Savourons le temps de calme qui nous est encore donné. D’ici peu l’onde de choc de la guerre d’agression d’Israël et des USA contre l’Iran va déferler plus fort que jamais sur le moindre recoin du monde. Je dis « contre l’Iran » sans oublier que Netanyahu est aussi en guerre contre la Syrie, le Liban et bien sûr déjà largement occupé à exterminer un par un les Palestiniens. Au point que la boucherie manque de bras et que nos plateaux de télé regorgent de débats sur le thème de l’enrôlement de nouveaux soldats pour cette cause criminelle. Je profite de pouvoir le dire avant que la proposition de loi Yadan ne permette peut-être bientôt de l’interdire comme le serait toute critique d’un gouvernement d’Israël.
L’explosion du prix des carburants va frapper encore plus fort l’ensemble de l’univers organisé par la consommation de carburant fossile. Tout ce qui dépend de mobilités imposées et des milliers de productions matérielles en contenant vont être atteint comme par des drones destructeurs adaptés à chaque cas particulier. Le choc se propagera de tous côtés, en chaînes sans doute vite incontrôlables. Et bien sûr, la sphère financière globale sera atteinte pour une généreuse implosion dont la « crise » de 2008 nous a montré la possibilité fracassante. Mais il est probable que cette fois-ci, ce sera pire et plus rapide. Ce sera comme une onde sur la surface de la mer. Une onde atteint vite tous les points de la surface considérée. Ici, c’est la surface mondialisée de la production à notre époque. L’ère du pétrole roi présente sa limite. C’est celle d’un monde.
Et pour aggraver la situation, faisons confiance aux décideurs politiques en place. Ils protègent les profits des fournisseurs de carburant comme ils défendraient le principe de la cupidité elle-même, car elle est au centre des valeurs et de l’organisation de leur monde. Ils vont donc attiser les conditions de la déflagration et des pénuries prévisibles. C’est pourquoi la bataille pour le blocage des prix est au carrefour des problèmes posés. Elle concerne toutes les productions liées aux carburants, de la plus modeste entreprise au plus isolé des particuliers. Ici, cette bataille nous lie à la situation des familles de tout le pays. Elle trace des frontières politiques efficaces pour nos buts de combat. Et chacun a pu voir le large front de protection étendu de l’extrême droite au PS pour protéger les superprofits de Total. Le blocage des prix est donc le marqueur des Insoumis et de Sophie Binet bienvenue à la rescousse au nom de la CGT. Dans maints pays d’Europe, l’affolement venant, des mesures de blocage de type divers sont prises ou proposées par le gouvernement. Pas en France. Macron reste le président des riches qui vont se gorger avec les dividendes que va distribuer Total. C’est le signal qu’il leur envoie. Mais il y a pire, comme le rapporte une ligne prise dans la presse écrite : « on ne veut pas donner raison à LFI. » C’est une constante de l’histoire : les grandes catastrophes s’invitent à l’improviste et passe par la fenêtre plutôt qu’en sonnant à la porte d’entrée. Jeudi prochain, je réfléchirai avec Stéphane Peu, le président du groupe Communiste à l’Assemblée, et Clémence Guetté, co-présidente de l’ILB sur la scène de ILB : « le capitalisme peut-il avoir une fin ». Je crois que quoique la question soit placée sur le plan théorique, elle a une forme d’actualité.
La scène politique générale telle qu’elle est perçue par le grand nombre se modifie en dehors et contre la scène telle qu’elle est construite par l’officialité médiatique. Mais celle-ci ne le sait pas et pour son confort ne veut pas le savoir. Elle continue donc à mouliner les ingrédients qui alimentent le doute et le dégoût général contre elle et ce qu’elle défend. Pour autant, elle n’est pas sans effet.
Il existe une catégorie d’esprits limités qui croit ce qu’on lui dit et en tire continuellement les conclusions de comptoir de bistrot qui est attendu d’elle. Ainsi par exemple de David Lisnard. Il a entendu dire et répéter à la télé que Rima Hassan est convoquée pour apologie du terrorisme et qu’elle aurait apporté de la drogue dans son sac à main lors de sa convocation au commissariat. Il le croit. Il va donc aussitôt vomir sur X : « non seulement pro-terroriste et anti républicaine mais aussi camée. Le tout avec l’argent des contribuables … » Bien sûr, c’est faux. Bien sûr, ce gars est évidemment contre la brutalisation du débat public par LFI. Il est le président des maires de France. Mais il a oublié de passer un petit coup de fil à ses nouveaux collègues persécutés en raison de leur couleur de peau. Et il n’a envoyé personne le représenter au rassemblement populaire de Saint-Denis. Comme Retailleau, il dirait volontiers « la nouvelle France de Mélenchon n’est pas la nôtre ». J’ajouterai volontiers « et vice versa » malheureusement ce n’est pas possible car « la nouvelle France » est un critère incluant tout le peuple français sans distinction, et même ceux qui n’ont eux-mêmes aucune distinction.
À peine sortis des élections municipales, les Insoumis sont déjà déployés sur plusieurs des mobilisations fondamentales du moment. Elles se sont imposées en lien avec des circonstances qui ont rudement blessé l’opinion publique démocratique de notre pays. Il est vrai que dans chaque cas les insoumis y occupent une place centrale qui leur confie une responsabilité singulière : ils sont les victimes désignées comme cibles exemplaires de tous les coups tordus politico-médiatiques et barbouzes.
