22.10.2023

 « Tuer le père » 

J’écris avant mon départ pour l’Afrique centrale. Je prends l’avion en direction du pays francophone le plus peuplé du monde, la République Démocratique du Congo (RDC). J’ai à y faire, à l’occasion de la parution de mon livre « Faites mieux ! » et des invitations que j’ai reçues pour présenter plusieurs thèses de son contenu.

En fin de semaine, une fois de plus, les Insoumis se sont déployés dans l’action sur je ne sais combien de points dans le pays : manifestations pour la Paix en régions, collectes de vivres et soupes populaires, colloque à Paris de l’Institut La Boétie sur l’extrême droite, session du cursus renforcé, manifestation contre l’A69… Et dimanche ? Nous étions avec les 30 000 de la place de la République pour le cessez-le-feu à Gaza et la fin des massacres. Et cela au moment où O. Faure ratait son propre « rassemblement », place du Châtelet, avec moins de participants que d’élus socialistes dans Paris. À son appel, le PS et le PCF refusaient de se joindre à l’appel « Halte au massacre ! Pour un cessez le feu immédiat » de la CGT, FSU, Solidaires, FO Île-de-France, du Mouvement pour la paix et d’une centaine d’organisations dont nous, La France insoumise, représentée sur place par des centaines de militants et nombre de ses députés en écharpe. Ce fut pourtant un rassemblement place de la République et dans quatre villes de France, qui signent le succès d’une nouvelle saison de l’opinion désormais dominante en France.  

Yaël Braun Pivet à Tel Aviv, ce n’est pas l’Assemblée nationale française et encore moins le peuple français. Surtout pour tenir les propos indignes qu’elle y a tenus. Après quatorze jours de bombardements aveugles et de crimes de guerre ininterrompus à Gaza, tout ce qu’elle fait et dit là-bas fonctionne comme autant d’encouragements au massacre. Elle le sait, elle le fait volontairement. Elle y porte les couleurs du clan des « faucons » macronistes, identifiés par Médiapart, portant haut et fort le « soutien inconditionnel » à Israël, c’est-à-dire l’approbation de tout ce que le gouvernement de ce pays décide de faire, qui que ce soit qui gouverne, et quelle que soit la politique mise en œuvre. Le président et la secrétaire générale du groupe parlementaire sont à l’unisson avec la présidente de l’Assemblée et la Première ministre : « les massacres oui ! mais « forts et justes » ! ».

Les médias en France ont placé le conflit Israël Palestine au sommet de la hiérarchisation de l’actualité. Tout est submergé depuis. Tout le reste est relégué au fond du tiroir. Même le feuilleton ukrainien. Dans ces conditions, le nouveau 49.3 passe donc comme une formalité, alors même que le gouvernement aura été battu sur tous les votes en commission des finances. Ainsi sont effacées du tableau les causes sociales qui avaient pu résister à l’étouffoir du précédent matraquage médiatique sur l’Ukraine. Adieu l’inflation, les punaises de lit, la première lutte anti-autoroute de notre histoire avec le combat contre l’A69, et les mille et une maltraitances sociales que les députés et les comités LFI dénoncent. Malgré cela, la fanfare médiatique ne peut cacher comment, progressivement, ce spectacle a glissé hors de son champ de départ. Elle se concentre désormais sur les conséquences en France et dans le monde de l’alignement de toute la sphère politique parlementaire française, sauf LFI, sur le « soutien inconditionnel à Israël ». Cette ligne est portée haut et fort par la macronie et notamment le petit groupe d’illuminés qui la dirige à l’Assemblée nationale. Cela au moment où tout le monde se convainc de la responsabilité des crimes de guerre commis par le gouvernement Netanyahu. Chacun peut constater en effet l’absence totale de condamnations par ceux qui, la semaine précédente, dénonçaient si bruyamment ceux du Hamas. 

Tout le monde ressent progressivement combien cette indignation à géométrie variable contient une trame raciste à présent évidente. À présent, tout le monde voit aussi que seule LFI, sur la scène politique, condamne tous les crimes de guerre sans exception, quels que soient leurs auteurs. On avait observé physiquement cet alignement inconditionnel avec le gouvernement Netanyahu lors des applaudissements dans l’hémicycle, de Roussel à Le Pen, lorsque la présidente de cette Assemblée, Yaël Braun Pivet, a utilisé cette expression hors du commun en politique française. Les bras croisés, les députés LFI avaient été aussitôt copieusement mis en cause par les répondeurs automatiques médiatiques. À présent, la dite présidente glapit des slogans meurtriers à Tel-Aviv, un « voyage de soutien à Israël ». Emmanuel Macron aligné sur les USA a cessé d’exister sur cette scène. De son côté, le ministre de l’Intérieur a organisé une sorte de croisade dans nos frontières au nom de la lutte contre le terrorisme au Proche-Orient, et pense ainsi masquer ses échecs dans la lutte contre les vrais actes de terreur ici en France, comme ce fut le cas à Arras.

