03.08.2022

Pelosi aussi !

La scène internationale m’afflige autant que les misérables simagrées des macronistes avec leur diversion sur l’antisémitisme attribué à la LFI. Certes, il s’agit pour ces misérables de faire oublier leur forfaiture dans leur panique face à l’idée d’une taxation des profiteurs de crise. Mais autrement plus lourde de conséquences est la provocation des USA à Taïwan. Quel est le sens de la visite de Pelosi sur place ?

Taïwan est un sujet tendu depuis la libération de la Chine. Mais, pour les Français depuis 1965 et le général de Gaulle, il n’y a qu’une seule Chine. Elle siège au Conseil de sécurité. Taïwan est une composante à part entière de la Chine. Le premier gouvernement alors national dictatorial de l’île, celui de Tchang Kaï-chek, prétendait d’ailleurs reprendre le contrôle de la « Chine continentale ». Depuis, chacun s’en tient à une volonté de coexistence pacifique, en attendant mieux. Quoi ? Les Chinois règleront le problème entre eux. Il n’y a pas d’autre issue raisonnable possible.

Mais on voit bien comment les USA veulent ouvrir un nouveau front. On devine d’avance le lamento anti Chinois qui va bientôt nous être servi sans relâche par les chaînes de propagande en continu. Évidemment, on va bientôt parler de sanctions économiques. Un jour ou l’autre, le bilan réel de ce genre de mesures sera fait. Il suffit de voir ce qui se passe à propos de la Russie pour comprendre à qui profite cette « stratégie ». Et à qui elle nuit réellement. Cependant ne sous-estimons pas la contribution de la misère qu’elle répand en Europe. Elle participe puissamment à montrer le « no future » du système. Mais il faut être patient. Et rester déterminés. Quels que soient l’ampleur et le niveau des critiques qui peuvent être adressées au gouvernement chinois, nous devons refuser de cautionner la guerre à la Chine pour satisfaire les vues des USA sur Taïwan. Si j’avais été élu, j’aurais tenu ce raisonnement avec le gouvernement US.

Il ne faut pas craindre de discuter avec les USA. Les points de vue dans ce pays sont très divers. Notamment dans les agences de sécurité qui fixent pour l’essentiel la politique extérieure de ce pays. Ici, en Europe, ceux qui approuvent « tout-le-temps-tout » savent-ils en réalité qui ils soutiennent dans ces débats ? Pourtant ils ont lieu là-bas. Mais pas dans l’arrière-cour européenne, hélas.

En Amérique latine, les gouvernements de la gauche actuelle ont choisi de parler avec les USA et de le faire franchement et habilement. Le nouvel équilibre économique avec la Chine le permet. D’après moi, cette voie pourrait être explorée partout. Et notamment par nous dès que nous en aurons les responsabilités. Notre choix du « non-alignement » ne se conçoit pas comme une neutralité. Tout au contraire. Mais il suppose que les principes ne changent pas selon l’interlocuteur. On le comprend mieux si l’on saisit que le non-alignement est surtout un moyen d‘action. Un moyen pour rendre possible ce qui doit être essentiel à nos yeux. C’est-à-dire faire avancer au plus vite et le plus efficacement possible une politique internationale altermondialiste. Ce mot désigne une politique centrée sur l’intérêt général humain. Autrement dit : essentiellement concentrée sur les questions de la réparation et de la protection de l’écosystème planétaire. Les USA peuvent comprendre que le réchauffement climatique est une réalité et non un délire gauchiste. Ils peuvent comprendre qu’une guerre de plus ne fera que rendre plus difficile toute solution sur ce sujet prioritaire. Le non-alignement inclut le dialogue tous azimuts.

L’action du groupe insoumis à l’Assemblée exprime une belle cohésion humaine. La répartition égalitaire de la parole en séance plénière a bien joué son rôle. Je crois que Mathilde Panot et le bureau du groupe ont permis de bien franchir le premier défi humain de notre nouvelle vie interne. Il s’agissait de passer de 17 super visibles par nécessité à 75 bien visibles. C’est ce qui s‘est fait puisque chacun.e aura eu son tour autant en séance plénière qu’en commission. Aucun autre groupe n’a connu une répartition de cette ampleur ni même de moitié comparable. Dans une société aussi dominée par le « vu à la télé », des frustrations dans ce domaine peuvent être dévastatrices. Mais les commentaires que je reçois me disent une bonne perception des nôtres, de leur compétence et de l’art de la démonstration argumentée. Ils sont très bien partagés entre tous.

Maints en sont surpris. D’où viennent ce savoir-faire et ce niveau de formation ? C’est tout le pari gagné du concept de « mouvement ». Il suppose qu’existe un haut niveau de « culture commune » comme l’avaient révélé les débats du referendum de 2005. Cela inclut des connaissances et références partagées aux sources les plus diverses comme les films, les livres et maints repères culturels que chacun a pratiqué. Mais aussi les pratiques de l’agitation populaire et l’inventivité des modes d’action. Ils ont été appris au contact des associations et des luttes. S’y est ajoutée évidemment la démonstration faite par les élus et animateurs du mouvement insoumis lui-même. Le style s’est propagé. Il a aussi permis de surmonter les pièges du journalisme de provocation à l’affut de « débats qui déchirent le groupe (ou la NUPES) ». En dépit de très grossières tentatives, ces poncifs du macronisme médiatique ont été vite noyés dans un océan d’indifférence. C’est aussi un signe des temps nouveaux. Tout le monde se fout dans nos milieux du « qu’en dira-t-on ». Le principal résultat de ce genre de pratiques médiatiques est d’avoir vacciné tout le monde en un temps record contre les signatures les plus caricaturales. Ce n’est pas rien. Car ce journalisme-là est la dernier ligne de militantisme de nos adversaires.

