Dérapage médiatique dans la drogue atlantiste 

Comme d’habitude, les nigauds se précipitent quand j’ouvre la bouche pour y voir l’erreur dont ils espèrent m’accabler. Les petits génies de l’atlantisme, qui pullulent dans l’officialité médiatique, se sont donc rués sur deux tweets. Je me tromperai en disant que Trump a annexé le Groenland. Et je contredirais le propos de Manon Aubry sur le Canada, prononcé devant le Parlement européen. J’aurais dérapé sur le verglas de l’international. Voyons cela. L’international est un domaine que je suis de très près depuis plusieurs décennies. À mes yeux, la géopolitique structure les politiques nationales et leurs relations mutuelles. Je dis donc que Trump a annexé le Groenland en signant un nouvel accord avec le Danemark pour se donner le droit d’assurer la sécurité « et les autres besoins » (dixit Trump) du Groenland. Les trompettes médiatiques jurent que le texte signé ne change rien. « Au contraire ». On connaît cette logique pétainiste : « nous ne sommes pas éliminés » ; la preuve, c’est que nous signons nous-mêmes pour « protéger », « discuter dans le silence des armes » et autres blablas. Naturellement, ces grands spécialistes, dont on a pu déjà vérifier les étonnantes capacités de compréhension du monde, avaient déjà analysé la guerre contre l’Iran comme une nécessité. Ils annonçaient la victoire certaine des USA et d’Israël. Je ne m’attarde donc pas sur leur talent. Ils en ont. Mais pas au point de me faire la leçon. 

Que nous divergions n’a rien d’étonnant. Pour eux, comme au siècle dernier, les USA sont une puissance bienveillante et non une bête blessée confrontée à l’agonie de son autorité sur le monde, face à la Chine. Ici donc s’effraie l’officialité médiatique. Celle-là même qui, la semaine précédente, prenait la défense de la dette intouchable auprès de la BCE. On a vite vu qu’à part les banquiers centraux, aimablement sollicités et médiatiquement chatouillés au bon endroit pour sortir de leur rôle et se disputer avec les insoumis, le monde des économistes était moins unanime que l’officialité ne le croyait. Ici, je ne perds pas trop de temps. 

Si l’accord sur le Groenland « ne change rien », pourquoi a-t-il été signé ? Et si c’est « au contraire ! », cela signifie-t-il que le Danemark a gagné le bras de fer ? Donc, pour les commentateurs de cet avis, il leur reste à montrer que Trump, après avoir été battu par l’Iran, vient de l’être par le Danemark. On ne m’en voudra pas d’en douter, même si cela attente aux poses méprisantes des « spécialistes » qu’on me jette à la figure sans donner de noms ni d’arguments.

Puis vient le croustillant pour la presse à buzz. Manon Aubry et moi n’aurions pas exprimé le même avis sur le sens de la démarche du Canada devant l’Union européenne. Je veux rassurer. C’est normal : nous ne parlons pas du même balcon. Mais avant d’en parler, je dis un mot de contexte. Ces journalistes ne se sont pas intéressés à ma visite auprès de l’ambassade du Canada et de la délégation du Québec la semaine passée. C’est bien leur droit. Qui suis-je à côté de leur lumineux silence atlantiste quand Trump menace nos cousins canadiens de super droits de douane pour les obliger à retirer les messages en français dans leur commerce bilatéral ? Eux voulaient regarder ailleurs. Ils préféreront toujours les USA. Et ils traiteront toujours Trump comme un rigolo de passage.

