Les mots, oui les mots justes comme une épreuve de vérité.

Le Proche-Orient s’enfonce dans les massacres. La « communauté internationale » reste bavarde mais impuissante. Aux sidérations devant les violences de guerre s’ajoute le sentiment crépusculaire d’être entrainé avec son pays de force dans un camp contre l’autre. Après avoir tous condamné les exactions annoncées après l’entrée en guerre du Hamas sur le territoire israélien, il faut constater un silence oppressant devant la tuerie organisée contre les populations sans défense à Gaza. Les crimes de guerre se déroulent désormais avec l’approbation de ceux qui, la veille encore, dénonçaient ceux du Hamas. 

Je suis conscient des limites de l’exercice que j’entreprends à cet instant. Quoique je dise ou fasse, il n’en restera rien sur la scène de la classe médiatique sinon ce que les psalmodieurs auront décidé. Ils sont extrêmement efficaces, il faut en convenir. Leur méthode est des plus simples : m’attribuer une position puis condamner celle-ci sur tous les tons. Alors se forme une bande de simplets qui croient ce qui se dit et s’indignent à leur tour en cadence. À ce moment-là, intervient la légion des faux amis qui se drapent ostensiblement dans une pause farouche et valide l’accusation. Parfois, apparaissent ici ou là des gens qui ne parviennent pas à se sentir à l’aise dans la lapidation en réunion. Ils sont retenus soit par des raisons éthiques (ils savent lire et comprendre une ligne argumentaire ; ils ont de la culture politique) soit parce qu’ils sont aux premières lignes de la manœuvre comme salarié d’une entreprise de presse et ils savent à quoi s’en tenir. Ceux-là se contentent de parler de mes « ambiguïtés ». Je m’évoque ici puisque l’opération se finit en ce moment par une concentration de haine contre moi d’autant plus étrange (si l’on cherche une rationalité) que je n’ai aucune responsabilité opérationnelle, ni aucun lien avec les parties au conflit. Menaces de mort et matraquages téléphoniques me harcèlent donc quasiment sans pause depuis trois jours et le début de l’opération médiatique qui me vise. Le harcèlement connaît des pics après chaque émission où l’on cotise à ma dénonciation c’est-à-dire : toutes. Ainsi par exemple dans la nuit de samedi avec l’émission de Léa Salamé, le pilonnage téléphonique a repris et duré jusqu’à quatre heures du matin. Comme c’est trop d’honneur que ce déshonneur organisé en bande, c’est qu’il y a un loup.    

Ses auteurs appartiennent à une très petite catégorie de personnes. Toute l’attaque a démarré avec mon tweet édité quand j’ai le lien avec nos équipes à Paris qui me donnent les nouvelles vérifiées à propos de l’attaque du Hamas. Je savais que je devais réagir tôt car sinon on dirait et répèterait que j’ai hésité, et la meute en inventerait les raisons. C’est un rituel déjà vécu à plusieurs reprises. Au moment de réagir, j’étais au Maroc, dans le formidable train à grande vitesse qui va de Rabat à Tanger. Sur mon téléphone, on faisait le point des multiples aspects du moment entre les amis que je quittais à Rabat et ceux que j’ai en France. En écrivant, je savais que chaque mot serait pesé et soupesé par la presse des neufs milliardaires et celle du gouvernement, dans le but exclusif de me nuire. En revanche d’autres attendaient mon avis comme un réconfort ou une trajectoire d’argumentaires. Mon texte a circulé un peu avant, entre ceux qui m’entourent sur les questions internationales. Mais c’est moi, et moi seul, qui décide ce que j’écris. Ce n’est pas difficile car sur le fond il n’y a aucune divergence dans le mouvement Insoumis sur la situation au Moyen-Orient. Les remarques éventuelles portent sur le ton ou les nuances. Mes mots sont donc calibrés sans peine. À ce moment-là, personne ne pense que le mot « terrorisme » soit un enjeu. Ou alors seulement en se souvenant du tollé déclenché à l’époque par l’usage de ce terme il y a quelques années. C’était par Lionel Jospin alors en visite en Israël. Il parlait  du Hezbollah du Liban. Pour ma part, à l’époque, j’avais dénoncé le caillassage dont il avait fait l’objet sur le perron d’une université sur place. Yasser Arafat avait présenté des excuses et mis en cause des « obscurantistes ». À l’inverse, la droite française avait dénoncé le terme. Michèle Alliot-Marie dénonçait un « dérapage inconcevable ». Et Alain Juppé s’indignait : « si la France a pu garder au Proche-Orient une grande influence, si elle a pu jouer un rôle important dans la recherche de la paix, c’est parce qu’elle a toujours veillé à ne pas prendre parti de manière définitive pour les uns contre les autres ». On est loin, très loin, du « soutien inconditionnel » affirmé solennellement par la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet. Au contraire à l’époque, le Président Jacques Chirac avait sermonné publiquement le Premier ministre Jospin dans un communiqué : « Le Chef de l’Etat a réaffirmé la constance de la politique étrangère de la France et l’équilibre qui inspire l’action de notre pays au Proche-Orient, action qui demeure inchangée. (…) Remettre en cause cette impartialité serait porter atteinte à la crédibilité de notre politique étrangère et à la capacité de la France d’agir pour la paix. ». Autre temps autres mœurs, bien sûr…