Je me suis exprimé en détails sur le fond des évènements que nous vivons à l’occasion de plusieurs tweets et deux introductions de conférence à Bordeaux et Toulouse. Les extraits (1er extrait, 2ème extrait, 3ème extrait) et l’intégrale de ces conférences ont été vus au total dix millions quatre cent mille fois. Je pense que vous disposez avec cela des moyens de faire connaitre, si vous le souhaitez, ces arguments sur vos propres boucles de messagerie. Quatre de mes tweets ont réalisé entre deux et quatre millions de vues par exemplaire sur l’ensemble des réseaux. Et au bout du compte, pour tous mes tweets sur le sujet, un total de quatorze millions et demi de vues. Plus de deux fois un journal de 20h de TF1. Je crois ainsi avoir été entendu tout en gardant la maitrise de mon agenda et de mon expression. Toute autre intervention médiatique se déroulerait comme on le devine : coupures ininterrompues, provocations pour me proposer de « regretter », « répondre à ceux qui disent », sans oublier la liste de « même vos amis truc et muche disent que… » bla-bla-bla. On l’a encore vu récemment, dès le début du conflit. C’était à l’entrée de ma conférence à Bordeaux. Donc piégeur et inutile. D’autant que l’audience, à l’écrit comme à l’audiovisuel, de l’officialité est trop résiduelle par rapport à nos propres moyens de diffusion. Je ne dirai donc rien de plus à cette étape. Donc je pense me contenter pour l’instant de tweets au fil des circonstances pour continuer à participer aux combats. D’où aussi le laconisme de ce post.  

Sous le bombardement médiatique, les animateurs du mouvement Insoumis appliquent une tactique de combat déjà éprouvée par les tempêtes médiatiques précédentes. Il s’agit de s’appuyer sur l’énergie de la conflictualité. Et ce que nous avons vu se produire en moins de deux semaines nous en confirme la validité. L’opinion se retourne, et notre angle de vue, bien énoncé et bien délimité, se partage toujours davantage. Il le fait à proportion des efforts entrepris par l’officialité médiatique pour le nier, le défigurer, le falsifier. Sans oublier la masse d’injures qui captent l’attention des indifférents et les poussent à se renseigner. Et le résultat suit. Le point de vue qui l’emporte désormais, c’est celui de la condamnation de tous les crimes de guerre, quels qu’en soient les auteurs, et de la demande du cessez-le-feu immédiat. Donc l’exigence de voir un terme à leur impunité. Et pour le reste, tous les mots d’ordre défendus par nous sont actuellement repris de tous côtés. Et cela autant par les effrayés du début que par les repentis de la complicité silencieuse. Comme prévu. Et comme d’habitude les contorsionnistes se seront ridiculisés.

L’assaut des médias, alignés sur la fachosphère française et israélienne, n’a été à aucun moment une surprise. Cependant, aucun pays au monde, pas même Israël, ne connait un alignement médiatique aussi exclusif et violent qu’en France. Ni un tel strict alignement de sa caste au pouvoir. L’origine de cette singularité sera sans doute identifiée un jour par les chercheurs en sciences sociales et politiques. N’empêche, c’est plutôt l’isolement de ce point de vue dans la société française qui aura été plutôt notre étonnement. Le saut dans le vide des organisations « partenaires » dans la NUPES pour rompre la coalition dans ce moment-là n’a pas été non plus une totale surprise. En effet, elle couronne de longues semaines d’attaques devenues totalement ouvertes au fur et à mesure de l’intensification des conflits internes de ces organisations. Mais reconnaissons, là encore, l’étonnement et un peu le malaise à voir que la question Israël-Palestine puisse être le prétexte choisi pour annoncer leur rupture. Certes, pour le PS ce n’est pas vraiment une surprise. Ce parti n’a plus de tête, mais son alignement atlantiste est connu de longue main. La ligne du soutien inconditionnel au gouvernement d’Israël (mâtiné des habituelles tergiversations typiques de ce courant politique) est certes assez spectaculaire dans le contexte actuel. Il y a eu les injures de Jérôme Guedj nous qualifiant « d’idiots utiles du Hamas », puis la participation ensuite d’Olivier Faure à la manifestation du Crif au cri de « Zemmour Président ! », et enfin les surenchères à la suite du conseil national crépusculaire de ce parti. Ces trois temps font une ligne.

Il est devenu clair que le point de non-retour est franchi. Les bases LFI savent donc qu’elles doivent se passer des députés qu’elles ont élues il y a un an. La menace de dissolution se précisant avec l’approfondissement de la crise politique, je recommande que le terrain soit occupé dès à présent sans pause autour de nos porte-paroles locaux. À mon avis, ce redéploiement devrait être général dans ce contexte. Mais le tournant de EELV et du PC a été un vrai évènement, imprévu par nous. Compte tenu du passé très attentif à la cause palestinienne de ces organisations, on s’attendait à autre chose de moins frontalement aligné sur ce sujet au moment du pire massacre de masse dans la région. La surprise ensuite, c’est la vitesse à laquelle chacun dévale la pente désormais prise. Ainsi au PCF, quand le secrétaire général Fabien Roussel met six heures à balbutier un vague soutien à la CGT du Nord, criminalisée à cause de son soutien aux Palestiniens. Et dans ce pauvre tweet il y a aussi un désaveu, récusant le communiqué à la base de l’arrestation du secrétaire départemental pour « apologie du terrorisme ». Puis quand Tondelier récuse les manifestations de soutien à la Palestine avec les arguments du RN. Certes, dans ce cas, il y aura eu une protestation des militants. Mais les excuses bafouillées ensuite par leur dirigeante font pitié et à maints égard aggravent son cas.

