30.09.2023

Un livre pour oser

Je suis l’auteur d’un livre qui vient de paraitre le 28 septembre. Je le dis dans le cas où vous auriez échappé à mes annonces sur le sujet…

Au départ c’est une commande de mes proches pour l’école de formation du Mouvement Insoumis, quand je suis devenu le co-président de l’Institut la Boétie. Il s’agissait de présenter la « théorie de l’ère du peuple et de la révolution citoyenne ». Car après des dizaines de conférences sur le thème en France et en Amérique du sud, son contenu s’est profondément précisé, notamment depuis sa première formulation il y a plus de dix ans. Surtout grâce à l’observation des cas concrets où elle se vérifiait. L’ambition depuis dix ans n’a pas changé. La mise en panne de la pensée politique de la gauche à propos du changement nécessaire pour la société nous laisse sans moyen d’action claire. Depuis l’effondrement de l’URSS et de la social-démocratie, les politiques de gauche se limitent à être une collection de pansements écologiques ou sociaux. Dans les meilleurs des cas.  Peut-on faire mieux ? Ce livre le propose.  

De quoi parle-t-il ?  Une ère politique entièrement nouvelle s’ouvre. Le changement climatique est désormais irréversible. La catastrophe finale est en vue. Si rien ne change, et rien ne change, « l’effondrement est commencé » a déjà déclaré le secrétaire général de l’ONU. Je le pense aussi. Comment en est-on arrivé là, comment peut-on surmonter cette épreuve ?

Ce livre formule une théorie, c’est-à-dire une façon de comprendre ce qui se passe sous nos yeux et que souvent nous ne voyons pas parce que nous y sommes totalement immergés. Pour cela, il met en relation les faits nouveaux structurant de notre époque en commençant par les exposer. Son parti pris intellectuel : sans théorie claire l’action est aveugle. Sans compréhension des causes on ne peut combattre les effets ni changer le cours catastrophique des évènements en cours.

Le raisonnement part de l’augmentation extraordinaire de la population au vingtième siècle. Il explique de cette façon une modification radicale de la condition humaine, devenue désormais urbaine. Le nombre fait les villes. Les villes ont formé des réseaux collectifs dont dépendent désormais la production et reproduction de la vie matérielle de chacun. Ces réseaux font émerger un acteur social et politique nouveau : le peuple. Et celui-ci s’auto-détermine spontanément. Le peuple, nouvel acteur politique permet de définir un « peuplisme ». La théorie explique la nouvelle définition du peuple par la dépendance envers les réseaux collectifs urbains. Il analyse cette dépendance et les nouvelles conflictualités qu’elle crée. En étendant l’analyse, le livre s’intéresse à la mutation du capitalisme contemporain réorganisant ses réseaux de production dans la toile numérique globale et transformant toute activité en flux et monnayant tous les droits d’accès. Au fil de l’analyse, le livre étudie le mécanisme de production d’un espace-temps capitaliste provoquant une « collision des rythmes » dans tous les aspects de la société, des individus, du vivant. Mais il montre aussi comment tout savoir et toute prévision deviennent incertains dans le contexte du changement climatique. Cela modifie radicalement les conditions dans lesquelles doivent être prises les décisions politiques. Alors, ce nouveau contexte humain constitue le terreau propice d’où surgissent les « révolutions citoyennes ». Ce livre en décrit des exemples contemporains pris dans quinze pays du monde entier. Il en met à nu les formes et les étapes, les signes avant-coureurs et les étapes de déroulement. 

Au fil des pages, c’est aussi un livre à propos de notre époque et des comportements qui s’y manifestent. Les nouvelles composantes de la réalité politique sont là. L’hyperconnexion des individus, l’individuation, la « poly-présence », la grande bascule du monde dans l’ère de la numérisation générale de l’activité humaine et la mutation du capitalisme contemporain sont identifiés comme les bases nouvelles de la condition humaine dans la « noosphère » concept emprunté à un chimiste soviétique et à un religieux français. Elles produisent de nouvelles conflictualités organisatrices de la vie en société. La critique ici vise le libéralisme comme obscurantisme quand il s’approprie les savoirs humains et marchandise leur droit d’accès. Dans le même ordre d’esprit, la théorie propose un dépassement de l’opposition humain et nature en identifiant des droits biologiques fondamentaux de l’espèce animale humaine. Le silence, la nuit, l’air, l’eau sont pris en exemple de cette approche. Ce livre pense les humains sans les séparer de leur écosystème global. 

Ce livre est un livre de théorie politique. Il démontre l’obsolescence des pensées traditionnelles de la politique quand ils n’ont pas su abandonner l’impératif du productivisme. Leur espoir d’une croissance sans fin, en pleine hallucination consumériste en fait des logiciels périmés. Libéraux, sociaux-démocrates ou écologiste « d’accompagnement » sont également dépassés et dangereux. Ici l’écologie politique est nécessairement incompatible avec le capitalisme. La civilisation humaine butte sur le capitalisme comme sur une limite imprévue par les théories politiques du passé, inclues celles du socialisme. Mais elle est incontournable.  Le livre reformule entièrement donc la « théorie de l’ère du peuple et de la révolution citoyenne » dont les fondements avaient été élaborés il y a plus de dix ans, en donnant à ces concepts leur contenu dans le contexte particulier de l’effondrement de l’écosystème.