Mais ce sont pour moi autant d’apprentissages et ils ne se sont pas effacés de mon esprit. En toute hypothèse, un Français voulant garder une position maîtrisable dans la suite des évènements là-bas, doit rester à cent pour cent dans le cadre des mots en usage et vigueur dans le droit international. Car sinon le risque est d’être embarqué dans des aventures ou bien d’aider à un camouflage. Camouflage ? En effet ! Un mot hors champ peut le faire dans ce type de circonstances quand il s’agit ensuite de justifier une escalade de violences. Un ami clairvoyant m’alerta à temps sur ce point. Pourquoi ? Dès ce moment les personnes un tant soit peu informées pouvaient écrire la suite de ce qui allait se passer sur le terrain de la guerre. Des représailles terribles et indiscriminées étaient certaines. Il me fallait donc écrire en sachant que les crimes de guerres iraient en s’accumulant. L’expression à retenir était donc bien celle-là. Pourquoi ? Parce qu’elle a déjà été utilisée dans une circonstance similaire et pour les mêmes protagonistes. Ces mots sont ceux du rapporteur de l’ONU au terme de son enquête sur l’opération « Plomb Durci » de 2009 où le gouvernement d’Israël avait déjà répliqué par un massacre à Gaza contre une attaque du Hamas. Ce rapporteur de l’ONU avait conclu à la commission de « crimes de guerre » par les deux parties. Les deux. Cette qualification justifie la saisine de la Cour pénale internationale. L’imputation de « terrorisme » ne le permet pas. Au contraire, elle permet de justifier un cycle de représailles indiscriminées et sans limite comme dans toute guerre quand elle se positionne comme celle du « bien contre le mal ». Toute la thèse du choc des civilisations est bâtie sur ce point. Combien d’épisodes de violences inhumaines ont tous été justifiés par leurs auteurs de cette façon ? Assez pour que l’on soit obligé de définir les « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » dans les conventions internationales ! 

Quand on a cela clairement à l’esprit, si l’on pense en responsable de notre pays, la France, on agit en conséquence. Non pour la minute qui suit, ni pour la vaine espérance de trouver grâce aux yeux des 9 milliardaires et de leurs porte-plume et porte-voix. Dans mon esprit, l’action politique n’est pas un travail de séduction sur des « parts de marché » mais une affaire de convictions à déployer pour aider à la formation d’un esprit public averti. J’ai déjà expliqué sur mon blog comment j’analyse les polémiques politiques. Dès lors, avoir déchainé (d’ailleurs sans le vouloir) quelques centaines d’exaltés, ne compte pas pour moi. Ce sont toujours les mêmes, avec les mêmes mots, la même mauvaise foi aveuglée, la même haine en bandoulière, le même cortège de supplétifs. Ce qui compte c’est d’avoir instruit et convaincu des milliers de consciences inquiètes qui se demandent en toute bonne foi ce qu’il faut faire pour agir honnêtement. Cinq jours d’insultes et de procès d’intention ont considérablement et largement convaincu d’un excès organisé contre nous, les insoumis. Au demeurant le point de vue de la manifestation aux cris de « Zemmour président », même avec l’appui enthousiaste du PS, d’EELV et du PCF, doit être pris en compte comme l’expression d’un désarroi total. Il s’exprime dans une perspective ultra minoritaire dans notre pays. Elle suscite un isolement politique toujours plus grand de ses organisateurs. Les apparences médiatiques n’y changent rien. Aucun pourtant ne s’interroge sur l’échec de cette marche pourtant déployée dans les beaux quartiers de Paris censés être acquis d’avance. Ce ne fut pas le cas. Et le sixième étage est resté terré à domicile. En dépit de la déception compréhensible des participants de bonne foi, cet échec est rassurant. Il prouve que le peuple français dans sa diversité ne veut pas de l‘importation d’un conflit communautaire dans nos frontières. Comme moi, comme nous Insoumis, comme la masse de notre peuple. Nous sommes hostiles à tout acte terroriste, tout crime de guerre ou crime contre l’humanité, quels qu’en soient les auteurs, où que ce soit dans le monde, quelle que soit la religion ou le drapeau au nom desquels ils sont commis. Il n’est pas une salle de rédaction qui ne le sache. Et pourtant toutes agissent face à LFI comme dans une guerre de substitution. Et contre moi comme à un ennemi diabolisé comme jamais. Pourquoi ?

