17.12.2022

Le moment brun doit être repoussé par l’action

Le pullulement des groupes violents d’extrême droite a enfin donné lieu à une certaine prise de conscience notamment dans les médias. Certes pour le journal « Le Monde », grand dédiabolisateur de Le Pen, la cause est vite réglée. D’une part, cela n’a rien à voir avec le RN ni avec l’effet fédérateur de la campagne présidentielle d’Éric Zemmour, en dépit des faits qui peuvent indiquer le contraire. De l’autre, le coupable est tout trouvé selon le mode accoutumé : la présence de LFI « provoque » le retour de l’extrême droite violente. CQFD. Plus sérieux et moins ras du bonnet anti-LFI, « Libération » fait sa “une” et tient les comptes effrayant sur la situation. Fin novembre déjà, le journal « Libération » recensait « une trentaine de dégradations ou d’agressions commises depuis la rentrée » par les fachos. Près d’une tous les deux jours, que ce soit contre les partis, les syndicats, les associations.

La montée de l’extrême droite violente est une donnée commune à toute l’Europe. En France, elle a été considérée comme un sujet annexe, moins important que « l’islamogauchisme » par exemple. Pourtant, selon le renseignement territorial, le noyau dur des personnes engagées serait de plus ou moins mille personnes concernées et deux mille sympathisants. D’ailleurs, six projets d’attentats au moins attribués à l’extrême droite ont été déjoués depuis 2017.

Quelques exemples de ces projets. En 2017 : le groupe OAS projetait de m’assassiner au lance-flamme et d’égorger le ministre Castaner. Le leader du groupe, un ancien du Front national Jeunesse, a été condamné à neuf ans de prison. En 2018 : « action des forces opérationnelles », un groupe d’extrême-droite dont le fondateur est un ancien CRS préparait une série d’attentats à la grenade contre des « cibles musulmanes ». En 2019 : tentative d’incendie de la mosquée de Bayonne puis tir à l’arme à feu sur deux fidèles par un ancien candidat RN aux élections départementales. Cet attentat donna lieu à la manifestation du 10 novembre à laquelle nous avons participé. Elle donna lieu à une intense campagne de dénigrement médiatique refusant toute solidarité avec les musulmans de France. En Décembre 2020, plusieurs membres d’une organisation “conseil national de transition de France” sont arrêtés après avoir projeté d’assassiner le président Emmanuel Macron et de faire un coup d’État. Plus spectaculaire, le 21 avril 2021 on découvrait une Tribune d’anciens militaires dans l’hebdomadaire « Valeurs Actuelles ». Des lignes très menaçantes : “Alors, Mesdames, Messieurs, assez d’atermoiements, l’heure est grave, le travail est colossal ; ne perdez pas de temps et sachez que nous sommes disposés à soutenir les politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation. Par contre, si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre inexorablement dans la société, provoquant au final une explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national. » Précisons que ces propos furent vite recadrés sans ambiguïté par l’Etat major de l’armée qui s’en indigna sans réserve.

La même année, six personnes d’un groupe néonazi sont suspectées et interpellées pour avoir voulu commettre un attentat contre une loge maçonnique en Moselle. En juin 2021 : un activiste royaliste gifle le Président de la République. Enfin, pour clore la liste des violences sans l’allonger outre mesure, notons comment nous avons vu ce mois de décembre toute la fachosphère se mobiliser sur les réseaux et descendre patrouiller dans la rue pour organiser des pogroms de supporters marocains dans plusieurs villes. Aucune mesure préventive n’avait été prévue en dépit de l’alerte donnée.

En Allemagne aussi on vient de procéder à une grande rafle engageant plus de trois mille policiers contre un groupe de militaires qui se préparaient à faire un coup d’Etat aussi incroyable que cela puisse paraitre. 25 personnes ont été arrêtées et la police recherche encore 27 personnes liées au dossier. Elles sont accusées d’avoir préparé plusieurs attaques armées, notamment contre le Bundestag. Il s’agit d’individus liés à une mouvance des « citoyens du Reich », des nostalgiques qui rejettent les institutions démocratiques allemandes. Au moins 90 pièces d’armement ont été saisies par la police, 400 000 euros en liquide et l’équivalent de 6 millions d’euros en lingots d’or. Bref, une menace prise au sérieux et traitée avec sérieux. Il est vrai que les autorités allemandes ont classé ces dernières années la violence d’extrême droite au premier rang des menaces à l’ordre public, avant le risque djihadiste. En France, le renseignement intérieur classe au rang neuf sur dix la menace d’un attentat ou crime d’extrême droite. Mais la macronie a élu une députée RN comme parlementaire auprès de ce service.

