Les insoumis et le patronat des PME proposent ensemble de changer les règles de la représentativité patronale !

C’était un événement. Il est sans précédent dans l’histoire de la gauche. Et bien plus encore dans celle de la gauche radicale. La rencontre avait lieu sous l’égide de l’Institut La Boetie. Un débat avec le petit patronat du pays. Ont accepté de venir échanger avec nous Laurent Munerot, président de la Confédération Nationale de l’Artisanat des Métiers de Service et de Fabrication (CNAMS), Jean-Christophe Repon, président de la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB), Amir Reza Tofighi, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), Michel Picon, président de l’Union des entreprises de proximité (U2P). Il s’agissait de procéder à une évaluation des idées en présence, convergence et divergences. La presse de haine contre nous y a vu une campagne pour gagner des voix dans le petit patronat. Comme si c’était une honte de chercher à gagner des voix. 

Que visons-nous ? Je veux donc l’écrire noir sur blanc ! Notre premier sujet est de préparer les conditions de l’exercice du pouvoir. Quand nous gouvernerons, comment nous y prendrons-nous avec l’économie productive ? C’est une question complexe. Mais vitale. Combien de fois la gauche dans le monde et en France n’a-t-elle pas buté sur sa totale impréparation sur ces sujets !

Nous avons donc entrepris graduellement de la démêler. Nous avons agi comme nous le faisons sur tous les sujets. Vous l’avez vu à propos des communes, de l’Espace, de l’agriculture et ainsi de suite. Nous avons posé un cadre d’analyse global, puis défini une stratégie économique. Et enfin cherché les partenariats pour la mettre en œuvre. 

Des petits patrons insoumis se sont aussi réunis avant le colloque. Il s’en était manifesté quatre cents après un appel sur nos réseaux. La moitié étaient des auto-entrepreneurs. Trente patrons d’entreprise de plus de deux salariés ont été réunis sur la base de la représentativité des régions et des métiers. C’est aussi une première dans la gauche radicale. 

Tout a une cohérence dans ce que nous entreprenons. Car nous préparons l’élection présidentielle mais aussi les municipales avec l’intention de gagner. Et donc nous nous y préparons. Nous avons toujours agi avec cette méthode depuis 2012. Évidemment la crédibilité de cette thèse s’est considérablement accrue au fil des élections à mesure que nos scores nous rapprochent de l’objectif. Cette différence de méthode nous sépare de la petite gauche traditionnelle et de l’ignorance des rubricards de la gauche dans l’officialité médiatique. 

Notre soucis numéro 1 n’est donc pas le résultat électoral dans le milieu des petits patrons. C’est plutôt quel accord nous pouvons avoir avec ce milieu dans l’exercice du pouvoir. Pour quoi faire ? Pour mettre en œuvre le plan et créer les filières sur lesquelles reposent notre politique productive. Vaste sujet, étant entendu que le plan à des objectifs de volume de production mais aussi de qualité écologique et sociale de celle-ci. 

C’est un travail au long cours. C’est pourquoi nous avons besoin de temps avant l’élection. Car ce n’est pas après une victoire que l’on aura le temps d’y réfléchir. Ce sera le temps de l’action. En commençant par le travail sur le programme on gagne du temps et de l’efficacité. C’est dire comme nous prenons peu au sérieux l’exercice de la primaire de la « gôche » PCF, PS, EELV, Apres-Debout qui renvoie à l’après 11 octobre 2026 la définition éventuelle d’un programme commun. 

Ce qui a été la surprise de la journée c’est évidemment sa conclusion. Le colloque s’est conclu sur la suggestion des syndicats patronaux d’un projet de loi transpartisane sur la représentativité patronale. LFI s’est engagé à mener cette action parlementaire. La convergence s’est faite facilement pour l’accepter côté LFI car cette question avait été soulevée dans notre campagne présidentielle de 2017. Il s’agit en effet de répartir différemment entre composantes du patronat le contingent des actuels sièges patronaux dans les organismes paritaires en tous genres. Ce serait une révolution démocratique dans le « dialogue social ». Car pour l’instant il est dominé par le droit de veto du MEDEF dans la négociation sociale. Tout commence avec le déséquilibre actuel de la représentation de la partie patronale. 