En fait ni Israéliens ni Palestiniens ne comptent vraiment aux yeux de nos contempteurs. Tout cela est pour eux une « cause prétexte » à une opération de pure politique intérieure. Il s’agit de construire vaille que vaille un mur pour séparer le prétendu « arc républicain » et le reste, tout le reste, quel qu’il soit. C’est le nouveau ripolinage de la vieille stratégie du « cercle de la raison » portée par « Le Monde » à la fin du siècle dernier dont Macron et son livre manifeste en 2016 « Révolution » ont été finalement l’étendard. Dans la lutte des trois blocs issus de la présidentielle et de notre victoire au premier tour des élections législatives, à la veille d’une nouvelle salve d’une dizaine de 49.3 prouvant l’isolement du régime, plus que jamais une nouvelle majorité doit se constituer à droite pour pouvoir tenir jusqu’en 2027. La charge contre LFI est un prétexte. Un liant de circonstance. Le programme commun des faibles.        

En attestent les reproches qui me sont faits. On voit aussitôt qu’il s’agit d’un pur montage. Un faux. Et donc c’est une diversion. Ceux qui fabriquent ce procès et cherchent la discorde dans LFI pour entretenir la charge, le font pour ne pas parler d’autre chose. C’est-à-dire de « crimes de guerre ». Car cette expression les obligerait ensuite à demander le jugement des criminels. Et c’est ce qu’ils ne veulent en aucun cas. Car cela les diviserait. Les bavardages sur le mot « terrorisme » sont ceux qui permettent de ne pas parler de « crimes de guerre » et encore moins « crimes contre l’humanité ». Les deux expressions renvoient pourtant à des définitions précises (article 7 et 8 convention CPI). Ici vient l’essentiel. Après « plomb durci », personne ne fut inquiété parmi ceux que le rapporteur de l’ONU avait désigné comme criminels de guerre.  A-t-on le sentiment que quoique ce soit allé mieux ensuite ? Ce qui est en train de se passer n’est-il pas en tous points pire que la guerre de 2009 ? Vouloir parler d’autre chose, d’autres dénominations, c’est une façon préventive de refuser ensuite d’être obligé de tirer les conséquences de l’accusation de ces crimes. L’épreuve de vérité est là. La visite en Israël de la présidente de la Commission Européenne, incapable du moindre mot de compassion pour les Palestiniens, complète le tableau du sens que la vieille Europe, ainsi représentée, donne à ce conflit. Encore et toujours la théorie du « choc des civilisations ». Une partie du monde anglo-saxon organisé autour des Etats-unis y trouve peut-être son compte. Mais la France y joue, face au monde, jusqu’à son identité de nation laïque. Et dans le bassin Méditerranéen dont elle est riveraine, elle s’aliène des millions de francophones que ce comportement menace et dégoûte. Tous ont compris que la théorie du « grand remplacement » est du pur jus ethniciste dont se nourrissent les amis du « choc des civilisations ». Elle est aussi le justificatif d’une action contre l’ennemi de l’intérieur comme l’a exposé avec sa légèreté habituelle le député des Français de l’étranger Meyer Habib. Cette toile de fond ne doit pas être perdue de vue quand on s’intéresse sérieusement à la façon dont s’organisent les esprits et les décisions des importants de la classe médiatico-politique. Surtout quand elles sont à l’œuvre sur le plan international depuis plus d’une décennie.    

À sa manière, le traitement dont je fais l’objet en est la preuve. La mauvaise foi qui accuse mes propos est une signature collatérale de la bataille médiatique en cours. Comment face à mes propos clairs et précis tenir la ligne de mystification qui prétend m’accabler ? L’ampleur du mensonge la force de la violence déchainée contre nous et contre moi, sont un marqueur autant qu’un signal. La sottise de leur façon de faire est de se croire performante. C’est l’inverse qui se passe en profondeur dans les milieux populaires. Certains en ont conscience. D’où les questions bidons portant sur des positions qui sont à l’inverse des nôtres dans des « sondages » tout aussi bidons. Ça fait impression sur ceux qui sont impressionnables. Pour eux l’enjeu est de convaincre une petite strate dans les intellectuels de gauche. Et aussi dans l’opinion des classes moyennes supérieures pour les rallier à « l’arc républicain » et au slogan « plutôt Le Pen que Mélenchon » désormais assumé publiquement par le précédent Président du « Printemps Républicain ».  

