concordat napoleon

02.04.2021

Le Concordat, un piège venu d’Alsace

Une nouvelle fois j’ai pu mesurer toute la difficulté pour traiter de quoi que ce soit concernant l’Alsace et la Moselle en matière de religion. L’affaire de la subvention attribuée par le conseil municipal de Strasbourg à la construction de la plus grande mosquée d’Europe l’a montré. Un épisode peu glorieux de plus dans cette période trouble dans laquelle nous vivons depuis que fait rage la propagande contre « l’islamogauchisme », c’est-à-dire en réalité contre les musulmans. Ma conviction est faite. Les élus EELV d’Alsace voulaient montrer leur égale « tolérance » face à toutes les religions. Rien d’autre. Ils ne sont pas plus islamistes que le ministère de l’Intérieur qui a lui-même subventionné l’association à l’origine de cette construction.

Mais ce contresens sur la tolérance n’est imaginable que du fait du Concordat. C’est-à-dire un régime qui nie la laïcité. Un vestige de l’occupation allemande. Pour leurs ennemis de droite, d’extrême droite, et d’Anne Hidalgo, ce vote serait au contraire un aveu de complaisance à l’égard des islamistes. Rien que ça. On connaît la musique. On ne se souvient pas qu’ils en aient dit autant à propos des subventions aux autres religions. Cette affaire permettait donc à l’extrême droite, à la droite et aux socialistes parisiens de montrer du doigt une nouvelle fois les musulmans et EELV. Pour eux c’était deux plaisirs en un.

J’ai expliqué pourquoi, dans toute cette affaire, le seul sujet était de constater que seul le Concordat rend possible une telle subvention de la part d’une collectivité publique dans un État pourtant laïque. Je ne reviens pas sur cette démonstration qui reste accessible en vidéo. Je note que le PS, une fois de plus, a manifesté son ambiguïté à l’égard de la macronie en reprenant l’argument de Darmanin plutôt que de mettre en cause le Concordat. Mais comment oublier que le PS et son premier secrétaire Olivier Faure se sont abstenus sur la loi séparatisme ? Et ils ont refusé de soutenir l’amendement sur la suppression du Concordat sous la pression de leurs élus d’Alsace. Mon attention est plutôt portée sur ce que furent les répliques contre ma vidéo de la part des secteurs réactionnaires traditionnels d’Alsace. Ils sont nombreux, puissants, et globalement extrêmement remarquables par leur intolérance à l’égard des idées venues de gauche et du camp intellectuel des Lumières.

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Voyons d’abord Fabienne Keller. Ancienne maire de droite battue aux municipales, elle met en cause la nouvelle majorité et le maire EELV dans le registre infâme de l’accusation de complaisance avec les islamistes. Pour répondre à ma vidéo, elle recopie bêtement l’assemblage des mots convenus qui me sont attribués de ce côté du tableau. Comme Carole Delga, elle ne supporte pas vraiment un point de vue qui n’est pas le sien. Elle met donc en cause la « brutalité habituelle », etc., dans mon propos. Je la mets au défi de citer ce qui dans mon explication correspond à cette description. À l’inverse je démontre et j’argumente. Aussi méthodiquement que je le peux. Mais Madame Keller affiche l’intolérance à l’égard des opinions des autres si caractéristique de l’esprit borné de la caste politique dominante de cette région. Cet état d’esprit fonctionne au mensonge et à la manipulation. Il affiche alors son mépris pour l’intelligence de leurs concitoyens.

Les importants d’Alsace méprisent le peuple en Alsace. Ils le croient stupide et incapable de démasquer leurs mensonges. Cela devient éclatant dès que l’on parle du Concordat. Chaque fois qu’il en est question, méthodiquement, systématiquement, la caste et les Fabienne Keller de toute nature s’efforcent de faire croire que l’on parle du statut social dont bénéficient les Alsaciens notamment en matière de Sécurité sociale. Je commencerai donc par répéter pour la 100e fois : nous sommes partisans de l’abolition du Concordat pour que l’Alsace bénéficie comme toute la France des lois laïques. Par contre, concernant le statut social , non seulement nous ne demandons pas sa suppression, mais au contraire nous en souhaitons l’extension à tout le pays puisqu’il est davantage protecteur que dans le reste de la France. Ce n’est pas la première fois que je le dis, loin de là ! Je l’ai expliqué à la télévision France 3 Région, dans d’innombrables articles, interviews, tribunes publiées sur le sujet. Rien n’y fait. Les réactionnaires locaux répètent sans vergogne le même mensonge, assènent le même amalgame entre Concordat et le droit social local. Ils le font sciemment. Ils mentent en sachant qu’ils mentent. Cette façon de faire signale la profondeur de la maladie qui infecte l’Alsace. Quelque chose est en train de mal tourner.

