Je peux dire que cette semaine a été agitée et riche en événements à petit bruit, mais de longue portée. Certes, la quasi-totalité d’entre eux a été effacée par la légitime colère et angoisse que crée dans notre peuple la hausse monstrueuse des prix du carburant et la déroute embourbée des USA et d’Israël dans la guerre contre l’Iran. Mais la bataille de LFI pour le blocage des prix renforcée depuis par la prise de position de la CGT dans le même sens est bien connue par les prises de position publiques de nos porte-parole. J’y reviens pourtant en fin de ce post.
Samedi à 14 heures rassemblement à Saint-Denis à l’appel du maire Bally Bagayoko contre l’offensive raciste à laquelle son élection a donné lieu dans les médias comme CNews et BFM et les réseaux qui les ont alimentés. J’y serai comme beaucoup d’autres. Mais j’y serai dans la singularité de l’autorité du mouvement qui a porté à la fois l’honneur du bon choix des listes qu’elle a soutenue pour construire l’effet de bascule sociopolitique observé et celui de partager les injures de la classe médiatico-politique qui a déclenché la campagne raciste. Une question du « Parisien » dans l’interview de Manuel Bompard sur tout autre chose retient l’attention. Question du Parisien « Vous comprenez que le concept de Nouvelle France puisse inquiéter ? » On comprend qu’il s’agit d’inclure notre expression dans l’obsession racialiste que souhaite instaurer ce type de média après tant d’autres. On devine ce qu’ils veulent dire et faire craindre : une France des noirs et des arabes dont ils font un prétexte à panique raciste pour l’exploiter électoralement. La réponse de Manuel Bompard est parfaitement adaptée à ce genre de manœuvre de bas étage : « Il n’inquiète que ceux qui font semblant de ne pas le comprendre. La Nouvelle France, c’est toute la France. C’est le peuple français tel qu’il est aujourd’hui : féminisé, précarisé, créolisé ».
Mathilde Panot et Bastien Lachaud portent depuis de longs mois le combat de LFI en soutien à l’action du FLNKS en Kanaky-Nouvelle Calédonie contre le coup de force tenté par Macron contre le déroulement du plan de décolonisation signé et adopté par le vote des Français au bénéfice des populations de l’archipel. Et en premier lieu du peuple premier, les Kanaks, cela va de soi. Ce jeudi, une motion de rejet insoumise était prévue pour le vote de l’assemblée. Le groupe LFI a pensé qu’il était juste et digne de la France que cette motion soit présentée par le député Emmanuel Djibaou pourtant inscrit au groupe Communiste. Ainsi en a-t-il été. La motion a été adoptée. J’avais tenu à être présent dans les tribunes de l’Assemblée pour ce moment historique. En effet, j’ai suivi ce dossier comme parlementaire depuis 1986. Et depuis mon retrait du parlement j’ai été constamment associé au travail de mes camarades sur le sujet. Panot et Lachaud lui ont donné un élan singulièrement puissant. Et ils ont établi des relations de très haut niveau avec les nouveaux dirigeants kanaks du FLNKS. J’ai eu le bonheur d’être invité sur la photo que les ultramarins de gauche ont fait sur les marches de l’Assemblée. C’était un moment de grande plénitude dans ce long combat de décolonisation. La joie tranquille qui se lisait sur les visages en disait long à ce sujet.
Le calendrier normal des votes sur le territoire peut reprendre son cours, à corps électoral constant, ce qui était le cœur de l’enjeu du moment. La Kanaky-Nouvelle Calédonie aura donc des instances vraiment représentatives, sans arrangement de composition du corps électoral pour négocier ce qui doit l’être encore dans la suite de l’histoire de sa décolonisation. « Refuser ce texte, c’est refuser un nouvel acte de la longue histoire coloniale en Kanaky-Nouvelle-Calédonie, a déclaré le député Insoumis Bastien Lachaud dans l’explication de vote du groupe Insoumis. Déjà en mai 2024, vous avez tenté d’imposer le dégel du corps électoral, sans accord consensuel préalable. Votre inconséquence a déjà causé 15 morts. Pourtant vous tentez de passer en force pour imposer le projet dit « de Bougival ». Le consensus n’est pas là. Trois parlementaires de Nouvelle-Calédonie sur quatre refusent de voter ce texte. La commission des lois en a rejeté tous les articles. Dès lors, discuter de « Bougival » dans cet hémicycle revient à saper les engagements pris par l’Etat lors de l’Accord de Nouméa en 1989. A saper le crédit même de la Constitution. Vous avez tenté par deux fois une révision constitutionnelle sans consensus. (…) C’est pourtant bien le peuple premier, et lui seul, qui dispose d’un droit à l’autodétermination reconnu par le droit international. Et si ce peuple premier a accepté de partager ce droit à Nainvilles-les-Roche, cela n’autorise pas tout. Le consentement de ses représentants légitimes est une condition nécessaire à tout accord ! Vos coups de force et votre parti pris affiché pour le camp anti-indépendantiste rendent ces conditions de plus en plus difficiles à réunir. Vous en portez la responsabilité historique. Tant qu’un nouvel accord consensuel n’est pas trouvé, l’accord de Nouméa s’applique sans limitation de durée. La prétendue urgence institutionnelle que vous agitez n’existe pas. Cette révision constitutionnelle est un acte colonial chimiquement pur. La seule issue conforme à la parole donnée par l’Etat est de convoquer les élections provinciales, d’abandonner « Bougival ». C’est la seule solution pour tirer l’archipel de l’abime dans lequel vous l’avez plongé en mai 2024. »
Évidemment l’adoption de la motion de rejet renvoie la conclusion d’accords sérieux et durables aux lendemains des élections de 2027. Candidature alors quel atout est pour la France comme pour le peuple calédonien la victoire de notre candidature à l’élection présidentielle. Elle seule ouvre un chemin cohérent, non violent et mutuellement accepté.
