macron autoritaire

20.01.2019

Prendre conscience de la dérive autoritaire du macronisme

Le dixième samedi des « gilets jaunes » produit son effet politique : le grand débat s’enterre d’un côté, la vie passe de l’autre. Et la vie est toujours plus forte que les éteignoirs du monde officiel. Le succès de la mobilisation de rue a mis en échec une manœuvre de grande ampleur. Il s’agissait pour le pouvoir macroniste d’éviter de dissoudre l’Assemblée nationale en tentant de dissoudre le mouvement populaire dans des bavardages officiels. C’est un échec.

La suite, pour ce qui concerne cette trouvaille, est donc écrite d’avance. La tournée bavarde du Président va devenir un rituel assommant. Elle est déjà bien mal vécue par les participants qui se sentent convoqués davantage qu’invités. Les téléspectateurs, de leur côté, restent abasourdis par des heures de grand oral télévisuel. Et puis il y a aussi les gens du cru. Ceux qui vivent aux alentours de l’auguste visite. Le grand déploiement de gendarmes et d’interdictions de circuler de toutes sortes les crispent plus que jamais : le pouvoir qui les importune à domicile. Les maires de tous bords, déjà hautement réfractaires comme on l’a vu dans l’Hérault, vont devenir moins disponibles pour faire tapisserie. Ou sans doute plus incisifs et intrusifs une fois parqués ensemble. Que les deux messages les plus vus sur YouTube après le rendez-vous du Lot soient ceux de deux maires protestataires en est le signal certain.

Je doute que le spectacle de ces salles hautement masculines, grisonnantes, bardée de bleu blanc rouge, écoutant sagement les faveurs du Prince, réduisent la fracture entre les institutions et le peuple. Je doute que ce spectacle soit reçu comme autre chose qu’un durcissement intrusif de la monarchie présidentielle. Pour finir, les conclusions du grand débat étant connues d’avance, elles aussi, l’effet d’éteignoir du mouvement populaire ne peut venir de là. L’impasse politique s’approfondit donc

Mais de son côté, le mouvement doit tirer profit de sa force reconfirmée. Il est frappant de constater que les mots d’ordre essentiels peuvent fluctuer d’une semaine à l’autre passant du terrain du référendum d’initiative citoyenne au rétablissement de l’ISF. Mais pour l’essentiel, ce qui ne change pas et ponctue tous les cortèges, c’est bien « Macron démission ». C’est une signature hautement politique de ce qui se déroule. Le mouvement en cours n’est donc pas seulement un « mouvement social » dans le sens que l’on donnait à ce terme jusqu’à une date récente. Comme quand on parlait des grandes mobilisations sur les contrats de travail, la défense de la retraite par répartition ou des services publics locaux. C’est pour cela que j’ai employé ici à plusieurs reprises le terme « d’insurrection citoyenne » pour nommer cet évènement au long cours depuis dix semaines.

Observons que la réplique gouvernementale porte aussi un message politique. Le pouvoir a compris qu’il est mis en cause dans sa légitimité même. Telle est bien la compréhension qu’en ont les autorités de l’État. Et cela explique l’extrême dérive autoritaire du pouvoir que l’on constate. Elle est faite d’escalades judiciaires et de répressions de plus en plus sanglantes. C’est là aussi un fait d’une qualité nouvelle. Ce que nous voyons est ce qui s’est fait de pire dans ce domaine depuis 60 ans au moins. Et cela va aller de mal en pis. La loi de répression générale et de réduction des libertés individuelles dictée par Nicole Belloubet vient à peine d’être adoptée la semaine passée. Elle va pourtant être bientôt durcie par la loi de grande répression voulue par Edouard Phillipe.

Il en est ainsi parce que les macronistes ont acquis la certitude qu’ils n’ont pas de sortie ailleurs que dans le siphonnage de l’électorat de la droite. Et de fait, depuis décembre, tous ses progrès sondagiers viennent du glissement de ces électeurs de Fillon vers une approbation de l’autoritarisme de Macron. Évidemment, cela provoque un effondrement désormais visible de la droite traditionnelle réservant au pouvoir l’espoir de deuxièmes tours féconds pour ses candidats en cas de dissolution.

