diabolisation

07.11.2019

La diabolisation permanente

Dans ce post vous trouverez aussi une analyse de la révolution citoyenne en Irak. Oui, j’admets que l’essentiel de mon temps disponible en dehors de mes tâches de Président de groupe parlementaire est fait d’un suivi passionné des évènements qui ont cours dans les révolutions citoyennes qui agitent le monde actuellement. Je veux y apprendre tout ce qui se peut, comme préparation aux évènements qui ne tarderont pas à concerner toute la planète politique. Ici, à Paris, la hausse de 13% du prix de ticket de métro n’a pas donné le résultat qu’il a produit à Santiago du Chili. Là-bas, partant de cette revendication, on est arrivé à la tenue d’un référendum en vue de la convocation d’une Assemblée Constituante. Je dois dire que cela me laisse rêveur. Mais le Macron local, le président Pinera aura fait quinze morts avant de céder.

Pendant ce temps, le peuple français est soumis à un débat éreintant sur le port du voile, le droit de signer une pétition et une foule de diversions morbides de cette sorte. Toute la classe médiatique, à des millions de kilomètres des préoccupations simples du commun des gens, semble vouée à exciter tout le monde sur des sujets qui peineraient à exister sans cette incitation morbide. Pendant ce temps, plusieurs millions de personnes basculent dans la pauvreté en une nuit pour cause de réforme de l’indemnisation du chômage, par exemple.

Bref : qu’est-ce que l’actualité ? Une production de l’industrie unifiée de l’information et du spectacle. Le fossé qui se creuse de cette façon aggrave le mépris général de la population pour tous les lieux de pouvoirs où une caste bavarde et vaine semble s’être regroupée peureusement pour parler en rond. Pour ce qui me concerne, un sondage me plaçant pourtant fort loin derrière le couple Macron/Le Pen aura suffi à réarmer le canon à dénigrement médiatique qui s’était tu quelques temps, c’est-à-dire environ quinze jours. Ai-je dit que Le Monde Diplomatique du mois de novembre avait raison de parler d’« annexion » à propos de l’Allemagne de l’Est ? Cela signifierait que j’approuvais l’ancien régime de ce pays. Le degré zéro de la pensée. Que j’ai déjà écrit et commenté cette idée il y a cinq ans dans un livre, Le Hareng de Bismarck, n’affecte pas la mémoire de poisson rouge des « commentateurs ».

Le niveau médiatique s’est effondré depuis quelque temps déjà. À présent, la scène médiatique est le radeau de la Méduse. Plus un jour sans une provocation grossière ou des propos indignes contre les femmes, contre les musulmans, contre les grévistes, les cheminots, les syndicats, les retraites, tout et tout le monde. La haine et la peur comme lien social sont partout. Un journaliste bulot, accroché à sa rente à Bruxelles depuis quinze ans, se déchaîne contre l’usage du mot « annexion ». Puis il doit avouer qu’il n’a pas lu l’article qu’il condamne. Un comble. Cohn-Bendit me traite de « con » à l’antenne de France Inter sous les yeux amusés de deux répondeurs automatiques du système. Encore un effet de la mémoire de poisson rouge : il avait déjà fait ce numéro il y a cinq ans mais cette fois-là il condamnait l’usage du mot « boche » dans mon livre. Pourtant ce mot ne s’y trouvait pas, évidemment. De toute façon il est invité pour faire ce type de numéro. Les deux calembredaines officielles se délectaient. Mais – quelle horrible surprise – le grand esprit d’Outre-Rhin leur infligea ensuite le ridicule de les injurier eux aussi. Trente ans après la chute du mur de Berlin, voilà tout ce que la France aura comme échange sur un évènement aussi considérable qui a redessiné la carte de l’Europe et changé le destin de notre pays. En France on ne dialogue plus, on diabolise en rond. On ne dira pas « je ne suis pas d’accord, car » mais « il dit ça parce qu’il est dangereux ». Le message ne compte plus mais la tenue du messager devient le sujet du « débat ». La diabolisation est devenue le mode d’échange ordinaire.

L’exemple le plus grossier nous a été donné à propos de l’appel pour dire « stop à l’islamophobie ». L’usage d’un mot, « islamophobie », suffirait à refuser son soutien à des millions de gens au moment où leur persécution morale, psychologique et physique va jusqu’à un attentat devant une mosquée. J’ai beaucoup réfléchi avant de signer ce texte. D’autres des députés insoumis avait déjà signé quasi instantanément. J’ai vu qu’en dehors de cette initiative, dont nous avons été informés par Arié Halimi de la LDH, il n’y avait rien. Aucune initiative, aucune proposition. Aucun geste. Notez aussi : si je n’avais pas posé la question devant l’Assemblée nationale il n’y aurait eu aucun écho de cet attentat avant le huitième orateur de cette séance.

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Pas un mot du président de l’Assemblée. Le président de la République n’a pas été à la mosquée, ni saluer les familles des victimes. Comment comprendre un tel niveau de dédain et d’insensibilité ? Comment comprendre un tel de refus d’assumer les devoirs de sa charge au service de l’unité du pays et du régime laïque de notre nation ? Et combien parmi nos nouveaux censeurs n’ont pas eu un mot de protestation quand dix députés insoumis en écharpe ont été expulsé par la « ligue de défense juive » de la marche contre l’assassinat de Mireille Knoll. À présent ils postillonnent d’indignation parce que tel ou tel signataire disqualifierait le message du texte signé.

Pour ma part je signe un texte pour ce qu’il y a dans le texte et pas en raison de ceux dont je découvre ensuite qu’ils l’ont également signé. Sinon je n’aurai jamais signé de texte dans le passé avec Bernard-Henri Levy ni avec le CRIF car nous sommes en désaccord sur à peu près tout ce qui a mon avis défini la France comme une République indépendante. Ni avec Dupont-Aignan contre la privatisation des autoroutes. Ni avec Bruneau Retailleau contre l’invasion du Rojava. Mais il faut savoir faire bloc quand l’essentiel est en jeu. Et l’essentiel est en jeu dans ce pays en ce moment à cause des apprentis sorciers qui veulent spéculer sur la haine des musulmans ou la stigmatisation permanente à leur égard. Il s’agit de millions de personnes, il s’agit de la deuxième religion du pays.

Pourtant, à mesure que les heures passent, j’observe qu’en partant d’un désaccord sur un mot, on en viendrait en réalité à refuser aux musulmans le droit d’être défendus par des gens qui ne sont pas musulmans et qui veulent faire cesser l’ambiance actuelle contre eux. Je ne suis pas juif mais je n’offrirai jamais mon silence à ceux qui voudraient les persécuter. Et cela quand bien même les représentants de cette « communauté » m’insultent et me molestent à toutes occasions. De même pour les chrétiens. En cela, je suis plus français parce que plus républicain que tous les chefs de clans, religieux ou non, qui oublient comment notre premier devoir est de faire peuple ensemble, et cela n’est possible qu’à égalité de droit et de respect. Ce qui est en cause c’est donc l’unité des Français, croyants ou non. Ce qui est en cause c’est l’autorité des défenseurs intransigeants de la laïcité que nous sommes :  nous devons donner la preuve que nous défendons la liberté de tous les cultes. Même quand ce n’est pas nous qui écrivons les textes avec nos mots et nos nuances.

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