Dans la vieille « gauche d’avant », la dislocation politique est depuis quasi-totale. Qu’on en juge. Le PCF annonce sa sortie de la NUPES. Aussitôt son groupe parlementaire la refuse. Et, au contraire, confirme sa participation à l’intergroupe. Même si celui-ci a cessé d’exister à cause du PS. En effet, Olivier Faure et le PS étaient d’abord engagés sur la sortie pure et simple de la NUPES et le ralliement à une « nouvelle union de la gauche et des écologistes » proposée par Fabien Roussel. Puis O. Faure s’en est tenu finalement, de façon imprévue, à un incompréhensible « moratoire ». Ce n’était pas assez pour le groupe parlementaire du PS, de plus en plus aligné sur la droite de ce parti. Ceux-là en sont restés sur la ligne de la fin de la NUPES annoncée d’abord. Les députés PS, dont O. Faure, ont donc voté unanimement le départ de l’intergroupe parlementaire. Et même, par surenchère, le retrait du terme NUPES de son propre nom officiel à l’Assemblée. Mais trois jours plus tard, Olivier Faure improvise sur le plateau de France 3 la demande de former un « conseil politique de la Nupes ». Celui-là même qu’il avait refusé en septembre 2022… Illisible, incompréhensible. Quant à EELV, le parti annonçait lui aussi un « moratoire » sans préciser davantage à ce sujet ni les causes de sa décision, ni les conditions de la fin de cet épisode mystérieux. Mais aussitôt son groupe parlementaire a décidé tout autrement. Voyez : une voix pour la sortie de l’intergroupe, deux voix pour le moratoire et tout le reste pour la convocation d’une improbable…. « AG des députés NUPES ». Cette trouvaille se présente finalement comme une sorte de groupe unique. Mais il n’aurait aucun pouvoir de décision, sauf si les groupes actuels lui déléguait leur pouvoir. Et si cela avait lieu, que pourrait-elle décider qui s’impose aux autres ? A-t-on oublié que tous ont refusé au début de la mandature ma proposition d’un groupe unique ? Incompréhensible là encore.

À LFI, rien à signaler. Bien sûr, nous avons eu une candidature de plus à la présidentielle et l’expression du mécontentement du même quarteron de « mécontents de tout » depuis désormais un an. Mais c’est un bruit de fond devenu ordinaire. Le seul inconvénient réel est que le temps de parole dans les médias des personnes concernées est compté comme celui du mouvement, alors qu’ils parlent aussi pour attaquer durement le Mouvement. C’est évidemment très pratique pour les médias qui peuvent ainsi satisfaire deux obligations d’une seule pierre : continuer à critiquer « LFI et Mélenchon » tout en remplissant leurs obligations de répartition du temps de parole.

Tout cela participe d’une lapidation médiatique bien pilotée. Elle n’est pas innocente. Encouragé par cette ambiance, la fachosphère attaque dur, menace, agresse. La presse des 9 milliardaires en profite pour nous faire des numéros à peine discrets sur le thème « ils l’ont bien cherché », voire nous attribue pour s’en moquer une mentalité « de citadelle assiégée ». Quand le feu ralentit, les mêmes relancent la haine en parlant de notre « soutien au Hamas », « complicité du Hamas » et autres provocations. La menace prend une profondeur singulière contre Danièle Obono compte tenu de l’incitation raciste qu’elle contient. On l’a vu avec « Charlie ». Il est vrai que ce « journal » m’avait déjà assimilé au Hamas sur sa « Une ». En ce qui me concerne, le dispositif haineux est complété par un ciblage personnalisé dans la « gôche d’avant » qui me désigne comme cause de tous les problèmes. C’est la ligne proposée par l’éditorial du journal « Le Monde », les chroniqueurs de TPMP, CNews et de quelques autres. Pauvres en imagination, Olivier Faure au PS et l’ex-chroniqueuse Raquel Garrido en ont fait leur cheval de bataille. Un autre de cet acabit aura manifesté un humour, pas très délicat dans le contexte, en se plaignant du fait qu’il n’est pas simple de « tuer le père ». Tout cela forme un paysage. J’y occupe une place spéciale puisqu’il s’agit de m’éliminer. Politiquement bien sûr… Si je ne me fais pas tuer en route par la folie de quelqu’un qui aura pris au sérieux toutes ces divagations, j’en dirai bientôt davantage ici et en conférence pour tirer les leçons de tout cela pour la suite.

D’ici là je vais présenter mon livre en République Démocratique du Congo. Des images vous en viendront. 

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