Manœuvre parallèle : sataniser « La France insoumise » (LFI) pour préparer les seconds tours très probable avec elle. Il bénéficie pour cette manœuvre de l’appui de toute la gauche traditionnelle qui n’existe plus désormais que dans les outrances contre LFI (et contre moi cela va de soi). Divers groupuscules anciens ou nouveaux se joignent à la meute de la hargne, impatients de retourner à l’impuissance et aux scores inoffensifs qui prévalaient jusqu’à l’émergence de « La France insoumise ». Le système médiatique donne la parole avec gourmandise aux plus vulgaires tireurs dans le dos disponibles pour un moment de lumière. On se le tient pour dit. Mais le résultat est effrayant.

Car ce gouvernement aura été celui d’une transition autoritaire des institutions qui, progressivement, change le type de société politique dans laquelle nous vivons. Depuis quelques jours, un certain nombre de médias semblent prendre conscience du phénomène. Enfin il est question de la violence disproportionnée du « maintien de l’ordre ». Mais leur dépendance au système est trop grande pour qu’ils puissent aller plus loin. Ce n’en est pas moins utile. Cela peut conduire certains secteurs de la société à comprendre ce qui est vraiment en jeu au-delà de leur peur du peuple et leurs préventions de caste ou de classe.

Ceux qui ont ricané parce que je « laissais éclater ma colère » dans l’affaire des perquisitions abusives peuvent finir par comprendre que ce qui était exorbitant du droit des libertés devient dorénavant la règle depuis la loi Belloubet. Ceux qui stigmatisaient ma protestation contre l’usage politique de la police se sont eux-mêmes désarmés à l’heure où cet usage est devenu la norme hebdomadaire et se retourne contre eux. Ceux qui ont banalisé l’agression dont je faisais l’objet sont bien seuls à l’heure où les violences contre eux se généralisent stupidement contre eux. Ceux qui ont insulté ma protestation contre le front uni médiatique aux côtés du pouvoir dans cette circonstance n’ont pas venu monter la réprobation unanime que ce type de comportement suscite depuis des années dans le grand public qui la perçoit clairement.

Depuis, ils se trouvent pris entre deux feux, celui de « la rue » qu’ils ont tant offensée et celui des violences d’État qu’ils masquaient par leur silence remarqué pendant des semaines. Ils nous appellent au secours. Et, bien sûr, nous avons multiplié les mises en garde contre la violence. Ce qui n’empêche pas les plateaux de continuer à jacter comme si c’était l’inverse. Se rendent-ils compte qu’ils encouragent de cette façon ce qu’ils redoutent ? Je ne dis tout cela que pour souligner ma mise en garde. Il est largement temps de se rendre compte de l’exceptionnelle gravité de ce que comporte la dérive autoritaire de ce régime. Les petits jeux du passé, politiciens ou médiatiques, dans ce nouveau contexte, aggravent le danger que la démocratie est en train de courir.

C’est d’ailleurs pourquoi les Insoumis ont pris à bras le corps cette question de la lutte contre la dérive autoritaire du régime macroniste. Une plainte contre le ministre de l’Intérieur Castaner et ses menaces illégales contre les manifestants, une proposition de loi pour suspendre immédiatement l’usage des armes utilisées contre eux, des amendements de suppression et d’interdiction des abus dans la loi liberticide qui arrive en débat une table ronde, des tribunes de presse, un meeting en vue : nous sommes à l’offensive. Tel est le meilleur appui que nous puissions apporter au mouvement des gilets jaunes. Les droits exorbitants que se donne, dans les faits et par la loi, ce pouvoir violent, une équipe gouvernementale plus violente pourrait en user tout aussi légalement. C’est donc dès à présent qu’il faut défendre les libertés individuelles et collectives. Car le macronisme contient leur mise en cause sans que personne ne puisse dire jusqu’à quel point.

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macron merkel
Crédits photo : ActuaLitté
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le pen club systeme
Crédits photo : The Russian Presidential Press and Information Office
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Crédits photo : Jérémy-Günther-Heinz Jähnick
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le pen union europeenne
Crédits photo : Jérémy-Günther-Heinz Jähnick
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