Quelle doctrine géopolitique pour faire face au suprémacisme ?

Chaque semaine, l’Institut La Boétie dont Jean-Luc Mélenchon est co-président, édite une note intitulée « données et arguments ». Elle sert de référence pour les débats de formation dans les groupes d’action de La France insoumise. Cette note sera reproduite ici dans le but de documenter les mots d’ordre du mouvement et de permettre partout des débats argumentés.


Nous sommes au crépuscule d’un monde. Celui où les États-Unis, à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, régnaient sans partage sur la planète. Ce temps est révolu car la Chine s’impose désormais pour eux comme un rival. Elle est devenue la première puissance manufacturière mondiale en 2010 et la première puissance commerciale en 2013. Elle concurrence les États-Unis dans la maîtrise de la mondialisation, en développant ses propres infrastructures – physiques, numériques et monétaires. L’empire américain oscille alors entre déclin et impérialisme. La restauration de sa domination passée passe par la force : soutien au génocide à Gaza, guerre en Iran, kidnapping de Maduro, menaces d’annexion du Canada et de Cuba, invasion de fait du Groenland… Avec ses alliés, de Netanyahu aux gouvernements d’extrême droite d’Amérique latine, les États-Unis constituent un arc suprémaciste. Une nouvelle donne internationale s’annonce, où triomphe la loi du plus fort. À quelques mois de l’élection présidentielle, cela exige une réflexion éclairée sur la juste place de la France sur la scène internationale et sur les principes qui doivent présider à son action géopolitique. Depuis plusieurs années, les parlementaires insoumis incarnent, au gré de leurs déplacements, une autre voix de la France dans le monde. Aujourd’hui, la France insoumise se prépare à gouverner le pays. Avec une ambition : donner une orientation radicalement nouvelle à la politique étrangère et œuvrer à l’avènement d’un ordre du monde fondé sur la coopération.

1- Les manifestations de l’impérialisme suprémaciste 

Le suprémacisme érige la guerre généralisée en nouvelle norme économique

Les États-Unis emploient la coercition, la domination politique et la puissance militaire

  • Pour priver la Chine de l’accès aux marchés
    • Guerre commerciale : droits de douane
  • Pour s’accaparer les ressources
    • Avec le kidnapping de Maduro, les États-Unis ont la main sur 60 % du pétrole mondial
    • Après avoir menacé le Groenland d’annexion militaire, Trump a signé un accord qui le dépossède de sa souveraineté : l’accord assure aux États-Unis un contrôle sans limite de temps « sur la sécurité et sur tous les besoins » du Groenland
    • Trump a vanté sa méthode à l’ONU : « aux vainqueurs revient le butin » 
  • Pour contrôler les routes maritimes de la mondialisation
    • Canal de Panama, qui voit passer 5 % du commerce mondial : un consortium US a racheté les ports des deux extrémités à une société hong-kongaise
    • Route maritime du Nord : Trump va construire 2 nouvelles bases au Groenland

Le suprémacisme démantèle les institutions garantes de la paix et de la justice

Les États-Unis détruisent l’ONU, seule institution collective universelle

  • Quand on demande à Trump si quelque chose peut l’arrêter, il répond : « oui, ma propre moralité […] Je n’ai pas besoin du droit international » (janvier 2026)
  • Les États-Unis ont créé en 2025 un Conseil de la paix, dont les membres ont été invités par Trump lui-même => l’ONU est directement concurrencée
  • Les trumpistes ont annoncé le « démantèlement brique par brique » de la Cour pénale internationale : sous la pression des États-Unis, le Venezuela et le Tchad ont annoncé s’en retirer

Le suprémacisme est un obscurantisme

Les États-Unis anéantissent les cadres coopératifs: depuis 2025, ils ont quitté 70 organisations

  • Dans la santé : l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
  • Dans l’écologie : la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, le GIEC, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, ONU-Océans…
  • Dans la culture et l’éducation : l’Unesco, l’Université des Nations unies
  • Dans la lutte pour l’émancipation de la condition féminine => ONU-Femmes, le Fonds des Nations Unies pour la population (santé maternelle/lutte contre violences de genre)

2- Nous aspirons à un monde ordonné

Un monde ordonné n’est pas un monde multipolaire

Le monde est en cours de recomposition. Il y a une disponibilité pour un autre ordre du monde, soustrait à la domination américaine. Mais nous ne voulons pas d’un monde multipolaire, c’est-à-dire fragmenté en grands ensembles/monopoles concurrents. Car la compétition acharnée conduit à la guerre.

