Ça finira par être les vacances

C’est fin juillet et l’année politique commencée en septembre dernier n’est toujours pas finie ! La situation politique en France déjoue les lois de la physique en politique. Le soi-disant « remaniement » du gouvernement Borne – en fait son effilochage – en est un exemple supplémentaire. Après cinq jours de révoltes urbaines, un discours solennel annoncé puis annulé dans la confusion, voici enfin le brame d’été du Président. Un pauvre tour de manège change les utilisateurs de place. Le conducteur de l’auto passe sur le petit cochon et le pilote de la fusée passe sur le dos du cheval de bois. Tournez manège !  Qui va attraper le pompon ? Problème : tout le monde s’en fout. Un seul regret : Aurore Bergé quitte le parlement, et donc son groupe va être plus efficace. 

En tous cas, même les mieux disposés des commentateurs ne savent de quel côté empoigner ce couteau sans manche ni lame. Quant au discours d’engueulade des ministres, on se demande pourquoi nous en avons été rendus témoins ? Surtout pour dire de telles sottises. Un ministre est en effet le chef de son administration. Mais son rôle n’est pas de la « tenir ». C’est de l’animer, de l’encourager, d’expliquer sans relâche l’orientation à appliquer et la réévaluer au vu des résultats et des avis professionnels.

Une nouvelle fois, on voit la nullité de la vision libérale de l’Etat. Macron croit que l’État est un prestataire de services et voit ses personnels comme des exécutants sans cervelle qu’il faut maintenir sous le mors, comme un cheval rétif. Il ne comprend rien à l’engagement professionnel des fonctionnaires. Il sait mieux que personne à quel point ceux-ci sont mal payés, dévalorisés, continuellement moqués par les importants, qui leur ont opposé pendant des années la soi-disant meilleure efficacité du secteur privé. Au point de vouloir les « dynamiser » en les faisant diriger par des gens venus de la hiérarchie du privé. 

À présent tout le monde sait ce que l’on sait dans le privé : toutes les bureaucraties se valent, publiques ou privées. L’élément déterminant est l’engagement des personnels. Alors, il y a toutes les chances pour que le service de l’intérêt général soit toujours plus grand que celui d’une marque de dentifrice ou de mocassins. 

Mais à présent il n’y a aucun enthousiasme chez les personnels de l’État à qui on demande en fait d’appliquer une politique de destruction de l’État. Détruire leur propre outil, leur propre vocation. Préfets, diplomates, enseignants : la macronie détruit tout ce qu’elle touche, en comptant sur la relève rapide du marché. Le petit chef de rayon qui parle depuis l’Élysée à des ministres apeurés ne fait même pas le boulot d’un vrai chef de rayon, qui ne ferait pas vendre une saucisse avec un ton de mépris pareil. 

À part ça, le monsieur Président veut faire la « planification écologique » avec les mots des Insoumis. Pfffff : il ne fait que l’annoncer pour la troisième fois ! La dernière fois, c’était une certaine première ministre qui en était chargée. On suppose qu’elle a fait preuve de la même excellence que les autres. Tellement bons, si l’on en croit le président ! On se demande alors pourquoi il les a virés du gouvernement ! 

Il est vrai qu’il y avait preneur. Tandis que pour faire le job de premier ministre il n’y a que Darmanin comme candidat. L’homme qui trouvait Madame Le Pen « trop molle » aura trop montré son incapacité à « tenir son administration ».  Elle est entrée en sécession et « fait la guerre » aux « nuisibles ». Comment tout cela tient encore ? On comprend mieux pourquoi il faut diviser la NUPES à tous propos et me tirer dessus sur tous les sujets. Macron n’a pas de la chance. Il a des complices efficaces. Mais la corde n’est pas l’amie du pendu. 

Retour à la raison sur les révoltes urbaines suite à l’assassinat du jeune Nahel. Après les cinq jours de la grande peur, beaucoup de monde revient à la raison. Je découvre un véritable goût de comprendre et d’entendre des avis contradictoires. La rediffusion de mon émission sur LCI à propos des révoltes urbaines, sur ma chaine YouTube, a été vue par plus d’un million de personnes. Avec les lectures des différentes vidéos de résumé par thème, nous en sommes à quatorze millions de vues. En plein mois de juillet. Tous mes camarades qui ont été présents sur ce thème ont battu des records d’audience. 

Le thème de la police et de sa reforme de fond en comble est désormais présent un peu partout dans les associations, les syndicats et les partis. À gauche, seul le PS s’accroche à la loi « permis de tuer » qu’il a fait voter quand Bernard Cazeneuve était premier ministre. Partout ailleurs on comprend que ce n’est pas la solution. C’est évidemment une victoire des idées raisonnables face aux exaltés de la répression. Qui, à part ceux-là, diraient encore être « choqué » par l’alerte donnée à temps sous la formule lapidaire « la police tue ». On sait qu’elle ment aussi. Heureusement que le conseil constitutionnel a rétabli le droit de filmer les interventions dans la rue ! 

Les nouveaux évènements portés à la connaissance du public à Marseille, par exemple, l’arrogance de la collecte financière en faveur du policier qui a tiré sur Nahel, tout cela permet à beaucoup de monde de comprendre l’ampleur et la profondeur de l’irresponsabilité des gouvernants. Ils ont laissé la situation se dégrader par peur ou par incompétence. Et le ministre, prenant peur, a commencé une critique sur le niveau intellectuel des policiers que personne n’avait prononcée jusque-là. Pour ma part je crois qu’il se trompe lourdement. En toute hypothèse ce n’est pas la racine du problème posé. Ce qui est en cause, ce sont les chaines de commandements, l’ambiance délétère dans les unités où le racisme a été toléré, le manque de formation et un cadre légal de plus en plus déresponsabilisant.        