En effet, il n’y a pas d’élections pour fixer la représentativité des organisations patronales. Elle est fixée aujourd’hui et tous les 4 ans selon deux critères. D’un côté 70% selon le nombre de salariés de toutes les entreprises adhérentes à un syndicat patronal. De l’autre 30% selon le nombre d’adhérents de ce syndicat. Comme les 149.000 entreprises du Medef ont bien plus de salariés, cela confère au Medef une place écrasante dans les instances. Pourtant, le Medef est celle qui compte le moins d’adhérents parmi les trois organisations patronales reconnues comme représentatives. 149 000 au total en 2025. Pendant ce temps, ils sont 221 000 pour l’U2P et 243 000 pour la CPME ! Dans les conseils de prud’hommes, chargés de régler les conflits de droit du travail, le Medef écrase toutes les organisations patronales. Au total, toutes sections confondues, il comptabilise dans le pays 46 % des sièges dévolus aux organisations patronales : 144. C’est autant que le nombre de sièges détenus par la CPME et l’U2P ensemble ! Dans l’industrie, le déséquilibre est encore plus profond, puisque le Medef concentre 60 % des sièges. Quant à l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (UDES), elle comptabilise toutes sections confondues 4 % des sièges attribués aux organisations patronales, alors même qu’elle représente 14 % de l’emploi privé. Du point de vue de LFI, le déblocage de la représentativité patronale peut rendre possible une plus grande fluidité des négociations sociales nationales en retirant au MEDEF son droit de veto de fait. Le syndicat de petit patrons l’U2P, propose comme règle 50% selon le nombre de salariés, 50% selon le nombre d’adhérents. Ce sera notre base pour la proposition de loi transpartisane. 

En plus de l’objectif gouvernemental, il y a d’autres faits pris en compte par notre démarche. Il est clair que, dans le scénario habituel de la gauche radicale ou de la « gôche », le sujet « patrons-entreprise- actionnaire » est le thème d’une globalisation dans le vocabulaire : ce serait tout du pareil au même. Dès lors il n’y a d’autres cibles de dialogue que d’une part les salariés (les syndicats « ouvriers ») et de l’autre des actionnaires (Le Mouvement Des Entreprises de France, Medef). Nous ne raisonnons pas comme cela. La financiarisation du capitalisme et la mondialisation de la production fragmentent ce tableau. Le patronat financier, mondial, local et de proximité ne forme en aucun cas une classe sociale homogène ni économiquement ni socialement. Cela donne donc une opportunité au pouvoir planificateur collectiviste pour assurer une base productive nationale là où règne actuellement une décomposition nationale « cannibale » par la base.

La « Nouvelle France » patronale c’est aussi cette fragmentation à la base. Elle soulève des problèmes spécifiques considérables. Patronat et actionnariat ce n’est pas la même chose. Patronat de la finance et patronat de la production ce n’est pas pareil du tout. De même, petits patrons et artisans, ce n’est pas la même chose. Et entre petit patrons non plus ce n’est pas pareil entre auto-entrepreneur, micro-entrepreneur et entreprise de plus d’un salarié. Car une « entreprise » sur deux ne compte qu’un salarié ! C’est cette fragmentation qui est au point de départ de notre réflexion stratégique. Celle-ci a commencé dans notre colloque sur le travail (« la valeur du travail à quel prix » ?) L’introduction avait secoué bien des certitudes à propos des motivations des travailleurs uberisés par exemple. Cette introduction avait été faite par Maud Simonet, sociologue du travail, spécialiste du travail gratuit et non rémunéré qui vient de rejoindre le comité scientifique de l’Institut La Boétie. Elle montrait des raisons d’agir imprévues par la doctrine classique en phase avec la nouvelle étape de la société urbaine.

Pour nous la question du Plan et du « marché néolibéral » se pose donc tout autrement actuellement. La frontière du capital et du travail se déplace politiquement une nouvelle fois comme au début du capitalisme et du mouvement ouvrier où elle laissait en place des « marges » instables dans l’artisanat, le « façonnage » ou l’agriculture. Pour LFI il y a un intérêt à proposer de rééquilibrer la représentativité patronale. C’est de retirer au MEDEF son droit de véto de fait. Donner plus de poids au patronat des petites entreprises de proximité c’est s’ouvrir à la nouvelle France du travail. Elles sont plus de 4 millions en France ! Et en 10 ans, elles ont permis la création nette de 700.000 emplois, quand les grandes entreprises en détruisaient 200.000.

L’actualité simplifie l’observation. Le marché néo-libéral tel que défini et mis en œuvre depuis les années 1970 a été effacé par les USA depuis la politique de Biden puis celle plus tranchée de Trump. Désormais – peut être à cause du modèle chinois vainqueur sur le plan économique – s’ouvre une nouvelle attraction dans les sphères du capital national pour le plan, le protectionnisme discriminant, le contrôle des prix et celui des approvisionnements. Ce que l’on a nommé « le compromis social » est-il possible sans tenir compte de l’évolution de toutes ces réalités ? LFI s’est attaché à penser la nouveauté.

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