semaine marseillaise

03.09.2021

La semaine marseillaise

Pour la reprise des publications de mon blog, j’ai eu une belle matière première à Marseille. Quel Tamtam médiatique ! Un rouleau compresseur. Sur les chaînes gouvernementales, trois jours de Macron à tous les plats, sans nuance, sans recul. Un véritable système de hauts parleurs de gare répétant des annonces officielles.

Il est vrai que l’équipe de communication du président Macron a fait fort. Le cocktail était au point. D’abord une dose de pluie d’infos comme autant de ballons d’essai. Puis des chiffres qui « résument bien » et surtout sont faciles à répéter. Car les prestidigitateurs de la communication du pouvoir savent que personne ne vérifie rien ni ne se souvient de rien. Pour coller les infos au temps de cerveau disponible d’un commentateur submergé, il y avait aussi un bon tapis de confidences en off. Au total, il s’agissait d’asphyxier les commentateurs dans le style inauguré par les communiquants sarkozistes de l’époque. La deuxième couche était plus facilement visible. C’était une dose de pur culot dans le bobard. Ça c’était le style des communiquants de Hollande : phrases creuses, enfumages éhontés, gros pari sur la mémoire de poisson rouge de certains commentateurs. Ainsi a-t-on vu et entendu sur tous les tons le nombre de milliards annoncés des heures durant. Et tout finit par une pauvre écuelle de quelques billets et de propositions idéologiques dans le plus pur style des libéraux.

Voyez plutôt à propos de l’école ! Que promet Macron ? La création d’une société pilotée par l’État pour la réhabilitation des écoles (sans montant de financement). Rien de garanti sauf la rénovation d’une quinzaine d’écoles d’ores et déjà financées sur les 174 écoles que Macron avait lui-même reconnues comme « délabrées ». Mais il y en a 300 dans cet état sur les 500 établissements du primaire dans cette ville. Avec ça des trouvailles fumeuses comme « 10 micro-collèges et 10 micro-lycées dès 2022 ». Et comme si ce n’était pas assez pour la douche froide des illusions perdues, il promet une inquiétante « expérimentation » dans 50 écoles. Il s’agirait d’une « nouvelle méthode » , « l’école du futur » pour la rentrée 2022 à Marseille et pour d’autres territoires. Elle consiste à donner la liberté aux directeurs d’école de recruter leur équipe (enseignants et non enseignants). Ils adapteraient les rythmes scolaires et compteraient des enseignants « qui pensent cette période du CM1 à la 5e » comme un tout. Incroyable baratin sur le thème éculé « plus de liberté contre plus de résultats » !!! Et tout cela pourrait être généralisé après évaluation en… 2023, s’il est réélu. On a compris. C’est la fin du service public de l’Éducation nationale dissout dans l’autonomie des établissements, le statut hiérarchique des directeurs d’école, et la destruction du statut des enseignants du premier et second degré. On comprend le titre du Monde : « immense déception des enseignants de Marseille » !

En fait, sous prétexte de compassion pour Marseille, Macron est venu faire deux choses. D’abord donner l’illusion (sur le dos des Marseillais) au reste de la France qu’il s’occupe personnellement du « concret et du quotidien » pour la rentrée scolaire. Il ne parlait donc pas aux Marseillais. Il était en campagne électorale. Il pouvait d’ailleurs promettre ce qu’il voulait huit mois avant une élection car aucun plan n’est applicable dans ce délai. Ensuite, il est venu annoncer des « marqueurs ». Comme pour les retraites. Il annonce à l’oligarchie, à la Commission européenne et aux think-tank de droite conservatrice la suite de la révolution libérale qu’il a entrepris. Ici pour le domaine de l’Éducation. Au total, vu depuis Marseille cet évènement de campagne présidentielle macroniste est une énorme mystification. Vu en direction de l’élection de 2022 c’est un manifeste libéral contre l’école républicaine.

Les Marseillais ne pouvaient y croire ! Car ils ont l’habitude du pèlerinage des promesses : Sarkozy, Ayrault, Valls (avec Macron dans ses valises) avaient fait exactement la même chose auparavant. En mars 2008 : Gaudin, candidat aux municipales rend public une lettre de Nicolas Sarkozy promettant une série de mesures pour Marseille. En septembre 2012 : Jean-Marc Ayrault est en visite après avoir présenté un plan d’action entouré de 15 ministres avec une annonce de 3 milliards. Dont en réalité l’État ne prenait en charge que 50% déjà. Puis Valls est arrivé en mai 2015, accompagné de 9 ministres dont Macron ! 1,6 milliards de promesses. Depuis, rien n’a changé : le métro a progressé de 900 mètres, les habitants d’Air-Bel ont toujours de l’eau jaune au robinet , le taux de pauvreté est le même (26%) et le nombre de morts dans les règlements de compte reste stable en moyenne depuis 2011 : 18 par an !

Ces trois jours à Marseille ont pris le pire des méthodes de tous ces épisodes. Sur la police, l’école, l’hôpital le logement, tout ce qu’il a annoncé était déjà promis depuis des mois par ses autres ministres. Le président, remplaçant le maire, la présidente de métropole et le Premier ministre, monarque arrogant, s’est moqué du monde.

Je finis sans entrer dans davantage de détails et de chiffres pour montrer comment Macron a promis toute la journée ce qui était déjà promis par ses propres ministres depuis des mois sans effet ni aucune réalisation parfois. Je voudrais pourtant dire comment les Insoumis ont agi dans certains des domaines clefs mis sur le devant de la scène à cette occasion. À Marseille ma permanence parlementaire et l’équipe des Insoumis qui m’entoure sont engagées dans l’action concrète. La santé ? Nous en sommes à trois années de Caravanes Santé passant sur trente points d’arrêt dans les quartiers populaires pour faire de bilans et donner de l’information. Sur l’école ? Lié à tous les mouvements de défense des écoles, l’un des nôtres a lancé une action populaire pour repeindre une école tant elle paraissait délabrée. Nos écrivains publics Insoumis viennent de publier un livre qui raconte leur expérience à la permanence pour accueillir et accompagner les personnes dans leurs démarches administratives depuis quatre ans. Et depuis deux ans ce sont les collectes alimentaires et les collectes de fournitures scolaires que les militants animent avec succès.

Cette autre façon d’être et d’agir, combinée a ma présence constante à l’Assemblée comme président de groupe (également pour l’interpellation du gouvernement sur sa politique à Marseille) déclenche maintes jalousies dans un landernau politique local davantage habitué aux seuls rites du clientélisme et des manœuvres de palais. Ma conclusion à moi qui suis le dernier arrivé dans Marseille politique et qui ne suis entré dans aucun des poisons et dentelles locales est que la patience populaire de cette ville est une énigme. Mais je crois que cette situation dure depuis toujours. Et c’est pourquoi la ville n’a jamais été domptée.

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