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30.10.2022

Le mouvement et son mode d’enracinement

Je prolonge ici le fil des informations que je crois utile de donner sur la construction du Mouvement Insoumis. C’est une exception de « la gauche », «radicale » ou pas, telle qu’elle se présente dans le monde. Sa forme, ses résultats et sa stratégie sont sans équivalent. Elle suscite un intérêt et des discussions un peu partout ici et là. Certes en France des articles et livres sporadiques (et très peu lus) se contentent d’en faire des caricatures absurdes et insultantes. Mais quelques exceptions ont aussi voulu comprendre le mécanisme en place chez les Insoumis autant sur le plan programmatique qu’organisationnel. Il arrive même que certains envisagent mon rôle personnel autrement que comme la caricature d’un gourou ou d’un nouveau Mao ou Jésus Christ comme l’a fait « Le Monde » ou « Maximilien Illich Mélenchon » comme l’a proposé «  Le Figaro » dans une contraction des prénoms de Robespierre et de Lénine. Je précise que je ne leur en veux nullement. Je trouve normal que ces journaux expriment la profondeur de leur pensée à la hauteur de celle qu’ils pensent être celle de leurs lecteurs. Ils les connaissent mieux que moi.

Ceci est donc la troisième partie de ce que je voulais communiquer sur ce sujet. Je pense en faire bientôt une de ces petites brochures qui peuvent être utiles a ceux qui militent dans nos rangs pour faire connaitre et aider à comprendre ce que nous essayons de faire.

Quel est le rapport entre la forme du mouvement et son projet politique ? Je le résume à ma manière. C’est celle de l’un de ses fondateurs et non le moindre. La théorie de l’ère du peuple et de la révolution citoyenne postule que le peuple est le nouvel acteur de l’histoire à l’âge de l’anthropocène et des huit milliards d’humains. Elle identifie ce peuple en trois formes (ce n’est pas la nomenclature de la géographie) : le peuplement (le nombre des gens), la population (les relations sociales qui les organisent) et le peuple (moment où ils s’instituent et se constituent politiquement).

Trois états d’une même réalité ? Oui comme par exemple c’est le cas de l’eau. C’est à la fois un liquide, un solide, ou un gaz selon sa température tout en restant la même matière. De là le mot « gazeux » pour décrire la forme qui s’impose quand la « température » s’accroit par l’action populaire. Les processus de révolutions citoyennes dans le monde montrent partout sans exception le déroulement d’un processus en trois phases également : instituante (« nous, le peuple nous demandons ceci ou cela »), destituante (« qu’ils s’en aillent tous ») et constituante (« il faut désormais faire comme ceci ou cela »). De la population et des problèmes de son existence matérielle vient l’émergence du peuple politique.

Le mouvement est l’interface entre les deux états. Il est éclaireur (des possibles) et déclencheur (d’actions). Il ne vise pas à construire une avant-garde révolutionnaire mais à rendre possible par tous les moyens de la démocratie l’émergence d’un peuple lui-même révolutionnaire. Sur le plan concret, le Mouvement se présente sous la forme d’une interface dans un continuum. Ses élus sont la pointe avancée du processus de politisation du peuple. Ses candidats en sont le maillon immédiatement précédent et ses groupes d’action la première forme d’expression populaire. Nous avons donc pour structure de base les groupes d’action dont la composition est à la discrétion de ceux qui les forment. Eux sont les éclaireurs et les déclencheurs. Quant à la forme de représentation politique populaire préfigurant les assemblées citoyennes de quartier, nous les organisons à partir des circonscriptions ou nos députés sont élus ou bien où nos candidats même battus ont recueilli les suffrages populaires. Ce schéma a été adopté cet été au cours de nos AMFIS d’été et la première réunion de ce type s’y est tenue.

