Ormuz et attentat : les USA tigres de papier

La nouvelle tentative d’assassinat de Trump montre une fois de plus quel genre de pays sont les États-Unis. Une fois de plus se montre leur violence intérieure. Mais aussi leur vulnérabilité de la base au sommet, l’inefficacité de leurs méthodes de travail sécuritaire après celle de ses activités militaires quand ce sont là les instruments ostentatoires de la toute-puissance. Je ne m’intéresse pas à l’attentat contre Trump et Vance. Un détail m’aura pourtant bien choqué : quand il y a une menace, on exfiltre les grands hommes mais on laisse leurs épouses se débrouiller. Comment ne pas y penser en voyant l’une d’elles ramper seule pour s’extraire. Jackie Kennedy avait dû faire de même sur le coffre de la voiture présidentielle après que le crâne de Kennedy ait explosé sur elle. On ne finirait pas d’évoquer les meurtres politiques dans ce pays confit dans la violence qui écrit sur ses billets de banque « in God we trust ». À mes yeux, c’est un monde de brutes obscènes. Pour ma part, je suis convaincu d’une décadence irrémédiable des USA et de leur condamnation à des politiques violentes de fuites en avant. Leurs élites les condamnent à aller au bout de ce qu’ils sont depuis leur naissance : des violents sans limite. Mais à présent, c’est dans un monde dont les paramètres et la structure sont en train de changer du tout au tout. Et la seule force ne suffit plus nulle part. Regardons en grand-angle. 

Avant l’attentat, beaucoup voyaient bien comment se mourrait sans doute un monde dans le détroit d’Ormuz. Beaucoup y voyaient déjà le début d’une époque se profiler dans ce détroit : celle où la domination des USA toucherait à son terme. Mais on a tous assez lu d’Histoire pour savoir que les empires peuvent mourir longuement. La fin de la domination des USA nous suffirait. Le reste est l’affaire de son peuple ! N’ai-je pas déjà évoqué sur ce blog comment, pour réfléchir, l’existence de cette « nation » comme État fédéral serait mise en cause avant la fin du siècle ? Cependant le phénomène nommé « accélération de l’histoire » s’observe à notre époque plus qu’à aucune autre. Cela pourrait bien se vérifier dans un registre nouveau. Car la puissance spécifique de l’Empire USA semble bien reposer en dernière instance sur un élément matériel incontournable: la circulation du pétrole. Le pétrole n’est pas seulement une énergie, c’est en soi un système global planétaire de dépendances. Ce fluide fossile fonctionne comme un circuit sanguin vital dans l’organisation globale de la civilisation humaine et des pouvoirs qui articulent ses divers compartiments. 

La crise issue de la fermeture du détroit d’Ormuz en est un révélateur d’une exceptionnelle force de démonstration. Les premières vagues venant de son onde de choc sont déjà entrées dans nos vies quotidiennes. Mais le sens des événements en cause est plus profond encore que le coup de massue des prix du carburant à la pompe. Certes il fait mal. Et il va faire plus mal encore bientôt, à mesure que dure la guerre d’Israël et des USA contre l’Iran dans le détroit d’Ormuz. L’effet domino sur les prix de toute la chaîne des productions chimiques sera aussi très bientôt tout aussi rude. On devine que la vague passera ensuite sur le champ social où tout est lié aux prix et aux revenus par les rapports de forces sociaux de ce que l’on appelle familièrement « le pouvoir d’achat des ménages ». Mais il y a davantage. Bien davantage.

Le risque de pénurie de pétrole peut changer le regard de tout un chacun sur le monde qui l’entoure. Il le faut. La civilisation du pétrole est parvenue au point où son danger explose aux yeux de tous. Ce n’est pas que la question de l’énergie disponible ou non. C’est celle du rapport de force entre l’Empire US et les nations pour y accéder. Mais la dislocation des circuits mondiaux de la production qui s’observe survient aussi dans un moment particulier. C’est celui où la crise climatique déclenchée par l’âge du pétrole franchit un seuil qui aggrave le tout.

