le monde

03.03.2022

« Le Monde » lit aussi dans votre dos

C’est une règle aussi vieille que la prise de parole : ne vaut que le « prononcé ». C’est-à-dire ce qui a été effectivement dit. Par exemple quand on distribue un texte avant une prise de parole où on le lit, seul compte ce qui a été vraiment dit. C’est une convention de respect pour l’orateur et d’honnêteté devant le public. Il n’y a jamais eu d’exception. Il fallait bien que cela soit violé un jour. Dommage que ce soit dans « Le Monde ». Ce quotidien n’est-il pas pourtant spécialisé dans l’art de faire des leçons de morale a tout le monde, confrères inclus ?

Voici l’histoire. Dans un papier d’ambiance, le journal rapporte comment j’ai été « hué » à l’assemblée nationale comme le rappelle un intertitre réjoui, sans autre appréciation sur un tel comportement compte tenu des circonstances. Puis il se gausse en annonçant que j’ai retiré une phrase de mon texte. Comment le sait-il ? Parce qu’un photographe m’a cliché à la tribune et que le journal « Le Monde » a payé pour avoir la photo et l’utiliser. Au diable la règle du « prononcé ». L’espionnage devient une nouvelle règle normale de fonctionnement.

Le ridicule est que le journal se sent autorisé à tirer des conclusions politiques de cette phrase retirée. Il n’y en a pourtant aucune. Je sais que l’intention de tous les atlantistes est de nuire à tous les non-alignés sur les éléments de langage de l’ambassade US. La déontologie professionnelle n’a plus rien à faire dans cette circonstance. Mais des gens qui lisent ce journal m’ont interrogé. Une fois de plus j’ai donc été placé devant le dilemme : faire de la publicité à une basse manœuvre en la dénonçant ? Ou bien me taire et partir du principe que de toute façon personne ne retient rien de ce genre de choses typiquement microcosmique.

J’ai fait le choix de relever ce procédé si discutable. Je le fais sur le ton de l’humour. Vous allez trouver ci-après le texte de mon discours en intégrale. Avec un jeu de rôle. En gras les mots rajoutés ou transformé et en raturé les passages supprimés. Vous pourrez donc comme un journaliste du « Monde » vous dispenser de tenir compte de ce que j’ai dit pour ne parler que de ce que je n’ai pas dit. Un journalisme créatif est ainsi à votre portée. Les faits ne sont plus rien. Seul le commentaire vaut. Le prononcé n’importe pas. Seul le non-dit a de l’intérêt.  Du wokisme journalistique ! De la cancel culture avancée.

Pour finir, à mon tour de vous dire pourquoi des phrases sont raturées jusqu’à la dernière minute dans un discours écrit. Comme vous le savez je ne lis (presque) jamais de discours écrit. Je n’écris qu’en cas de limite de temps un peu étroite ou de sujet à vif exigeant une précision absolue. L’obsession alors est de ne pas dépasser le temps prévu pour ne pas subir l’humiliation du micro coupé par le président de séance. Ce jour-là, j’ai enlevé l’équivalent d’une page tapée à la machine au dernier peignage du texte que j’avais écrit dans l’avion du retour de La Réunion. À mon banc, j’ai senti que c’était encore trop long. J’ai (pas mal) raturé. Pourtant à la tribune, dès la fin de la première page, j’avais déjà vingt secondes de retard. Il y avait 8 pages à lire. Cela signifiait qu’à cette cadence je débordais de presque trois minutes mon temps de parole. Cela n’est jamais accepté (à juste titre) par une présidence de séance. J’ai donc coupé encore en parlant, en sautant des phrases, en modifiant des mots, en faisant de raccourcis dans le texte. Vous allez voir d’ailleurs que les suppressions sont plus nombreuses et longues à mesure qu’on s’approche de la fin du discours et où s’affiche devant moi le débordement sur le compteur de la tribune. C’est une pratique habituelle et assez simple à manier au bout de deux décennies de discours devant des assemblées parlementaires. Tous ces changements n’ont aucune intention politique sinon de privilégier la possibilité de dire ce que je crois essentiel. Voilà tout.

Je plaide donc pour un retour à la règle du prononcé. Je plaide pour que la déontologie professionnelle du journalisme ne s’effondre pas dans le goût du buzz à n’importe quel prix et dans l’interprétation purement inventée des variations d’un texte. Mais je sais que je perds mon temps. En temps de guerre on sait quel est le rôle de la presse de l’officialité depuis toujours. « Le Monde » qui n’a jamais couvert une seule fois en dix ans mes alertes sur l’Ukraine ni sur aucun sujet international et s’est toujours contenté de m’habiller des habits dérisoires des obsessions atlantistes n’allait quand même pas se mettre en cause ! Et comme à chaque saison son costume, après Le Venezuelaaaaa, Cubaaaaa, et évidemment la Chine, voici l’heure où je dois occuper le rôle du méchant poutinien dans le Disneyland de l’officialité atlantiste. Le lecteur est une brave bête à qui on doit donner son picotin quotidien pour bien penser. D’ailleurs il paye pour ça, non ? Voila donc de quoi le distraire un instant. 