D’un côté il y a donc trois cent cinquante mille membres inscrits ayant parrainé notre programme et nos candidats. Ils définissent leur niveau d’engagement personnel de la simple lecture des circulaires internes à l’inscription dans un groupe d’action certifié. De l’autre, une représentation des millions de suffrages recueillis par les candidats réunis en assemblée populaire de circonscription. Entre les deux, les assemblées autour des candidats ou des Groupes d’action.

Tout cela est continuellement en chantier. Tout évolue au fur et à mesure des expériences vécues. En ce moment nous vivons une phase de réorganisation. En effet, nous vivons un nouveau choc de croissance assez désarticulant quand tant de cadres du siège central et des régions sont devenus députés. La création du groupe parlementaire à 75 est en effet par nécessité un processus qui prend du temps. Passer d’une addition d’individus qui souvent ne se connaissaient pas avant cela à une organisation cohérente n’est pas une affaire qui se règle d’un claquement de doigts comme dans une rédaction autoritaire. Il y faut beaucoup de fraternité et de bienveillance. D’autant que le groupe n’est pas le Mouvement et ne peut plus être sa direction de court terme. Trop nombreux à 75 et trop occupés à organiser collectivement en deux heures et demie chaque semaine l’activité parlementaire.

D’autant plus encore que tous les membres du groupe ne sont pas des Insoumis. Certains appartiennent pour le reste à des partis autonomes et indépendants comme le Parti ouvrier indépendant (POI) de Jérôme Legavre, le Parti de Gauche, le parti réunionnais de Jean-Hugues Ratenon ou le parti de la Révolution écologique pour le vivant d’Aymeric Caron. Sans oublier « Picardie Debout » de François Ruffin qui a déposé depuis fin juillet un nouveau parti. D’autres constituent des groupes parallèles tandis que leurs membres animent des groupes d’action fondus dans le mouvement sans affichage comme les « communistes insoumis » (trois députés), « ensemble insoumis » (quatre députés). Certains n’avaient aucune appartenance en arrivant, pas même au Mouvement Insoumis.

C’est toute cette diversité que le Mouvement fait vivre ensemble depuis désormais six ans soit à l’Assemblée soit dans le pays soit aux deux. Et ça fonctionne. Avec 17 députés issus de cinq partis sans majorité dans le groupe, je n’ai pas vu un seul vote divergent à l’Assemblée en cinq ans. La méthode a donc fait ses preuves pour garantir liberté et unité sans déchirements. Le seul impératif qui ne pardonne pas chez les insoumis, c’est de ne pas faire réellement le boulot pour lequel on a un titre de responsabilité. Ou pire : de le faire sans le souci du collectif. Evidemment il faut faire preuve d’esprit positif, de tolérance mutuelle à l’égard des « caractères » car la pâte humaine insoumise est assez évidemment faite de rébellion et de caractères offensifs… Et alors ? La preuve de la valeur du mouvement, ce sont ses résultats.

Nous irons plus loin dans les voies de l’innovation et de la perpétuelle remise en cause de nos méthodes. Mais pas pour céder aux injonctions médiatiques. Par sens des responsabilités. Nous sommes désormais la grande et première force de gauche. Nous sommes une des rares exceptions à l’effondrement général de la gauche en Europe. En France, les partis de gauche traditionnels se sont effondrés en dessous de la barre des 5% aux présidentielles. Nous devons assumer notre rôle. Ni une secte, ni un terrain de jeu, ni une avant-garde, ni un de ces partis enfermés dans le dialogue interne et voués aux manipulations médiatiques et groupusculaires. Notre but est de tout changer dans ce pays et de nous en donner les moyens sans régresser dans les impasses politiques et organisationnelles qui ont détruit successivement le Parti communiste comme le Parti socialiste et paralysent EELV. Entré dans une phase de réorganisation, notre ambition est la pérennité d’un très grand mouvement collectif dans lequel nous saurons une fois de plus nous dépasser comme nous l’avons fait déjà tant fois en si peu d’années.

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