C’est enfin et surtout un outil pour l’action. Le titre « Faites mieux ! » s’adresse à tous ceux qui ne se résignent pas au gâchis laissé par la génération d’après la guerre mondiale et veulent changer le monde. Il veut parler à tous ceux intéressés par la rencontre avec une vision globale du moment. Le livre formule une théorie politique et analyse une époque. Il dessine un nouveau collectivisme comme politique de l’entraide, une morale de la responsabilité et de la Vertu sans attente d’aucune récompense sinon le succès collectif qui en dépend.  Pour finir, il étudie les conditions de la nouvelle géopolitique dans laquelle l’Humanité va devoir affronter le défi du changement écologique. Il plaide pour le renoncement à la volonté de puissance. Avec la fin de la domination des États-Unis sur le monde, il formule un plaidoyer documenté sur la façon de faire naître une diplomatie altermondialiste non alignée. L’ambition est d’aider à l’émergence d’un peuple humain. Il s’agit de le faire notamment par la stratégie des « causes communes ».  Notamment à propos des nouveaux espaces d’expansion de l’humanité : la Mer et l’Espace. Ainsi le livre est clos par une réflexion sur les normes morales motivant l’action quand celle-ci semble devenue vaine. Il donne les conditions d’émergence d’un nouvel humanisme.  

Je destine ce travail à la jeune génération en recherche d’un cadre global de pensée pour agir dans son temps. Mais aussi à tous ceux qui ont envie de partager une expérience intellectuelle revigorante : comprendre à partir d’un point de vue et confronter celui-ci à l’épreuve des faits. Soit pour corriger la théorie, la compléter soit pour la démentir.

Maintenant quelques confidences au sujet de ce travail. On m’avait dit à la commande : « Tu devrais reformuler la théorie de « l’ère du peuple » puisque tu l’as tellement développée depuis dix ans. » Le fait est qu’au fil des dizaines de conférences sur le thème en France et en Amérique du sud, le contenu s’est précisé. La théorie résistait très correctement à l’épreuve des faits et j’ai pu la rendre bien plus précise notamment en observant des cas concrets. Pas de problème. Sinon un : comment écrire un livre en se détachant du précédent sur le même sujet ? J’avais pensé faire de simples collages de chapitres supplémentaires. Finalement j’ai compris que ce n’était pas jouable en pratique. Il fallait donc tout reprendre à zéro. Et j’ai vite dû constater qu’il s’agirait de quelque chose de totalement différent. Finalement je n’aurai repris de l’ancien travail qu’un seul exemple (celui de l’accélération de l’histoire). Mais au départ la tâche paraissait écrasante. Avant tout, il fallait mettre de l’ordre dans mon travail. Je mis donc tout ce que j’avais écrit de côté quelque part dans mon ordinateur, c’est-à-dire l’ancien livre corrigé et les chapitres supplémentaires écrits en désordre. Je me suis libéré. Pour me convaincre de tout recommencer en me rassurant je m’étais dit: « j’écrirais au fil de la plume, sans me soucier des longueurs ». C’était nouveau pour moi. Dans le passé en effet j’ai toujours écrit dans un cadre strict en ce qui concerne la longueur puisque le prix de vente en dépendait. Ma longueur avait une limite financière (si j’ose le dire comme ça) : le livre ne doit pas couter plus de dix euros. Pour cela sa longueur est fixée à l’avance puisqu’elle détermine la quantité de pages et de papier. Ce fut la règle pendant plus de dix ans. Parfois le prix est tombé à 3 euros en livre de poche. Le prix de mes livres m’a obsédé et retenu la main des années durant au fil des 23 livres que j’ai publiés. Je ne voulais pas qu’il soit un obstacle à l’acquisition et au partage de savoir. Donc à sa lecture. Pour reprendre à zéro celui-ci, j’ai donc d’abord écrit un plan sommaire. Puis j’ai rédigé au fil des circonstances et de mes envies de traiter de ceci ou cela, en lien avec les moments vécus. J’ai organisé avec une très petite équipe de proches des allées et venues de lectures et de recherches des fiches et documents accumulés au fil de mes combats depuis quinze ans et mis a jour pour écrire. Ce qui m’a frappé dans cette séquence c’est la solidité de ce qui avait été mis en lumière au fil des ans. Puis une date de parution fut fixée et un compte à rebours organisé. Mais la vie politique (dont je pensais me mettre bien davantage en retrait) m’a vite rattrapé. Je passe les détails. Mais par exemple, j’ai du écrire dans le même temps où j’étais associé à la conduite des actions du mouvement Insoumis dans les évènements notamment à travers les mois d’actions contre la réforme des retraites puis des révoltes urbaines. La cascade des mots ne s’épuisait plus. J’ai produit sept cents pages. Impossible de proposer un tel monstre. Le prix de vente deviendrait intenable dans nos milieux. J’ai dû raccourcir de moitié. J’ai donc gardé en réserve trois vastes chapitres. Je les préserve pour des éditions adaptées à paraitre peut-être un jour ou l’autre sous une forme ou une autre. Après cela le livre qui vient de paraitre est plus léger et plus musclé. J’ai travaillé autant que j’ai pu pour le rendre d’un maniement facile à la lecture. Je saurai bientôt si j’y suis parvenu.

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