La France est-elle toujours une démocratie ? Il y avait déjà la négation du résultat des élections de 2024, la reconduite de trois premiers ministres sur la même ligne pourtant rejetée par l’Assemblée nationale. Ce n’était pas rien. Puis sont venus les abus de pouvoir de toutes sortes et les faillites d’autorités mettant en cause les libertés publiques. C’est ce traquenard à Lyon suivi sans aucune réaction minute par minute par la police sans aucune action pour l’empêcher. Et alors même que chaque détail était connu et même photographié par le renseignement le ministre fit mine de croire à la version qu’il laissa colporter du pauvre jeune homme catholique traditionnaliste passant par hasard et pris en chasse par le commando de l’extrême gauche. Puis se déchaina la mise en cause d’un député insoumis, Raphaël Arnault, pourtant absent sur les lieux des faits et tout à fait visible dans l’hémicycle de l’Assemblée au même moment. C’était là quelque chose qui ressemblait beaucoup à une sorte d’opération coordonnée au sommet de l’État et bien insérée dans le calendrier des municipales.
Puis arriva une nouvelle présentation de la proposition de loi Yadan assimilant au racisme la critique de la politique d’un pays étranger pourtant génocidaire. Ce fut une tentative pour imposer par surprise un nouvel agenda parlementaire et faire voter à la hussarde le texte. La manœuvre a révulsé tout l’hémicycle, présidente de l’assemblée inclue ! Il faut dire qu’en plus du reste déjà inacceptable, Yadan avait annoncé à des amis par mails la date du débat encore inconnue alors. On mesure le côté sûr de soi et maîtresse de tout de la députée des Français de l’étranger. Ce texte fait l’objet d’une contre pétition qui rassemble largement l’opinion démocratique du pays y compris chez les plus ambigus de la période récente. Au lendemain du vote de la loi en Israël sur la peine de mort réservée aux palestiniens il existe désormais un immense dégout pour tout ce qui concerne l’accompagnement des persécutions anti palestiniennes. La loi Yadan fait donc littéralement exploser de l’intérieur certains groupes de l’assemblée. Le groupe insoumis, sous l’efficace conduite de Mathilde Panot, a permis que la modification de l’ordre du jour ne se fasse pas. Pendant ce temps, d’autres pensaient que tout irait comme prévu. La cabale contre Rima Hassan a-t-elle pris son élan dans cette confusion, avec la certitude que la loi Yadan serait adoptée à l’heure de la garde à vue ? Cela coïncide avec les horaires.