Comme Manon Aubry, j’ai dit aux ambassadeurs que nous restions opposés au CETA. Je l’ai dit à propos de l’agriculture. Avant de conclure « expressis verbis », « notre problème ce n’est pas le Canada, mais l’autonomie alimentaire de notre pays » À quoi l’ambassadrice m’a répondu que, pour l’instant, l’accord était favorable à la France. À quoi j’ai répondu que nous ne trouverions peut-être pas notre compte dans la durée et que tout cela correspondait à une agriculture tournée vers les marchés mondiaux, ce qui n’est pas notre conception. Puis, nous sommes passés aux autres sujets de coopération, comme l’espace et l’ordinateur quantique, sur lesquels il n’y a pas de tension entre nous. Au contraire. De ce point de vue, Manon Aubry et moi disons exactement la même chose. Cela pourrait être autrement, car je rappelle que Manon exprime la parole d’un groupe de plusieurs pays. Je parle pour les insoumis de France. Le genre de détails qu’un « journaliste » ne peut comprendre, car trop complexe. C’est pourtant la cause de notre diversité d’approche, souvent. Mais c’est encore trop demander que de vouloir faire travailler de tels « observateurs ». Il y a encore un point où nous avons la même inquiétude : qui et quand a-t-il été décidé que madame von der Leyen proposerait au Canada d’être un pays associé à l’Union ? Quoi qu’on pense de cette proposition, aucun de nous n’est prêt à accepter que ce genre d’initiative soit laissé à la discrétion de la présidente de la Commission sans avis du Parlement ou du Conseil. Elle sort ici outrageusement de son rôle, c’est-à-dire de son mandat. Sur ce point, le groupe La Gauche et les insoumis sont parfaitement en ligne. Et même si l’on voit d’un bon œil l’idée (ce qui est mon cas comme candidat à la présidence de la République), il n’est pas question de reconnaître à madame von der Leyen un droit qui, demain, serait utilisé pour des pays plus discutables à nos yeux. Ce n’est pas un point de vue d’observateur, mais celui d’une organisation politique qui pense gouverner demain la France et ne se laissera déposséder d’aucun de ses pouvoirs ! Quant au fond, nous (insoumis), nous réjouissons tous plutôt de ce qu’a entrepris le Premier ministre canadien. Mais ce point n’a pas été discuté dans le groupe plurinational « La Gauche ». Et il est très probable que tous n’en sont pas d’accord comme nous, insoumis. Ici, intervient un autre détail qui excède les capacités de compréhension de « journalistes » superficiels. Le groupe « La Gauche » est largement  confédéral. Sa présidente n’est pas comme von der Leyen, quelqu’un qui excède ses pouvoirs. Manon Aubry ne parle pas en son nom, ni donc au mien. Elle s’exprime dans le cadre et au service de son mandat, même quand cela ne correspond pas au point de vue insoumis. Sur le fond, la réaction de Trump, par sa violence, permet de comprendre pourquoi la démarche du Premier ministre canadien nous intéresse autant, alors même qu’il n’est pas politiquement de notre bord. Ce n’est pas la première fois que nous soutenons le point de vue d’un chef de gouvernement qui ne vient pas de la gauche radicale. Ainsi, quand nous avons soutenu Pedro Sánchez, chef du gouvernement espagnol, à propos de la Palestine, alors même que nos camarades de Podemos, membres du groupe « La Gauche » que préside Manon Aubry, ne le faisaient pas, au contraire.

Je suis très satisfait des commentaires outranciers qui accompagnent mes prises de position, tweet par tweet. Je n’en veux pas à ceux qui prennent le risque de se ridiculiser en m’attaquant sans précaution. Tout cela participe à l’éducation politique populaire contradictoire dont nous croyons qu’une campagne électorale présidentielle est le moment fort. La quasi-totalité des médias français est sous influence idéologique nord-américaine et pense en membres de l’OTAN, avec les catégories mentales et politiques du siècle dernier. On l’a vu dans le traitement du génocide à Gaza. L’opinion française a pris ses distances. Mais il lui reste beaucoup de chemin à faire. Notre gouvernement, le moment venu, rompra avec tout le fatras du monde d’avant auquel se raccroche encore l’officialité. Nous romprons, car la réalité que nie l’officialité française est celle des menaces de Trump quand il apprend le rapprochement des Canadiens avec les Européens. Les uns se soumettent et font tout pour ramener les « caprices » de Trump à un dérangement psychologique sans conséquence sur le fond. En pleine crise mondiale liée à la décision « capricieuse » de Trump d’entrer en guerre contre l’Iran, ces gens ont une capacité de déni dangereuse. Le commentateur ne paie jamais ses erreurs. Le politique si, quand il gouverne. Nous sommes donc dans l’obligation de nous y préparer. Merci aux amis du buzz de nous aider à diffuser ce qu’ils pensent être des « dérapages » dont ils nous corrigeraient, quand c’est l’annonce d’une ligne qui s’appliquera demain si nous en avons mandat.

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