Un monde ordonné est un monde en paix

La paix n’est pas seulement l’absence de guerre. C’est un mode d’organisation du monde

  • Refuser l’impérialisme militaire et l’économie de guerre
  • Œuvrer aux conditions économiques de la paix 
  • Refuser la domination financière et l’étau de la dette
  • Développer des échanges équilibrés et des standards communs de production
  • Œuvrer aux conditions écologiques de la paix
  • Refuser l’extractivisme : sortir de la civilisation fossile
  • Lutter contre l’insécurité écologique, qui provoque des tensions sur les ressources 

Un monde ordonné est un monde avec des règles collectives

L’ONU et droit international font primer les décisions collectives sur les intérêts particuliers

Un monde ordonné est un monde collectiviste

Les peuples du monde entier ont des préoccupations communes et des intérêts en partage :

  • Nous avons une condition commune : un même univers, un même impératif de subsistance…
  • Nous sommes pris dans une mise en réseau de l’organisation sociale : la satisfaction de nos besoins passe par des circuits de production et de distribution de grande envergure

=> Il faut œuvrer à la formation de positions diplomatiques collectivistes, fondées à partir non plus uniquement des intérêts étatiques traditionnels mais aussi à partir de l’intérêt général humain. 

3- La méthode insoumise est celle du non-alignement

Nous voulons rendre la France utile au monde. Cela exige d’être une nation autonome.

Sortir de la logique de blocs : en finir avec l’OTAN

L’OTAN est une organisation archaïque, héritée de la Guerre froide et qui lui a survécu pour étendre la domination militaire des États-Unis sur les ruines de l’URSS. Nous refusons le principe de l’alliance militaire permanente : elle prive la France de son autonomie et de sa capacité de dialogue

=> La France a déjà quitté le commandement intégré de l’OTAN, entre 1966 et 2009 => 43 années de politique non-alignée au service de la paix

  • 1966 : discours de de Gaulle à Phnom Penh (Cambodge) => contre la guerre du Vietnam
  • 2003 : discours de Villepin devant le Conseil de sécurité de l’ONU => contre la guerre en Irak

Constituer un front du refus à la guerre

=> En quittant l’OTAN, la France enverra un signal au monde. Elle se présentera ainsi comme une force disponible pour s’opposer aux guerres des suprémacistes, États-Unis et Israël en tête

  • Refus de l’utilisation de ses bases militaires
  • Refus des livraisons d’armes aux régimes génocidaires
  • Refus du survol de son espace aérien par les criminels de guerre

Établir de nouvelles coopérations au service de causes communes

La France doit privilégier des coopérations fluides, qui sont fonction des enjeux et des intérêts communs. La méthode des causes communes est l’instrument opérationnel d’une politique du non-alignement : de nouvelles solidarités et coopération sur des enjeux d’intérêt global

=> Dans l’intelligence artificielle : il faut une régulation mondiale, comme le demandent le Pape, la Chine, l’ONU, plus de 20 pays parmi lesquels le Canada, l’Australie et l’Allemagne…

=> Dans l’espace : face à Trump qui revendique la propriété de la Lune et envoie des armes en orbite, face aux astrocapitalistes qui polluent l’espace et organisent l’ère « post station spatiale internationale », il faut mettre à jour les traités internationaux pour préserver le bien commun spatial

=> Dans la santé : la crise écologique nous expose à de nouvelles maladies dont la mondialisation facilite la transmission : nous devons organiser le partage des savoirs et des médicaments

Nos partenaires du non-alignement

En mer Méditerranée

  • 500 millions de personnes qui habitent dans un pays riverain, sur 3 continents
  • C’est la mer la plus polluée du monde et celle qui se réchauffe le plus vite
  • Coopérer dans la lutte contre les incendies, contre la pollution plastique…

Dans la francophonie

  • 500 à 700 millions de locuteurs d’ici à 2050, principalement sur le continent africain
  • Construire un espace de francophonie des peuples : universités, coopération spatiale…

Dans la « latinité »

  • ⅙ de l’humanité : espaces francophone + hispanophone + lusophone (Portugal, Brésil) + Italie, Moldavie, Roumanie => un même espace culturel et de traditions politiques partagées.
  • Faire de la latinité un espace de contrepoids à l’impérialisme états-unien

Avec les outre-mer et leur ensemble régional

  • Intégrer les organisations régionales d’Amérique du Sud (avec Guyane), des Antilles (avec Martinique/Guadeloupe), d’Afrique (avec Mayotte), d’Asie du Sud-Est (avec Kanaky-Nouvelle-Calédonie)

Avec la Chine

  • Le futur ne se construira pas sans la Chine : c’est l’acteur majeur et le plus efficace de la transition énergétique ; c’est une superpuissance scientifique, médicale, spatiale…

Avec le Canada

  • C’est une force disponible pour construire un ensemble non-aligné
    • Le Canada a passé un partenariat exigeant avec la Chine
    • Le Canada a rompu ses négociations commerciales avec les États-Unis après qu’ils s’en sont pris au Québec

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