« Prenons de la hauteur, pour mesurer le désastre dans lequel nous sommes plongés à ce moment

Le GIEC annonce des changements irréversibles dans le climat : la moitié de l’humanité et de la biodiversité sont menacés. Mais nous sommes cloués dans sur un conflit qui peut dégénérer en guerre nucléaire détruisant plus vite encore l’humanité toute entière.

James Webb, le plus puissant télescope que l’humanité ait jamais construit, est entré en fonction aux limites de l’orbite de notre planète. Mais il nous faut avoir pour notre prioritéest de surveiller depuis l’Espace des mouvements de camions militaires.blindés.

L’humanité est ainsi plongée dans une régression consternante.

Car en une nuit d’invasion le gouvernement nationaliste de la Russie vient de nous ramener au 19éme siècle, quand les différents entre puissances se réglaient par la guerre. Il De nous ramener au 20eme siècle quand toute guerre en Europe devenait mondiale.

Quelles que soient les causes de l’invasion de l’Ukraine – et nous en connaissons la longue genèse dans la politique d’extension de l’OTAN –rien ne peut l’excuser. Ni la relativiser. 

La menace que contient cette invasionqu’elle contient – celle d’une guerre mondiale totale – en fait un crime contre l’intérêt général humain de notre temps. Le gouvernement de monsieur Poutine en porte la totale responsabilité puisque c’est lui et personne d’autre qui est passé à l’acte.  

De la sorte, – la politique est faite de réalité –. De ce fait, l’honneur de la condition humaine est dans la résistance des Ukrainiens. Mais elle est aussi est dans la résistance dans celle des Russes eux-mêmes, ceux qui manifestent contre la décision de guerre de leur propre pays. 

Ils témoignent pour l’aspiration humaine universelle à la paix. Ces manifestations nous donnent un modèle d’action. Elles minent politiquement la cohésion de l’appareil de décision gouvernemental russe. Dès lors, ne l’oublions jamais : le peuple russe n’est pas notre ennemi. Nous, français, ne le confondons pas avec le régime nationaliste en place.  

Nous savons désormais dans quelle alternative nous sommes enfermés. Aucune participation à la guerre ne pourrait rester limitée. Action et réaction s’enchaineraient et sans limite.

Face à une puissance nucléaire comme la Russie, la destruction nucléaire générale serait est l’horizon prévisible. D’ailleurs, monsieur Poutine n’a pas hésité à en menacer lui-même le monde. Dès lors, si frustrant que cela soit, le seul chemin rationnel est celui de la paix. Il porte un nom clair : la désescalade.

Si frustrant que ce soit, l’alternative reste simple : ou bien la diplomatie ou bien la guerre totale. Tout doit aller à la diplomatie et rien – si peu que ce soit – à la guerre. 

Méfions-nous des solutions improvisées et des conforts de postures. Les moyens que nous employons ne doivent jamais pouvoir se retourner contre nous. 

Pourtant l’union européenne a décidé, je cite, de « fournir des armements nécessaires à une guerre » selon les termes du commissaire Josep Borrell chargé des relations extérieures. Cette décision ferait fait de nous des co-belligerants. Un engrenage s’enclenche. Avec quelle légitimité ?  Quand notre parlement l’a-t-il décidé ? Pourquoi avoir rompu ce que le commissaire Borrel a lui-même qualifié de « tabou de l’histoire de l’union » à savoir « ne jamais fournir d’armes à des belligérants » ? 

Orienter ces armes à partir de la Pologne, terre d’OTAN, n’est-ce pas se mettre à la merci de toutes les provocations des parties prenantes au conflit ? 

Couper le circuit financier Swift n’est-ce-pas engager une escalade mondiale en poussant russes et chinois à utiliser désormais exclusivement leur propre circuit ? Quel avantage pour la paix ?   

Mieux vaudrait prendre plutôt une initiative diplomatique radicale.

C’est-à-dire accepter de traiter franchement, directement, le fond du problème posé : la sécurité de chaque nation en Europe. Cette question est restée ouverte après l’implosion de l’URSS puisque pour la première fois dans l’histoire contemporaine un empire s’est effondré sans qu’on discute les nouvelles frontières.  

C’est possible. L’outil existe. Il faut pour cela ouvrir une session extraordinaire de l’Organisation de la sécurité et de la coopération en Europe (OSCE) organisation créée pour cela par les accords d’Helsinki en 1975. Ce moyen existe. Déclenchons-le.