« LIBÉRATION » du 20 juillet, quelle déception ! Une double page qui fait mine d’être liée aux circonstances des injures du CRIF contre les Insoumis. En fait, le papier était déjà réalisé depuis quelque temps, si je me souviens bien de mes refus d’y participer et des appels des copains après avoir été interrogés. Sans oublier les témoignages des personnes citées. Le but est de créer un « fossé » avec la « communauté juive », en faisant semblant de le déplorer. Manière de faire du CRIF le représentant de celle-ci, ce qu’il est très, très, très loin d’être. En attestent les nombreux retours amicaux reçus après cette double page lamentable. Certains venant de l’intérieur de la rédaction de « Libération », écœurés d’être enrôlés dans ce combat plus que douteux. 

D’une façon générale, pour moi, le lien de la direction du CRIF avec l’extrême droite ne fait pas de doute mais, bien sûr, j’accepterai un démenti. Surtout après l’expulsion de l’organisation animée par les communistes en son sein. Manière d’effacer le fond : oui, il y a un sérieux problème avec une organisation comme le CRIF et ses commensaux médiatiques. Ceux-là trouvent normal de faire des harangues politiques dans des commémorations, comme si la mémoire nationale leur appartenait. 

Et comment oublier comment le CRIF a fait expulser par la « Ligue de défense juive » (classée comme organisation terroriste aux USA) onze parlementaires Insoumis en écharpe, pourtant signataires de l’appel à cette marche pour Mireille Knoll. Cela alors même que le député Alexis Corbière avait longuement tenté de négocier la veille avec le président du CRIF un bon déroulement mutuellement convenu. Le CRIF, au contraire, fit accueillir et accompagner madame Le Pen au cœur de la marche. 

Comment oublier le silence du CRIF après l’agression physique de la députée Ersilia Soudais par un responsable d’une organisation se proclamant juive. 

Quant à la référence à ma réplique aux accusations contre le leader du parti travailliste Corbyn, « Libération » fait comme si le grand rabbin du Royaume-Uni n’avait pas appelé publiquement à voter contre celui-ci, et que je répondais à cette attaque. 

Au total, cet article sent fort la télécommande où il faut dire n’importe quoi pour bétonner une thèse communautariste aveuglée. Ça marche ! Et « Libération » ne le fait que pour cela en recopiant les éléments de langage des officines du CRIF. Une députée macroniste tweete aussitôt : elle dénonce mes « odieux propos antisémites » à propos du CRIF. Lesquels ? J’en passe et non des moindres dans le concert de ces répondeurs automatiques qui ne savent même pas de quoi on parle, mais aboient en cadence au coup de sifflets des boucles de messagerie. 

Lamentable « Libération » servant la soupe au pire à l’heure du danger pour tous ! L’idée est de reprendre l’argument de Zemmour selon lequel nous serions hostiles au CRIF parce que nous voudrions séduire l’électorat musulman. CQFD ! Dois-je produire l’argument inverse à propos de tous les lèche-bottes du CRIF ? Que n’entendrait-on pas ! Ici, la malveillance venimeuse conduit à la stupidité la plus complète. Jusqu’à l’oubli du professionnalisme. 

Aussi me reste-t-il à le préciser à « Libération » : Marie-Noëlle Lienemann, avec qui j’ai beaucoup milité, n’est pas juive mais catholique pratiquante. Je le sais, non parce que je le lui ai demandé, mais parce que j’en ai été témoin et que j’ai eu de nombreuses discussions passionnantes avec elle sur le christianisme. Ce genre de préjugé sur le nom est déjà un signe inquiétant. Quant au député socialiste Jérôme Guedj, il n’est pas « d’origine juive », comme le dit « Libération », mais juif et assume avec énergie cette appartenance qu’il défend, lui par contre, avec le respect de l’intelligence des gens auxquels il s’adresse. 

Mais voici le plus grave. « Libération » n’hésite pas à attribuer à un prétendu « cadre du mouvement LFI » la remarque que LFI serait une « organisation de gauche dans lequel il n’y a pas de dirigeants juifs ». Cette citation anonyme est évidemment une invention de ce journal. Comme les autres du même acabit, attribuées à un « député Insoumis ». De même que le refrain « même dans sa famille politique » pour parler des protestations contre « mes propos » sont une invention malhonnête : tous les dirigeants et députés LFI ont protesté contre les propos du président du CRIF, et protestent souvent contre l’attitude injurieuse et grossière de ses représentants qui refusent de serrer la main des Insoumis dans les commémorations. 

Notre difficulté avec le CRIF est politique et non religieuse. Mais oui, en effet, nous n’avons pas de dirigeant « juif ». Ni « chrétien » ni « musulman ». Nous avons juste des dirigeants. Le seul quota que nous pratiquons est celui de la parité hommes femmes : moitié, moitié, quelle que soit leur religion. Si certains dirigeants ou cadres LFI veulent faire savoir à « Libération » qu’ils ou elles sont juifs, ce sera leur affaire. Entre insoumis nous ne tenons pas de fichier, et nous ne demandons jamais leur religion à nos camarades. Au contraire des auteurs de cette assertion, nous sommes une organisation laïque. 

Dorénavant une chose est donc acquise. On peut politiser la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv sur l’exemple du président du CRIF ! J’invite les camarades à ne pas s’en priver, car cette situation porte de nombreuses leçons à propos de la lutte contre le racisme, le rôle de la police dans le fascisme et l’arrogance de tous les communautarismes suprématistes et de leurs complices médiatiques.

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