Mais je ne renonce pourtant pas à parler à tous et aussi à ceux qui ont cru de bonne foi aux charges faites contre nous. J’appelle donc les gens que les faits intéressent à écouter la partie consacrée au sujet dans les deux conférences que j’ai tenues à Bordeaux et Toulouse. Mais plus simplement j’invite à lire à présent au calme et texte en main le tweet qui me vaut d’être accusé « d’apologie du terrorisme » par « Le Point » sans oublier les bonnes âmes du « Monde » et autres meutes du « service public ». Voici ce que j’ai écrit.

« Toute la violence déchaînée contre Israël et à Gaza ne prouve qu’une chose : la violence ne produit et ne reproduit qu’elle-même. Horrifiés, nos pensées et notre compassion vont à toutes les populations désemparées victimes de tout cela. Le cessez-le-feu doit s’imposer. La France doit y travailler de toutes ses forces politiques et diplomatiques. Les peuples palestinien et israélien doivent pouvoir vivre côte à côte, en paix et en sécurité. La solution existe, celle des deux Etats, conformément aux résolutions de l’ONU. ». Vu ? Où est ce dont on m’accuse ? 

Je suis très inquiet pour la suite des événements à Gaza. Je redoute que le gouvernement actuel d’Israël y déploie une stratégie de nettoyage ethnique et de crimes de guerre méthodiques. Des dizaines de milliers de gens vont périr. Sans recours, ni secours. Cela tant par les méthodes que par les armes employées, cette fois-ci encore, comme au temps de « plomb durci ». En attestent tous les retours de terrains publiés dans la presse et les images diffusées par divers canaux.

Je ne suis pas trop inquiet pour la suite des évènements en France. Je fais confiance au jugement du peuple que tout cela intéresse. Je suis persuadé qu’après avoir fait leur ramassage de voix communautaires dans la droite et l’extrême droite, les gouvernementaux macronistes devront en revenir à la position politique française traditionnelle. Tous viendront à notre position du premier jour, comme je l’ai indiqué dans mes deux conférences : cessez le feu, libération des otages, corridor humanitaire, jugement de tous les criminels de guerre, solution politique à deux Etats. Pourquoi en suis-je si certain ? Parce qu’il n’existe aucune autre solution à part un cycle de guerres sans fin et toujours contagieux dans la région. Et de cela personne ne peut vouloir sauf des gens peu réalistes et très perturbés psychologiquement. J’ai bien noté les propos d’Emmanuel Macron à la réunion des chefs de partis quand il a déclaré ne pas partager la phrase de la présidente de l’Assemblée Nationale sur le « soutien inconditionnel à Israël ». J’ai été bien espanté d’apprendre son motif pour refuser d’inclure le Qatar comme financeur exclusif du Hamas comme le souhaitait Eric Ciotti en déclarant (selon « Le Parisien ») qu’Israël avait été « le plus important financeur du Hamas » ! Une information dont je ne sais d’où il la tient. Peut-être du journal israélien Haaretz qui rapporte une citation de Netanyahu devant les députés du Likoud en 2019 : « Quiconque veut contrecarrer la création d’un Etat palestinien doit soutenir le renforcement du Hamas et transférer de l’argent au Hamas. Cela fait partie de notre stratégie. ».

Emmanuel Macron va revenir à la raison sans doute. Tout son barouf s’épuisera alors comme « un pet de nonne sur une toile cirée » selon une pittoresque expression entendue du Président Mitterrand qui narguait devant moi certaines gesticulations au PS. Bien sûr ce sera une tout autre affaire que celle de la reconnaissance des crimes de guerre et crimes contre l’humanité et de la punition des criminels. On verra alors tout le petit monde de la bonne conscience regarder ailleurs et se dépêcher d’inventer de nouvelles lapidations de diversion contre les Insoumis. D’ici là, certes, il n’y aura pas eu une voix chez les bien-pensants pour dénoncer le procédé dont nous avons été les victimes, la volonté de faire taire quiconque ne répète pas les mots choisis par on ne sait quel quartier général, ni l’incroyable exception mondiale du silence de l’officialité dès qu’il s’agit du droit des Palestiniens même pas à un Etat, mais juste à être considérés comme des êtres humains ayant des droits humains fondamentaux. 

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