Il est vrai que Rima Hassan est une proie obsessionnelle pour les réseaux de Netanyahu en France. Ils sont très actifs comme l’a prouvé la révélation de l’activité anti LFI de l’agence de propagande israélienne Elnet pendant les élections municipales comme signalé par le service de renseignement de notre Etat. Bien sûr, le gouvernement n’a rien fait. La justice non plus. L’un et l’autre tolère, on se demande pourquoi, les activités d’infiltration des émirats arabes-unis. Rima Hassan est tout ce que ce type de gens haïssent. Leurs dénonciations à répétition, leur interprétation de la présence judiciaire leur ont permis de faire ouvrir 16 procédures contre Rima Hassan sur simples dénonciations des amis de Netanyahu. Heureusement 13 ont été classées sans suite depuis. Mais trois sont renvoyées en correctionnelle. Personne ne semble se soucier de l’effet de harcèlement. N’importe où ailleurs dans le monde cela provoquerait des tollés. Ici en France on dirait que la justice est devenue un distributeur automatique, sans souci de la vocation d’apaisement inclus dans sa mission au service de la société. Ainsi quand elle a encouragé par une relaxe pour une injure portée contre nous LFI et reconnue comme telle par elle. Elle a ainsi adressé ainsi un signal d’autorisation depuis largement utilisé contre nous pour nous insulter. J’avais prévenu mes amis : porter plainte même dans un cas aussi « évident » (l’auteur nous avait traité de « con », « dégénéré », « mains au cul » et « passionnément antisémite ») c’est s’exposer à ce type de jugement complaisant pour le communautarisme de nos adversaires. Car eux mènent de leur côté une activité hautement concertée qui ne renonce à aucune pression sur qui que ce soit. Raison pour laquelle nous n’avons pas fait appel et ne nous adresserons plus jamais au recours « justice » puisqu’elle n’existe plus pour nous.
Hier encore Rima à du subir 15 heures de garde à vue. C’est la troisième fois qu’elle passe plus de dix heures d’interrogatoire par les intellectuels des commissariats qui semblent lire une longue liste prévue d’avance de questions sans qu’aucun juge n’y trouve à dire et encore moins à redire. Cette fois-là encore, une fuite mensongère sur un usage de drogue donna lieu à un flot de bandeaux télé et visuels de presse écrite. 12 fois de suite sur BFM ! Aucune fuite n’est jamais poursuivie on le sait alors qu’il s’agit d’un délit. Il est vrai qu’il faudrait dire si son origine est dans la police ou dans la justice. En tous cas BFM, la télé de l’armateur, est désormais bien repérée pour le relais de la fachosphère qu’elle effectue. Aussitôt Manuel Bompard face à la cabale mensongère, a exigé des enquêtes administratives diligentées par Laurent Nunez et Gérald Darmanin “pour déterminer comment il est possible qu’une garde à vue soit suivie en direct sur la base de fuites propageant de fausses informations.”. Le coordinateur national de LFI s’est rendu devant la rédaction de BFM et sa réaction mérite d’être connue de mes lecteurs qui l’auraient manquée.
Harcèlement judiciaire, garde à vue au mépris de l’immunité parlementaire, policiers tantôt bavards tantôt inactifs devant un traquenard de Nemesis comme à Lyon, tout cela commence à sentir très fort le retour des méthodes de barbouzes d’une autre époque. Le pompon, ce fut l’interdiction la veille de la 40e édition d’une rencontre annuelle des musulmans pour des raisons extérieures à elle. À la demande des Émirats Arabes Unis dans le cadre de leur infiltration en France contre les Frères musulmans ? Non ! La cause : il serait menacé par l’extrême droite ! Heureusement, la mesure a été aussitôt annulée par la justice. Mais les médias ont tous, sur tous les sujets, fidèlement relayés tout sans recul. Là-dessus, la justice renvoie Rima Hassan et son tweet en correctionnelle en juillet, le jour de la décision rendue dans le procès fait à madame Le Pen. À la date du 16 septembre, arriveront les deux autres pour être bien certain de leur effet pour ouvrir l’année de la présidentielle. Alarme média et fausses fuites : la méthode a été inaugurée pour les municipales à Marseille comme on le sait. Aucune suite évidemment. Voilà la France que nous sommes devenus sous Macron : une barbouziére à ciel ouvert. Il est prévisible que la prochaine présidentielle sera un bain de boue.
Jeudi 9 avril à 19h, l’Institut La Boétie inaugure un nouveau format de travail : les « Dialogues de l’ILB ». Il s’agit d’une série de discussions pour mettre sous la lumière des thèmes transversaux qui interrogent la pensée théorique de la gauche contemporaine. Libre de tout objectif immédiat ou d’implication politique concrète, la démarche vise à comprendre comment est constitué désormais l’espace des idées théoriques dans la gauche française contemporaine.
Pour cela, les co-présidents de l’Institut, Clémence Guetté et Jean-Luc Mélenchon animeront dans un premier temps les dialogues avec les figures des responsables des partis de gauche puis les personnalités engagées qui accepteront ce type de libre échange.
Ces discussions seront organisées dans les prochaines semaines à Paris et seront retransmises en direct. Elles ont pour ambition de permettre un débat apaisé mais exigeant sur plusieurs grandes questions qui traversent la gauche française aujourd’hui – écologie, crise économique, travail… – pour préciser le cadre intellectuel dans lequel les alternatives possibles aux politiques actuelles sont pensées par chacun.
