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L’ère de la post-vérité

Pire que le bâillon, la camisole de force médiatique. Vous critiquez la doctrine d’emploi de la police et les déclarations de ses syndicats : vous êtes assignés à la case « anti-flic ». Vous critiquez le gouvernement d’Israël : non seulement vous êtes assignés à l’antisémitisme mais repeints en soutien du Hamas comme le sont désormais tous les Palestiniens. A chaque fois, vous passez donc plus de temps à vous défendre d’une accusation sans fondement davantage qu’à présenter votre point de vue. Ce terrorisme intellectuel veut dissuader toute pensée différente de s’exprimer. C’est le but de leurs instigateurs. Dans les médias, il y a un parti-pris évident mais il n’y a pas toujours un calcul. Jouent souvent l’ignorance et davantage que tout le mépris plus ou moins conscient du public. Car celui-ci est considéré comme incapable de comprendre et il faudrait sans cesse lui résumer les situations avec de grosses caricatures.

Dans ce contexte, aucun fait n’a réellement d’intérêt. Les « journalistes » concernés ne s’y réfèrent pas. Ils n’essaient même pas de les connaître. Ce qui compte c’est la mise en scène dont ils ont décidé qu’elle résumait la situation. La vérité n’est donc que ce qui est conforme à la caricature nécessaire à la « vente d’information » dans le cadre simpliste énoncé. Il suffit donc de répéter quelque chose et cela fait partie du décor et sera reproduit en boucle.

Il est donc facile de voir comment chacun peut à son tour produire une « post-vérité » c’est à dire une vérité purement déclarative. Il suffit qu’elle corresponde à un format exploitable sans ajouts. L’ère de la post vérité est en ce moment en pleine fébrilité. Par exemple les meurtres de policiers ont tenu la « Une » alors même qu’il meurt moins de policiers en service qu’il y a quelques années à peine et que le nombre de suicides dans le métier est par contre toujours plus important chaque année. Les Insoumis ont été habillés en « anti-flics » parce que l’expression est au bon format et jugé suffisante pour le public. Que nous soyons la seule force qui ait proposé une commission d’enquête sur les suicides policiers et qui ait présenté dès octobre dernier « un colloque sécurité » n’a pas été évoqué une seule fois même pour mettre du sel sur l’info.

D’autres exemples très nombreux pourraient être évoqués. Le même système est à l’œuvre pour construire des réputations médiatiques. Je n’ai pas l’intention de parler de moi. Je pense ici à l’exemple que constitue le cas d’Audrey Pulvar. On ne dira pas que c’est par connivence avec elle car elle on ne l’a jamais vu dire merci à ceux qui ont pris sa défense alors même qu’elle est notre concurrente dans l’élection régionale en Île-de-France. Ni même à son tour comprendre l’intérêt d’une défense sans frontière de parti quand d’autre sont attaqués dans le registre que j’évoque. Elle s’est fait prendre une première fois sur les « groupes de parole clos ». Le point de départ était un pur et simple traquenard de « questions » biaisées sur le sens de la « clôture » de ces groupes. Sa réponse, à vrai dire plutôt embarrassée, lui valu de fil en aiguille de « post-vérités » d’être habillée en personne qui veut « faire taire les blancs » dans les réunions de noirs. Ni plus ni moins. Parce qu’ils ont repéré une faille de détermination chez elle, et parce que les macronistes comptent pomper ses voix à la grosse paille, les chiens sont lâchés sur elle.

On vient d’en vivre un nouvel épisode. La voici habillée en exaltée de la « haine anti-flic » pour avoir osé dire que la manifestation des policiers factieux était « glaçante ». Vidéo tronquée à l’appui passée et repassée en info continue sans un mot de contextualisation. Et, pire encore, sans le début de la séquence où elle mettait en garde précisément sur le fait que la police n’était pas raciste. Ce qui lui donnait l’occasion ensuite de dire quelle police l’était par contre. Trop compliqué ! Trop subtil pour le cerveau du téléspectateur tel que se le représentent les metteurs en scène de cette « info ». Bref, pas un mot d’explication ou de « décryptage » de l’info en continu. Ni un mot d’étonnement sur le fait que Darmanin a obéi, séance tenante, à une injonction d’une organisation des commissaires de police dont les membres votent à 90 % RN. Ni encore moins sur le fait que la plainte de Darmanin n’a pas la moindre chance d’aboutir car à l’évidence il n’y a ni injure publique ni diffamation quand on caractérise une manifestation politique. Surtout dans le registre d’un vocabulaire aussi modéré. Il est donc remarquable qu’il ait déposé cette plainte. C’est bien une ambiance qu’il s’agit de formater. Celle ou non seulement des policiers ont le droit de faire des rassemblements factieux devant l’Assemblée nationale, et où il est interdit de le critiquer. Ainsi que le dirait le syndicat de la magistrature : « comment s’appelle un tel régime » ?

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