des épizooties (grippe aviaire, peste porcine, etc.), qui se transforment parfois en zoonoses (H5N1, Nipah, etc.). »

À mesure que les études scientifiques sur la Covid-19 progressent, les choses se précisent en ce sens. Deux articles scientifiques parus le 8 janvier mettent en évidence la circulation du virus dans les élevages intensifs de visons. Il est possible que cette espèce soit le chaînon manquant de la Covid-19 entre la chauve-souris et l’Homme. Or, la Chine est le premier producteur mondial de fourrures et tient captives près de 60 millions de ces bêtes en cages. Ces élevages auraient également pu constituer des réservoirs de propagation majeurs en Europe.

Aux Pays-Bas, à la fin juin 2020, 68 % des employés des 16 élevages concernés étaient testés positifs à la Covid-19 ou présentaient les anticorps de la maladie. En plus des Pays-Bas, 7 pays européens ont été concernés par des contaminations dans les élevages de visons : le Danemark, la France (qui a abattu l’un des quatre élevages qu’elle compte sur son territoire), l’Espagne, la Suède, l’Italie et la Grèce.

En clair, c’est par l’impact de l’activité humaine sur la biodiversité que tout démarre. Le lien entre érosion de la biodiversité et pandémies est désormais acté. Celles-ci deviennent une menace sérieuse. Je place cette menace au même niveau que le changement climatique et l’érosion de la biodiversité. En effet, les signataires de cette tribune soulignent que « 70 % des maladies émergentes (Zika, Ebola, Nipah, etc.) et presque toutes les pandémies connues (par exemple la grippe, le VIH, le Covid-19) ont pour origine des zoonoses, c’est-à-dire des maladies causées par des infections d’origine animale. »

D’après les scientifiques, il existerait 1,7 millions de virus inconnus chez les mammifères et les oiseaux. Entre 540.000 à 850.000 d’entre eux auraient la capacité d’infecter les humains. On comprend que les pandémies risquent d’être plus fréquentes et plus meurtrières sans modification en profondeur de notre modèle de production, de consommation et d’échanges.

Notre programme, « l’Avenir en Commun » en propose justement les grandes lignes directrices. Entre autres, nous devons bifurquer vers un modèle d’agriculture écologique et paysanne qui bannit les fermes-usines et accroît notre souveraineté alimentaire. Je laisse le mot de la fin aux auteures de la tribune. Elles appellent ainsi à « revoir d’abord notre rapport à la nature, en passant de maître et possesseur à partie intégrante. » Il faut noter la similarité de cette formule avec le principe d’harmonie entre les êtres humains et avec la nature qui est notre philosophie.

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