Nous avons l’honneur de recevoir Stéphane Peu, président du groupe communiste à l’Assemblée nationale pour cette première édition des « dialogues de l’ILB ». Le thème large, en interrogeant le point de vue communiste sera le sujet central de cette pensée dans l’histoire : « Le capitalisme peut-il avoir une fin ? ».
On peut penser que les points de vue aborderont les crises que traverse notre modèle de production dans le monde et en France, de l’actualité des luttes de classes, de la voie pour mettre en œuvre une planification écologique et sociale réussie ou encore des manières d’émanciper le travail. Mais, bien sûr, l’initiative de notre invité restera entièrement libre à tout moment du dialogue.
Qui peut payer la facture de la flambée des prix du carburants? Résumons l’alternative : ou bien les multinationales de l’énergie — dont Total Energies, quasi-monopole du raffinage en France — ou bien les citoyens et les petites entreprises ? Soyons directs. L’entreprise dispose d’une capacité d’absorption considérable qui rend le blocage de ses prix financièrement tenable. Car ce sont bien les compagnies pétrolières, dont Total, qui profitent avant tout de la guerre. En effet la grande distribution pratique des marges quasiment nulles (1 à 2%) sur ses stations services. Mais l’essence et le gasoil qui se trouvent actuellement dans les cuves des stations services ont été extraits au minimum plus d’un mois avant le début de la guerre ! Ils ont donc été achetés, puis transportés et raffinés à une période où les cours étaient bien plus faibles. Voilà pourquoi selon le Financial Times, Total vient de réaliser déjà près d’1 Md de profits en un seul mois après avoir acheté tout le pétrole brut produit aux Émirats arabes unis et à Oman, disponibles à l’achat en mars pour chargement en mai. La société a profité de sa position pour rafler tout le pétrole qui passe ailleurs que dans le détroit d’Ormuz. Donc pas de risque de casse industrielle si on bloque ses prix.
On nous dit que cela va coûter de l’argent à l’État. Ce n’est pas vrai. L’État ne va pas débourser un seul centime d’argent public. C’est Total qui devra rogner sur ses marges. En réalité, ce sont toutes les autres solutions privilégiées qui coûtent de l’argent à l’État. C’est le cas d’abord du chèque énergie. Il fonctionne selon une logique simple : l’État paye la note ou la facture à la place des particuliers. Autrement dit, ce sont les contribuables qui financent les superprofits de Total. Le chèque énergie annoncé récemment par Sébastien Lecornu est en réalité une vaste fumisterie. Ce n’est pas un dispositif nouveau : chaque année à la même période, les ménages éligibles en bénéficient. Les budgets austéritaires réduisent d’ailleurs leur nombre : il y en a 1 million de moins cette année par rapport à 2024. D’autre part, le montant du chèque énergie n’est pas revalorisé, de sorte que cela n’absorbera pas l’explosion des prix à la pompe. Quant à la baisse de la TVA demandée notamment par le Rassemblement national, c’est du même acabit : dans ce cas, l’État se prive de recettes fiscales au profit des compagnies pétrolières. Qu’il s’agisse du chèque énergie ou de la baisse de la TVA, aucun de ces dispositifs n’empêchera les prix d’augmenter : ils laissent tous deux les mains libres à Total pour imposer des prix à la hausse.
L’Insee prévoit déjà un retour de l’inflation au printemps et au cours de la deuxième moitié de l’année. Les prix de l’énergie et des transports seront d’abord concernés, mais cela va en réalité se propager à toute l’économie. Au secteur agricole notamment, qui est fortement consommateur de gazole non routier mais qui connaît également des difficultés à s’approvisionner en engrais. Plus globalement, il y a du pétrole partout dans ce que nous consommons, sous une forme ou sous une autre ! Les composants issus de la pétrochimie sont essentiels dans la chimie, les technologies, et dans de très nombreux secteurs de l’industrie manufacturière.
Et la nationalisation ? Cet épisode peut légitimement reposer la question pour cette compagnie ancrée dans l’histoire très profonde de notre pays. Dans la période récente Total, c’était une entreprise publique de 1924 à 1993, opérant en quasi-monopole sur le raffinage français. Tel est l’assisse qui lui permet de faire à présent des superprofits. Si la nationalisation permettait de monter à 67 % comme l’Etat le fait en Norvège avec Equinor, cela permettrait de capter 51 % de la richesse produite par Total au profit de notre peuple. Nationaliser permettrait de reprendre la main sur le secteur stratégique de la transition décarbonée de notre économie ! C’est-à-dire de réorienter les profits vers les investissements pour les énergies renouvelables et non sur la suite sans fin des énergies fossiles.
Comme on le voit, les crises offrent des opportunités de réflexion. Mais aussi pour des décisions qui paraissent alors plus naturelles aux opinions publiques.