En Alsace, du fait des dominants de droite et d’extrême-droite (pour autant qu’il soit possible de les distinguer) une drôle d’ambiance se répand. L’apologie permanente du Concordat (par ceux-là même qui se drapent dans le drapeau de la laïcité pour stigmatiser les musulmans) pose problème. Cette forme d’extrême-droitisation de la pensée et du discours en faveur d’un dispositif aussi contraire à l’esprit et à l’identité républicaine des français interroge. Et quand on a vu à quelles réjouissances et danses de victoire se sont livrés dans les couloirs de l’Assemblée certains députés alsaciens après le vote créant la collectivité unique d’Alsace, on ne peut qu’être assez indigné. Ce régionalisme exacerbé et offensant devant un pays qui a payé de 2 guerres et de millions de morts la volonté de ne pas être séparée des populations d’Alsace et de Moselle est inquiétant.

Dans le contexte du « droit à la différenciation » que prévoit d’instaurer bientôt Macron il y a de quoi être encore plus effrayé. Car nul doute que les mêmes exaltés de l’hyper-régionalisme reviendront à la charge pour revendiquer des législations et des normes spécifiques à leur « territoire » sur le modèle de l’exception concordataire. Cette volonté de mettre la France et ses lois à l’écart par le mensonge et la manipulation de l’opinion, par des institutions singulières inhabituelles dans une zone qui n’est pas une île ni un DOM-TOM est, à mes yeux, clairement suspecte. Bien sûr je souhaite me tromper. Je sais comment dans le cimetière de Staouëli en Algérie, les tombes des miens voisinaient celle des alsaciens qui avaient préféré quitter l’Alsace plutôt que d’être Allemands, même de force. Et il y a un Keller que j’aime. C’est le député alsacien qui en 1871 hurla à la tribune de l’Assemblée nationale contre la cession des populations d’Alsace aux allemands « comme du bétail ». Il appelait à la résistance contre l’envahisseur allemand face aux députés Versaillais réunis à Bordeaux qui votèrent la capitulation. Seule la Commune résista ! Et nous célébrons à juste titre les 150 ans de son insurrection.

Assez de la domination des préjugés de l’autonomisme alsacien. Le patriotisme républicain existe aussi en Alsace avec force. Mais sa bienveillance et son ouverture d’esprit sont trompés et abusés par les manœuvres dont le Concordat est à la fois le prétexte et l’étendard. J’en appelle donc à cet esprit républicain. Et à ceux qui le portent. Cessez de craindre ! Cessez de vous cacher ! Portez haut et fort l’idéal républicain des Français qui n’a rien à voir avec cet obscurantisme. Je devine combien mon propos va fournir de prétexte à tous ceux qui se cachent sous une pseudo solidarité régionale dont la défense du Concordat est le drapeau de ralliement. Mais l’alerte que je sonne est plus salutaire que les inconvénients qu’elle me vaudra. Ceux qui dénoncent le séparatisme des musulmans avancent masqués en Alsace comme ailleurs. Je ne m’y trompe pas. La République française est une et indivisible. Cela n’a jamais voulu dire l’uniformité. Même institutionnelle. La preuve par le statut de la Polynésie française, du territoire de Nouvelle Calédonie, de la collectivité unique de Martinique. Et j’ai déjà eu l’occasion de dire que j’adhérais à la revendication des élus autonomiste Corses qui réclament l’application de l’article 74 pour ce territoire insulaire. Mais l’hypocrisie régionaliste des défenseurs du Concordat est un obstacle que la société alsacienne doit surmonter pour bénéficier de la laïcité française.

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