Pour être dans les clous de l’accord de Paris à propos du changement climatique, il fallait rester, à cette date, en dessous des 1,5 degrés d’augmentation de la température de la planète. Ce niveau est dépassé. Le pire est à vue d’une vie humaine : à la cadence actuelle le seuil des deux degrés supplémentaires par rapport au début de l’ère industrielle sera atteint au cours des vingt prochaines années. Puis cela se dégradera encore. Et encore plus vite. Mais à deux degrés de plus, nous serons déjà confrontés à des conséquences majeures et spectaculaires du changement climatique. L’organisation globale de notre monde sera mise en cause. 

Dans le même, moment nous allons subir très bientôt les conséquences du retour anticipé du courant réchauffeur des océans « El Niño ». Sécheresses et pluies diluviennes vont s’installer là où elles n’y étaient pas. Tous les climats locaux concernés par les océans vont déguster ! Quant aux riverains de la Méditerranée, l’eau s’y évaporant déjà plus vite qu’ailleurs dans l’océan mondial, l’enchaînement des événements catastrophiques va donc s’intensifier. Le pire, à court terme, sera la sécheresse ici où là et les pluies destructrices ailleurs. Nos sociétés vont être mises à rude épreuve. 

Parmi tout ce qu’on peut en déduire, je retiens une leçon immédiate tirée de la situation depuis la guerre des USA et d’Israël contre l’Iran. La coupure des lignes d’approvisionnement est le pire dans une économie mondialisée faites de production en réseaux. 90% du commerce mondial passe par la mer laquelle ne vaut que par ses accès et sa fluidité naturelle ou géopolitique. Avec l’affaire Ormuz, la pénurie de pétrole ou bien son coût seront le meilleur des plaidoyers pour la relocalisation de la production d’énergie. Donc pour la rupture avec la dépendance au pétrole. Pour une raison simple : tout le monde sera obligé de le faire à la fois pour conserver sa part de souveraineté et d’autonomie productive et pour pallier les manques des livraisons impossibles !

Mais le pétrole n’est pas seulement une énergie et le composant d’innombrables activités. C’est surtout un système de pouvoir mondialisé. C’est la base de la domination des USA. Car celle-ci repose sur leur pouvoir sans limite de battre monnaie sans compensation matérielle garantie (or et autres). Cet état de fait résulte d’un accord mondial simple : tous les contrats pétroliers se font obligatoirement en dollars ! Cela depuis « le pacte du Quincy » auquel est attribué la formalisation d’un accord entre Franklin Roosevelt et le roi fondateur d’Arabie Saoudite Abdelaziz ibn Saoud. Il stipulait que l’Arabie saoudite fixe le prix de ses exportations pétrolières exclusivement en dollars américains. Comme si chaque baril provenait du travail des états-uniens ! Quant aux excédents monstrueux ainsi accumulés par les monarchies pétrolières, ils ont été systématiquement absorbés en bons du Trésor. Cette courroie continue entre économies fournisseuses des USA et bons du trésor nord-américain a servi de modèle ensuite avec le japon puis avec la Chine. Chaque fois à l’initiative des USA. Cet accord conclu le 14 février 1945 serait clos depuis le 9 juin 2024. De fait l’Arabie Saoudite désormais entrée dans l’alliance récemment élargie des « Brics » a déclaré être prête à se faire payer son pétrole dans la monnaie nationale de ses clients. Ces évolutions et la fonte des réserves en dollars des banques centrales (notamment russe et chinoise) ont fait parler d’une dédollarisation de l’économie mondiale. En tous cas, il est certain que les missiles reçus dans le golfe depuis l’Iran, face à des USA impuissants, auront aussi ébranlé les bases de l’accord fondamental du modèle économique mondial dès le lendemain de la guerre mondiale. Sortir de l’âge du pétrole va donc accélérer la bascule géopolitique du monde. Car le résultat de la guerre d’Iran est aussi que les USA sont incapables de protéger les puits de pétrole ailleurs que chez eux. Tous les pays du golfe viennent de le comprendre. Les USA sont incapables de passer à une autre énergie surtout en raison du poids des pétroliers dans leur pouvoir politique. Mais aussi de ceux qui ont construit leur colossale fortune sur la base d’actifs financiers pétroliers. Car ces derniers représentent la valeur de quasi un an de PIB mondial…