La solution existe aussi. C’est la proclamation de la neutralité de l’Ukraine. Le président Zelenski s’y est dit officiellement prêt. D’ailleurs cette neutralité avait été adoptée par le parlement de l’Ukraine en 1990 le jour du vote de sa déclaration de souveraineté par 339 voix contre 5. Cette déclaration dit, je cite, que l’Ukraine Celle-ci « déclare solennellement son intention d’être un État perpétuellement neutre qui ne participe à aucun bloc militaire. « 

A cette heure, il s’agit de rendre la diplomatie plus profitable que la guerre. Il s’agit de contraindre à la négociation. Et si l’offre était faite, la contrepartie pourrait être le cessez le feu immédiat pour que cesse le martyr des Ukrainiens.

Disons encore qu’une telle négociation est de notre intérêt le plus direct comme français. Car nous aussi nous avons des revendications de sécurité. La première est de voir interdire l’installation de missiles de moyenne portée capable d’atteindre la France depuis le sol de la Russie ou de ses alliés. 

En toute hypothèse, nous venons de toucher du doigt les limites de la doctrine de dissuasion nucléaire « terrestre ». Je dis bien « terrestre », face à un adversaire résolu, car le « tout ou rien » enferme clairement dans le « rien » si on n’est pas prêt à se faire sauter soi-même. La guerre d’Ukraine nous oblige donc à repenser beaucoup sur nous-mêmes. 

La dénucléarisation du monde doit devenir un objectif concret de notre diplomatie puisque la surenchère nucléaire ne peut plus avoir de sens concret. La guerre d’Ukraine vient de le prouver. Souvenons-nous à cet instant du nombre des conflits de frontières qui s’expriment d’une façon ou d’une autre sur le sol du vieux continent. 13 pays sont concernés. Soit le un quart des nations Etats du vieux continent européen

Cela prouve combien il vaudrait mieux convoquer à temps une conférence européenne des frontières Elle permettraitqui permette de définir les modalités de règlement de chaque cas, et d’établir ainsi une doctrine partagée par tous.   

La crise que nous vivons interroge toutes les certitudes et les doctrines passées. issues des proches périodes précédentes.

A l’ONU dans le vote sur la résolution à propos de l’Ukraine, notons l’abstention de l’Inde et de la Chine, de l’inde. C’est-à-dire de là  50 % de l’humanité. C’est un signal d’une extrême importance. Un autre ordre géopolitique du monde s’installe déjà, à partir de l’Asie.

Il est temps alors d’actualiser nos conceptions. Nouvel ordre, nouvelles appréciations, nouvelles méthodes.   

Le régime nationaliste russe actuel agit comme un capitalisme oligarchique autoritaire. L’invasion de l’Ukraine signe une nouvelle carte d’identité après trente ans de mutations continues. De même, s’en est terminé du « nouvel ordre mondial » annoncé par George Bush en 1991 à la veille de la guerre d’Irak. Le déclin des USA ouvre une ère d’incertitudes. Elle sera leLe moment est entré dans le temps d’une réorganisation générale. Poussés dans les bras l’un de l’autre par la stratégie des USA, Russie et Chine font émerger un nouveau bloc. Hélas, nous avons été incapables de promouvoir l’Europe de l’Atlantique à l’Oural ! Est-il trop tard ? 

Dans ce nouveau contexte, les automatismes et les allégeances du passé ont-ils un intérêt pour les Français ? Je ne le crois pas. Il y a mieux à faire. Nous pouvons jouer un grand rôle dans le nouvel ordre des choses. 

Pour cela il y a une préalable évident : le non-alignement est notre intérêt. Dans la situation mouvante de notre temps et les chocs d’intérêts croisés, nous ne devons être les supplétifs obligés de personne. La sortie de l’OTAN, organisation inefficace qui participe par sa volonté d’expansion aux tensions guerrières sur notre continent. Je déplore qu’en pleine crise on continue de recommander l’adhésion de plusieurs pays sensibles à cette alliance.   

Bien-sur, il est entendu que « non alignement » ne signifie pas neutralité. Le choix systématique de la paix fait de la France une force commise d’office, dans chaque cas,la met du côté du droit international. En Ukraine Ce droit est du côté de l’Ukraine.des ukrainiens.

Non alignés, nous serons libres pour mener une diplomatie vraiment altermondialiste. C’est la nécessité de ce siècle de crise climatique planétaire. Il s’agit de faire émerger en politique un peuple humain conscients de sa communauté de destin. Car le droit international reste à produire dans de nombreux domaines. Notamment pour la gestion des biens communs de l’humanité.

D’une faiblesse, d’un malheur, faisons une force. La crise en cours comporte tous les risques mais aussi tous les moyens d’un rebond positif. Ne laissons pas la crise ukrainienne s’enfoncer dans l’enlisement général.

Attention ! Les postures de « va-t-en guerre » pullulent toujours autour des conflits. 

Mais l’action politique démocratique à toutes les échelles n’est rien d‘autre qu’un effort toujours recommencé pour régler par la discussion et la décision collective la violence des conflits qui divisent la société. 

La démocratie reste un choix d’optimisme politique. 

En Ukraine nous jouons notre capacité à prouver que c’est la meilleure méthode . 

A cette heure, c’est la démonstration que nous devons en faire à propos de la crise de l’Ukraine. 

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