Pour notre part, les Insoumis, nous faisons l’objet d’une agressivité bien ciblée. Depuis quelque temps, nos élus et nos permanences font l‘objet de violences à répétition. J’en relève quelques-unes. Le 14 novembre, c’est un barbouillage général de tags sur la Maison du peuple à Clermont-Ferrand la veille de mon meeting avec Marianne Maximi députée de Clermont. Le 6 décembre, des militants insoumis lyonnais sont attaqués lors d’un tractage. Un jeune militant est frappé et quasi éborgné par un trauma crânien et une militante plus âgée jetée à terre et relevée couverte d’ecchymoses des coups reçus. Le sept décembre à Bordeaux, c’est l’attaque contre une conférence dans une fac avec deux députés insoumis Louis Boyard et Carlos Martens Bilongo. Barre de fer, couteau et aucune interpellation ni relevé d’identité. Le neuf décembre : tag “retourne en Afrique” sur un café à Toulouse où Carlos Martens Bilongo et François Piquemal allaient tenir une réunion publique. Le dix décembre, des tags d’extrême droite et du fumier contre la permanence de la députée Charlotte Leduc. Peint sur le mur: ”avant de t’occuper des taulards occupe toi de ceux qui te nourrissent”.

La liste pourrait encore bien s’allonger. Une fois, le préfet en personne doit se déplacer pour que le commissariat accepte d’enregistrer une plainte de nos amis. L’article dans Le Monde laisse bien comprendre comment un secteur de la bonne société va continuer à jouer la comédie de la lutte « contre les extrêmes », qui s’équivaudraient et se justifieraient les uns par les autres. C’est la ligne d’action qui vise à renforcer le vote blanc et nul quand un deuxième tour met en présence une candidature Insoumise contre une candidature RN. Ce fut le cas quarante cinq fois dans le pays aux dernières législatives, toujours en faveur du RN. Et c’est le genre de comportement électoral qui nous fit perdre là et ailleurs le deuxième tour après avoir gagné le premier.

Mais, avant même la dissolution et la campagne qui suivra, nous avons une autre préoccupation plus actuelle. Notre souci doit être notre sécurité, celle de nos réunions et de nos locaux. C’est pourquoi les contacts personnels entre responsables d’organisations ont commencé pour unir des forces capables de se coordonner pour le faire. Je forme le vœu que cela soit pris au sérieux dans toutes les structures de base du mouvement insoumis et que tous et toutes puissent y participer et fournissent les contingents dont nous avons besoin pour que l’effort à fournir soit bien partagé.

Avant tout, je crois indispensable que soit bien comprise la nature de ce que nous affrontons. Et donc que soit comprise la nécessité d’y répondre d’abord en élevant le niveau de capacité de mobilisation sociale sur nos propres objectifs. Je pense ici à la réforme des retraites qui devrait intervenir en janvier. En faisant le choix de soutenir la date (le 21 janvier) choisie par les dix organisations de jeunesse pour une marche, une bonne décision est prise. Attendre ce serait ne rien faire et donc laisser faire. Aucun argument de pseudo diplomatie inter organisation ne peut annuler cette évidence. Si l’on ne veut pas recommencer à s’en remettre à la calamiteuse série de journées d’action sans lendemain que l’on a dû observer au mois d’octobre et novembre, il faut agir sans attendre. Le succès éclatant de notre marche du 16 octobre nous enseigne comment les gens sont prêts à se mobiliser si on leur donne le moyen. Si l’on veut donner un bon appui à la mobilisation sociale qu’on observe dans tous les secteurs, il faut avoir une ligne d’horizon. C’est ce que nous offre l’initiative des organisations de jeunes. Il faut s’y mettre hardiment.

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