La réplique anti-raciste à Saint-Denis à l’appel de son maire Bally Bagayoko est un évènement plus ample que le rassemblement pourtant massif qui s’est constitue à l’appel du nouveau maire de Saint-Denis. Si le racisme atteint le niveau écœurant qui est le sien actuellement, c’est que le système y trouve son compte. La domination de l’extrême droite sur la droite et les médias n’est pas un incident de parcours. C’est la réponse d’une époque à une situation d’impasse de son système de domination et d’autorité. C’est évidemment aussi un signal de sa faiblesse. Quelle société peut être durablement dirigée par la seule peur et la haine des autres dont le racisme est le message ? Dans le présent déjà, on en voit tout le grotesque que perçoit quiconque a un minimum d’éducation. En se propageant dans tous les rouages des superstructures, il produit des effets combinés dévastateurs pour la crédibilité de toute autorité. En même temps que se préparait le rassemblement de samedi, il y avait la mise en garde à vue et les fuites médiatiques organisées et propagées à propos de Rima Hassan. Peut-être l’un devait-il masquer l’autre. Peut-être y avait-il un projet à ce sujet dans cette conjonction comme avec la panne de la ligne 13 vers Saint-Denis de 14 heures à 17 heures. Peu importe. Le résultat est un désastre moral pour tous ceux qui y ont participé. Un tableau général s’est dessiné.
La garde à vue de Rima Hassan et ce rassemblement libérateur de la parole des offensés par le racisme jouent un rôle « bouleversant » les consciences dans la profondeur du pays. Tout le monde a senti l’implication du pouvoir macroniste et des tentacules. Elle se note son absence et son silence face à l’agression dont a fait l’objet Bally Bagayoko comme nouveau maire de Saint-Denis. Ou bien à l’inverse par son choix de harcèlement judiciaire de Rima Hassan sous la pression des milieux communautaristes internationaux qui venaient d’interdire sa présence au Canada. Cela ébranle en profondeur des millions de conscience attachées aux principes de l’État de droit, de l’État impartial et du non-alignement international. Mais ne perdons pas de vue aussi qu’il en a été de même aussi sur tout le territoire incandescent de la Kanaky-Nouvelle Calédonie. En effet, le rejet par l’Assemblée nationale du soi-disant « accord de Bougival » invisibilisé dans l’hexagone a été suivi tout du long à la télévision par toute la population de l’archipel, à Nouméa comme à Koné, Hienghène et dans les îles.
La colère populaire est perçue dans les allées du pouvoir à ce jour. Mais pour autant dans chacun des cas que je viens d’évoquer, les états-majors politiques sous-estiment totalement les leçons que la situation suggère à l’esprit public. De même la caste médiatico politique sous-estime elle aussi la riche moisson de soutiens que nous vaut son comportement servile et passionnément partisan en réaction aux évènements. Il est frappant de voir comment le commentaire humoristique passe désormais autant sur les « journalistes » militants que sur les autres « officiels ».
Nous avons dû passer à une phase offensive contre la deuxième peau du système. L’invisibilisation du message de notre meeting de Lyon puis de Perpignan sous prétexte de lutte contre l’antisémitisme, et même de complotisme à propos de l’affaire Epstein a montré l’efficacité du barrage médiatique pour protéger le cœur pourri du système. La manipulation sur la mort de Quentin Deranque à Lyon avait donné à celle-ci un sentiment de toute-puissance impunissable. Sans oublier les pauses indignées et méprisantes à propos des conférences de presse numérique. Il nous reste encore beaucoup de travail et de séquences à produire. Mais pour finir, jamais nous n’aurons connu de contexte plus favorable sur ce sujet. Le dôme de mensonge et de manipulation de l’ennemi doit être traité largement en amont de 2027. Car on doit sans naïveté savoir qu’il se mettra en mouvement quotidien plus tôt sans doute qu’on ne le croit. Il piaffe déjà l’attelage : presse-juges, bavards-policiers, provocateurs-sondages manipulatoires, moyens d’ingérences étrangères. Pire sans aucun doute que pour les municipales.
Signe intéressant le renvoi à son néant pour un journaliste de France Info qui méprisait ses collègues indépendants au cours de la conférence de presse de Rima Hassan. Il voulait jouer le procureur de pacotille qu’il est sur son plateau de bavardage en continu : « qui êtes-vous madame » demande-t-il l’air méprisant et sexiste à l’une de ses consœurs qui prétendait poser une question avant lui. Pas de bol, c’est une correspondante de guerre indépendante. Pour une fois que le poulet d’élevage sortait de son bureau, il s’est bien fait ramasser. Le clivage entre l’officialité et le milieu médiatique indépendant s’affiche désormais. Cet environnement sera celui de notre entrée en campagne présidentielle.
Il est donc important de suivre notre action sur deux fronts à ce sujet. L’un ouvert par Manuel Bompard et la proposition d’une « nouvelle alliance populaire ». L’offre et les répliques négatives sectaires feront l’objet d’une récapitulation publique très minutieuse. Personnalités le cycle des « dialogues ILB » sur les sujets « théoriques » avec des personnalités du parlement, (pour commencer) que nous animerons Clémence Guetté et moi. Puis d’autres. Car le projet est de faire avec cet espace médiatisé un lieu d’interaction sur de grands sujets généraux. Exemple avec la première rencontre à laquelle a accepté de participer le président du groupe communiste « le capitalisme peut-il avoir une fin ? ». Il s’agit de faire vivre la reconstruction d’un tissu de principes généraux partageables, sans enjeux autres qu’intellectuels. Ça plutôt que la bouillie de la répétition des insultes et coups tordus des activistes de la division de la gauche, les Faure-Delga et compagnie ou de Roussel et Tondelier, Garrido. Puis fin mai, l’Institut la Boétie organise son 3e sommet sur la situation économique générale. Nous aurons un colloque de très haut niveau international. Impossible d’agir clairement sans une pensée claire sur le sens des événements.