Edouard Philippe : l’open bar des réactionnaires contre les salariés

Je reprends mes publications inédites pour ce blog. Cet outil a été, pendant de longues années, le vaisseau amiral de mon système de communication. J’y préparais, sans le dire, l’épure de mes livres et j’apprenais aussi mes contenus pour préparer mes répliques à la télé ou en débat. Aujourd’hui, mes divers comptes sur les réseaux sociaux s’étendent sur presque sept millions d’abonnés. Le blog reste là. Un peu à part, car je dois être, avec quelques amis, dans les derniers politiques à garder ce type d’espace. Comme une porte d’entrée sur mes autres publications, mes vidéos et ainsi de suite. Mais le plaisir d’y revenir écrire pour retenir et partager reste le plus fort. Je reprends donc les notes de blog. Avec une baston utile avec l’une des figures de la nouvelle droite de notre époque, Édouard Philippe. L’homme de la retraite à 67 ans s’appuie sur un fort bagage de mauvaise réputation après avoir torpillé le Code du travail et beaucoup éborgné les Gilets jaunes. Mais restons optimistes : il peut faire pire. La preuve avec cet « open bar » que seraient les arrêts de travail !

On sait depuis l’épisode du débat à l’université du Medef sur quelle ligne les candidats de droite ont décidé d’aborder cette campagne. Ce sera une course aux outrances ultralibérales, pro-patronales et antipopulaires. Dans le flot de toutes ces diatribes contre la Sécurité sociale, le Code du travail ou l’investissement public, il y en a une sur laquelle je voulais revenir. Je l’ai trouvée aussi choquante que le rire des patrons à propos des augmentations de salaires. Car elle est significative de la morgue de classe macroniste. Devant les 4 000 patrons réunis à Roland-Garros le 27 août, Édouard Philippe a déclaré vouloir mettre fin à « l’open bar sur les arrêts de travail ».

Pourquoi cet homme, ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, se permet-il un tel niveau de grossièreté à propos d’un sujet douloureux pour des millions de gens, puisqu’il s’agit de leur maladie ? Est-ce que, vraiment, les travailleurs français abusent des arrêts de travail ? En moyenne, ils ont 14 jours d’arrêt maladie par an. Et les autres en Europe ? Les Belges sont en arrêt de travail 15 jours par an. Les Espagnols, 16 jours. Les Slovènes, 17 jours. Les Norvégiens et les Luxembourgeois, 18 jours. Ça fait déjà du monde pour qui l’« open bar » est plus généreux que pour les Français, M. Philippe ! Mais savez-vous qui sont les champions ? Les travailleurs allemands, avec 25 jours d’arrêt de travail en moyenne chaque année !

Cela étant dit, on peut toujours trouver que 14 jours d’arrêt par an, c’est trop. D’autant plus que c’est en augmentation : +25 % depuis le Covid. Mais encore faut-il se poser la question des causes. D’abord, cette augmentation avait déjà commencé avant le Covid. Elle est tendancielle du fait du vieillissement de la population salariée. Il y a d’ailleurs un paradoxe à vouloir reculer toujours l’âge de la retraite et, en même temps, à vouloir que les salariés ne soient jamais malades. Les personnes ont plus de risques de tomber malades lorsqu’elles vieillissent et doivent rester au travail. D’où l’intérêt d’avoir une pensée globale sur la sécurité sociale : retraite, santé, chômage, etc.

Mais cette simple donnée démographique n’explique pas tout. Il faut y ajouter le fait suivant : les travailleurs français sont particulièrement maltraités ! Nous détenons le record d’Europe des morts au travail, avec une incidence deux fois supérieure à la moyenne du continent. Le management en France est particulièrement dur pour la santé mentale. Cet été, l’Association pour l’emploi des cadres a publié un sondage sur la question. 87 % des salariés français identifient le travail comme premier facteur agissant sur leur état psychologique. Et un salarié sur cinq déclare avoir déjà été obligé de démissionner en raison de son état de santé mentale !

Face à ces durs constats, les solutions proposées par Édouard Philippe apparaissent pour ce qu’elles sont : des mesures qui vont aggraver une souffrance au travail déjà répandue. Il veut d’abord instaurer partout deux jours de carence « d’ordre public », c’est-à-dire des jours où la loi stipule que ni la Sécu ni l’employeur ne doit maintenir le salaire. Donc, il va obliger des personnes malades à rester à leur poste de travail. On devine la suite : si ce sont des maladies contagieuses, elles vont contaminer leurs collègues. La situation de l’entreprise aura empiré. Il veut aussi interdire à une personne revenant d’un arrêt maladie long de signer une rupture conventionnelle après. Cela, c’est enchaîner à leur poste de travail des salariés qui souffrent terriblement de son organisation.

En fait, il y a une manière de faire plus logique si on veut réduire le nombre de jours d’arrêt de travail : faire en sorte que le travail rende moins malade les gens. Nous commencerons par rétablir les Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) qui ont été supprimés par Emmanuel Macron dès son arrivée au pouvoir. Nous élargirons leurs missions aux enjeux environnementaux. Nous rétablirons aussi la visite médicale d’embauche par un médecin du travail et des consultations régulières obligatoires, puisque cela aussi, Emmanuel Macron l’a supprimé. Et puis, nous augmenterons les effectifs d’inspecteurs du travail, pour qu’ils puissent faire leur métier.

Édouard Philippe a tout faux. Ce n’est pas « l’open bar des arrêts de travail » qui est un scandale. Le vrai scandale qui dure en France, c’est celui de la souffrance au travail. Et c’est à celui-là qu’il faut mettre fin.

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