Ernesto Laclau, le penseur argentin du « populisme de gauche » avait prévenu : « les médias sont le seul parti réel de la classe dirigeante ». En effet aucun parti de droite macroniste ou d’extrême-droite n’est présent sur le terrain. Nous l’occupons seuls, cet été encore, avec nos caravanes populaires. Des rubricards font donc le sale boulot. De plus en plus sale. Mais il est surtout frappant de voir comment les mêmes thèmes sont utilisés dans la plupart des pays ou désormais l’oligarchie tient en main les médias comme seule l’Amérique latine le vivait auparavant. Les coups tordus semblent donc standardisés comme toutes les productions de l’économie globale. Il y a eu la série des procès déclenchés par la boucle police-presse (lawfare) sous toutes les latitudes. Puis les grotesques accusations d’antisémitisme par exemple au Chili, au Venezuela ou en Angleterre et en France. Fort heureusement, une partie de tout cela est en déclin. Lula le cas maximal de lawfare a été blanchi et son « juge » condamné.

L’accusation d’antisémitisme se noie en France dans les débordements répugnants du grotesque député d’extrême-droite Meyer Habib désormais relayé par la lamentable Élisabeth Borne. Ces gens banalisent une accusation d’une extrême gravité dans le seul but de faire parler d’eux et aussi de s’arroger un pouvoir de destruction morale de leurs adversaires. Le risque est que leur comportement ne finisse par être lui-même une source d’antisémitisme. Ou pire d’indifférence. Il est certain que parmi nos électeurs, nos élus, nos animateurs, cette accusation est une injure contre ceux qui ont eu à souffrir d’antisémitisme. Le caractère stupidement sectaire et délibéré de ce plan de com est rendu évident par le fait qu’est en cause une proposition de loi présentée non par LFI mais par le Parti communiste et Fabien Roussel que la Première ministre a pourtant au contraire félicité.

À présent, voici venu l’époque de la pure calomnie et de la presse de diffamation. Une fois de plus les thèmes sont curieusement les mêmes partout. Exemple. En France on a dû subir l’invention d’une esclave « sans papier » chez les députés Alexis Corbière et Raquel Garrido. En Espagne, le même thème, relayé dans toute la presse, a été diffusé à propos de l’assistante parlementaire de la compagne de Pablo Iglesias. Une invention pure et simple dans chaque cas. Pas un mot de protestation des syndicats de journalistes et encore moins des directions des journaux qui avait publié ou relayé la calomnie. Il en va de même avec les glaires de Meyer Habib. Qui se soucie de savoir si ce qu’il dit est vrai ou pas ? C’est emblématique. Que vaut la capacité d’indignation d’une corporation qui banalise de telles pratiques ? Mais comment s’en étonner quand on la voit accepter, sans dire mot, le martyr d’Assange et la réception officielle d’un dirigeant étranger accusé d’avoir fait découper un de leur confrère ? Rien. Leurs émotions sont désormais seulement en service commandé. Le livre prophétique de François Ruffin nous avait prévenu (« Les petits soldats du journalisme »). Pourtant, une génération nouvelle de professionnels a déjà engagé son parcours. Moins militante et plus soucieuse d’éviter de se faire racoler. On verra bien ce qu’ils seront capables d’obtenir. Ça urge. Car des robots de l’intelligence artificielle commentent déjà les résultats électoraux et les matchs de foot. Ils auraient tôt fait de les remplacer si c’est pour distribuer des phrases toutes faites. Le nombre croissant de gens qui l’ont compris me donne bon espoir. Nous aurons moins de mal à faire accepter, le moment venu, notre réforme globale du système médiatique.

Dans quelques jours Gustavo Petro va endosser le pouvoir que les urnes lui ont confié. Un immense défi. Le problème n’est pas seulement de savoir quoi faire car son programme est très précis. L’enjeu est de rendre possible les changements. C’est-à-dire sans provoquer aussitôt une mobilisation violente de tous les secteurs liés à l’ancienne période, à ses crimes, combines, corruptions et trafics de toutes sortes. Certes, la haine médiatique est déjà acquise. La semaine passée, un média m’a demandé ce que je pensais de la « volonté de Petro de vouloir se maintenir pour toujours au pouvoir »… Le ton est donné alors même que Petro n’est pas encore en fonction ! Aujourd’hui, Petro dispose d’une alliance large, incluant des secteurs de la droite sur la base d’un retour du pays a une normalité de paix civile, transition écologique rigoureuse et partage des richesses permettant au pays de s’équiper. J’étudie cette étape aussi attentivement que je l’avais fait pour les phases précédentes. L’enjeu est décisif. Existe-t-il une possibilité d’accord large pour reconstruire un pays détruit par le néo libéralisme ? Mon avis pour l’Europe est que non. Mais nous verrons ce qui va se prouver ici.

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