Guerre à la nouvelle guerre !

La conférence de presse ce 10 mars de Trump avait du mérite. Rien de ce qu’il a dit n’était crédible. On doit donc penser qu’une action était pourtant bel et bien visée. En l’occurrence il s’agissait de faire baisser les prix du carburant. Mais que se passe-t-il ? Le dernier choc pétrolier en 1973 avait bien montré le prix à payer pour un choc pétrolier : l’inflation avait été multipliée par deux et le taux de chômage de même. Ici en vue une inflation tueuse de pouvoir d’achat populaire et donc un ralentissement de la production. Ça s’appelle « stagflation » dans la langue savante. Ce genre de spirale dépressive est affreusement lente et difficile à inverser quand elle s’est installée. Le bond du prix du pétrole expliquait que la parole de Trump soit mobilisée pour dire combien la guerre serait brève (quand ? soon !) ce qui est évidemment faux et en fait impossible. Le vrai est que l’impact de ce choc ne sera pas de même nature aux USA autosuffisant en pétrole et dans le reste du monde. Mais les USA ne vivent pas hors du monde. Tout le monde se tient. La magnifique patience des Chinois leur vaut une ample récolte de soutiens et de rapprochements de toutes sortes de nations et peuples. Dans le chaos se cherche un nouvel ordre du monde.

Cependant la contamination de la guerre tient à peu. Un pays de l’Otan frappé et voici l’article 5 concerné et tous les alliés impliqués dans une guerre qui n’est pas la leur. Que Chypre prenne quelque mauvais coup et voici toute l’Union européenne engagée par l’article 42.7 du traité sur l’Union européenne. La parade du porte-avions Charles de Gaulle, des huit frégates et deux porte-hélicoptères sans but ni objectif connu offre autant de cibles pour impliquer la France. Le projet funeste de « rouvrir » le détroit d’Ormuz est aussi périlleux puisqu’il n’existe aucune eau internationale dans ce détroit mais seulement un accord bilatéral…Va-t-on demander à l’Iran de ne plus se défendre alors qu’elle est l’agressée ? Impossible.

L’invasion du Liban, les crimes de guerre qui s’y déroulent, pendant que durent et se multiplient ceux de Gaza montrent comment tout peut s’embraser. Les agresseurs israéliens n’ont plus de limites. La menace proférée au début du génocide à Gaza contre le Liban s’effectue. L’incroyable désinvolture de ceux qui ont laissé les Libanais sans armes ni moyens de se défendre éclate aux yeux de tous. Nous, insoumis présents au Liban en janvier 2024 puis en mai, avions alerté et pris parti pour la défense du Liban. En vain. 

Pour l’heure dans tant de malheurs, de destruction, de morts nous restent la défaite morale des USA et Israël. Haï l’un et l’autre, ils ne paieront pourtant pas du même prix le désastre dans lequel leurs dirigeants les ont entraînés. Netanyahu a mis en très grand danger son pays à qui il a donné ce visage hideux d’envahisseur génocidaire. Les crimes de guerre au Liban mettent chacun au pied du mur de ses croyances et sympathies. Le martyr des chrétiens maronites du sud Liban, comme celui de Pierre El Raï, curé du village de Qlayaa, parlent davantage que leur nombre. Sept cent mille personnes sans défense éjectées de chez elles sur l’ordre de l’envahisseur laisse sans voix. Mais la sidération passera. L’histoire est toujours longue. Et ce genre de crime rarement tout à fait impuni. Il ne suffit pas alors de payer des agences de communication pour fausser les élections comme nous en avons été victime. Car ceux qui votent avec nous ne sont pas ce bétail électoral auquel s’adressent ces faussaires. Le niveau de conscience et de culture s’est considérablement élevé dans le peuple français. Le vote insoumis est plein de motivations clairement pensées et énoncées. Il est lié à une partie ample de notre population. La marche du 8 mars en a été une face visible dans sa plénitude idéologique. Elle va voter.

« L’ambiance » est un enjeu dans un monde politique vide d’idées et de projets. Elle finit par être la seule « réalité » qui fixe toute la capacité de penser des élites bavardes du pays. Créateur de cette « ambiance » le milieu médiatique conserve donc un rôle d’apparence. Et cela suffit à le rassurer sur son sort. A ses risques et périls, cela va de soi puisqu’il est impuissant à savoir ce qui se passe vraiment sur le terrain. Car pendant ce temps les instituts de sondage sont en échec. Parfois à cause de la nullité professionnelle de ceux qui les dirigent (genre OPIF) mais le plus souvent du fait du caractère insaisissable ou immesurable de la réalité en cause. L’ambiance est un produit encore plus volatil et imprévisible que « l’opinion ». On voit comment le harcèlement médiatique contre LFI fonctionne surtout comme une machine à polariser. Donc, la phase actuelle a conforté notre stratégie générale. Car du point de vue du judo que nous pratiquons, les situations de déséquilibre de ce type sont extrêmement profitables. En toute hypothèse du point de vue de nos objectifs pour cette séquence, tout fonctionne au-delà de nos espoirs. Certes, nous n’avons que cinq cents listes en lice sur 37 000 communes. Mais les villes de plus de cent mille habitants sont toutes couvertes, et celles de plus de trente mille à peu près aussi. Dans cette France là, notre raisonnement pariant sur la politisation nationale du scrutin a pleinement fonctionné. Nous y avons gagné un maillage du terrain plus dense que jamais. Il est désormais incarné très fortement et visiblement par autant de têtes de liste (à parité). Mais aussi par autant de « coordinateurs de campagne ». C’est-à-dire environ plus de mille personnes franchissant un seuil de large visibilité et de compétence. Parmi eux nombre d’anciens des promotions de l’ILB. Le système fonctionne donc comme un tout. A quoi il faut ajouter les cadres capables d’organiser sur le terrain les fameux « porte-à-portes géants », tractages, meetings et ainsi de suite. Et au total c’est une montée en compétences sans précédent. Les adhésions ont suivi. Elles ont été de 12 482 le mois dernier. Dont près de 4000 au cours des onze derniers jours. Le halo des sympathisants lui aussi s’est considérablement renforcé et homogénéisé. En témoignent les meetings partout très nombreux quels que soient les porte-paroles nationaux venus sur place. De fait, le mouvement a opéré un formidable déploiement de terrain : nous avons mené trente à cinquante réunions par semaine depuis quinze jours et jamais moins de vingt par semaine depuis deux mois. La plateforme « Action populaire » enregistre aussi des nombres « d’actions » sans équivalent pour nous. Et de même pour les présents en permanence pendant les retransmissions de meeting sur YouTube qui ne sont jamais moins de dix mille et plus de cent mille à passer comme l’additionne le chiffre total à la coupure de la retransmission. Tout cela dans une bigarrure de la composition des salles toujours soulignée dans les compte rendus et visibles sur les images publiées ensuite sur les réseaux sociaux. Nous avons tourné la page des réunions pour seuls cheveux blancs éparpillés, typiques de la vieille gauche. Nous sommes très « Nouvelle France ». 

Après cela il reste à dire que nous sommes cependant perplexes. Quelles leçons tirer de tout cela à propos de l’état d’esprit du peuple français ? Nous ne pratiquons aucun triomphalisme électoral par anticipation. Certes nous pensons que notre implantation dit quelque chose. Mais il reste à voir si les résultats électoraux suivent. À l’inverse, il y a aussi beaucoup d’énigmes. Comment croire en même temps que le RN recueillerait 36 % aux présidentielles mais ne décolle pas au-dessus de 3% à Lyon et ce n’est pas un exemple isolé.

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