Il y a donc une équation qui unit étroitement la domination des Etats-Unis et le pétrole. Et, à partir de là, on peut déduire toute une politique. Pour se libérer définitivement de la domination des USA, nous avons besoin d’une coalition mondiale dont l’objet serait de sortir de la civilisation du pétrole et des énergies carbonées. Sortie du pétrole et fin de l’empire US sont les deux faces d’une même réalité. 

Dans cet objectif, dans le monde tel qu’il est, beaucoup passent alors par les accords avec la Chine. Car elle est la première puissance opérationnelle dans le domaine de la transition énergétique. Elle dispose de 65 à 90 % des moyens industriels pour cela et la primauté sur l’innovation dans ces domaines. Et dans sa vision souverainiste, son intérêt est de ne plus dépendre d’approvisionnements extérieurs.

À l’inverse, sur ce terrain les USA sont la partie adverse. Ils le sont ouvertement et publiquement. Ils se sont dégagés de toute responsabilité dans l’exécution des accords de Paris, et ils ont démantelé les premiers équipements d’énergies alternatives sur leur territoire. Ils ont aussi agité partout dans le monde des menaces contre les pays pétroliers pour contrôler leurs réserves. Comme au Venezuela ou en Iran. Et ils ont contraint les pays européens à leur faire des achats massifs de pétrole et gaz liquéfiés d’origine fractale en sabotant l’oléoduc Nord Stream qu’ils dénonçaient depuis plus d’une décennie.

Il faut se méfier de ceux qui veulent continuer contre la Chine une absurde guerre froide. J’en alerte depuis plus de dix ans. En vain. Ce sont dix ans de perdus. Tel est le prix de la domination des irresponsables occupés à des gesticulations ridicules en soutien au Dalaï Lama et autres prétextes de cet acabit. Il est temps de revenir dans la réalité du monde présent et de ses urgences. Comme Pedro Sanchez président du gouvernement espagnol et de Mark Carney le Premier ministre du Canada, je revendique la volonté d’un accord stratégique approfondi avec la Chine. Il faut donc renoncer définitivement et complètement aux menaces sur l’unité de la Chine à propos de Taïwan. Et aussi plus généralement à la méthode de l’ingérence préférentielle, et des exigences morales à géométrie variable. Elle discrédite ceux qui se croient intéressants en les pratiquant comme si tout le monde ne savait pas déjà à quoi s’en tenir au sujet de leurs indignations ! Les neufs dixièmes des reproches adressés à la Chine par les amis de Trump interdiraient toute relation avec d’innombrables pays à commencer par les Etats-Unis eux-mêmes. Elle n’a donné strictement aucun résultat depuis cinquante ans sinon de fournir des laissez-passer pour les invasions ou les génocides orchestrés par l’impérialisme américano-israélien. Le sort d’Assange, de Snowden, Amal Khali au Liban et de centaines de journalistes assassinés par Netanyahu en témoigne. Pour ne citer que cela. La fidélité à nos valeurs exige d’en donner d’abord la preuve en les respectant dans nos propres frontières et dans l’ensemble sans exceptions de nos relations internationales. Ce qui est désirable le devient par la pratique que l’on en fait. La diffusion fulgurante des idéaux des Lumières sur la terre entière s’est faite par la force de leur contenu érigé en normes constitutionnelles par la grande révolution française de 1789. À présent encore, que chaque peuple soit rendu juge de ce qui lui serait profitable. Il saura se charger de le rendre réalisable. Le reste est une illusion. Et dorénavant, c’est une perte de temps à l’âge ou du fait de la crise climatique, nous n’avons plus que des délais.

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