Pour être craint, il faut être compris

Le discours d’Emmanuel Macron sur la défense de la France nécessite une étude approfondie politique, technique et militaire. La France insoumise l’entreprend collectivement dans le cadre de son travail actuel sur le programme de 2027. En fin de semaine, elle publiera son document collectif. Je fais connaître mon appréciation à cet instant. 

Pour moi, il est important que le Président ait déclaré : la France reste seule maître de la définition des intérêts vitaux et de l’usage de l’arme nucléaire, et elle seule. C’est une bonne décision. 

Pour être craint, il faut être stable et clair dans ses objectifs. Les buts de la France doivent être toujours rappelés car ils conditionnent les moyens à mettre en œuvre : c’est la paix, le refus de la loi du plus fort, le respect du droit international. 

Emmanuel Macron a posé les questions de l’articulation de la stricte indépendance de la décision nucléaire française avec l’action et les attentes des autres pays de l’Union européenne. Ils sont en effet concernés par la définition des intérêts vitaux de la France dont ils font partie. Reste à bien comprendre ce qui est proposé. Car cela fut décidé après le départ de l’actuel président. On devra pour cela connaître les conclusions proposées dans les discussions en cours avec nos voisins. Ces discussions, nous dit-on, ouvriront un « cadre de négociations sur les capacités conventionnelles ». Nous devons pouvoir apprécier concrètement de quoi il est question avec la précision nécessaire et demander l’accord du Parlement. Notamment en ce qui concerne la décision solitaire de l’Allemagne de devenir la première armée conventionnelle en Europe.

« La dissuasion avancée » est un nouveau concept qui nécessite lui aussi une analyse minutieuse sur tous les plans que cette orientation implique. Elle est, bien sûr, d’abord militaire et stratégique. Mais, cela a été dit : « l’usage des armes nucléaires ne se limite pas aux questions de pure stratégie ». Cette discussion doit être élargie au domaine de la démocratie pour en formuler le contenu. Qui décidera des contours et des engagements pris avec les autres partenaires le moment venu ? Quelles propositions sont faites pour le désarmement dont le but a été rappelé dans le discours ? Et comment cela s’articule-t-il avec le projet d’extension des avant postes français sur tout le territoire du continent ?

Des moments du discours soulèvent de lourdes questions. Le président a déclaré que « le champ des règles est un champ de ruines ». Il a raison. Il ne propose pourtant pas comment reconstruire un monde ordonné et une paix garantie par l’ONU. Il dit au contraire que cela justifie le besoin d’être capable de toutes les répliques. C’est risquer toutes les escalades. En effet il a dit qu’il existait un niveau « conventionnel sub-nucléaire » en Europe où prévaudrait une forme dite « conventionnelle de conflit ». Cela ne correspond pas au refus absolu de toute guerre conventionnelle sur le sol européen comme le formulait la doctrine traditionnelle depuis l’existence de la dissuasion. Ce risque de banalisation de la guerre s’aggrave avec l’idée de gérer l’escalade possible en maîtrisant les tirs de grande profondeur. C’est pour nous au contraire en aggraver le risque de provoquer l’enchaînement vers un conflit général. C’est contradictoire avec la phrase du président selon laquelle « la dissuasion avancée n’accepte pas l’escalade ». 

À l’attente de clarifications s’ajoutent des interrogations de fond. Pourquoi n’y a-t-il rien de dit sur la guerre de l’espace ni sur le bilan de l’Otan à ce sujet dans le cadre du partenariat à Toulouse avec les USA et l’Allemagne ? Pourquoi rien de spécifique contre la guerre bactériologique depuis l’échec en 1993 de l’accord sur ce thème dans la discussion internationale. 

Nous partagerons l’idée que les Européens doivent reprendre le contrôle de leur propre destin au moment où la France approfondit les siens. La solidarité des nations demeure un horizon concret. Mais alors faut-il d’abord rassembler les conditions de la paix durable sur le continent. Cela implique la définition de garanties mutuelles de sécurité avec la Russie. Et tout commence par la consultation des populations concernées à propos de l’accord entre les USA, la Russie et l’Ukraine dont l’Union européenne a été expulsée.

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