Madame Le Pen a dit préférer affronter au second tour une candidature du « bloc central » plutôt que celle de LFI. Elle a raison. Tout le panel des candidats affirmés ou potentiels de ce bloc serait plus facilement écrasé par elle selon une logique observée partout ailleurs dans le monde. Ce sont en effet les candidats du « bloc central » qui essuient les plus lourdes défaites face à l’extrême droite dans le monde ? En 2016, Hillary Clinton, candidate centriste du Parti démocrate US perd face à Donald Trump. En 2022, le Parti démocratique italien, incarnant le centre-gauche, perd face à la coalition de Meloni. En 2023, la sortante social-démocrate finlandaise, se fait dépasser par l’extrême droite du « parti des Finlandais » et ouvre la voie à un gouvernement de coalition auquel elle participe pour la première fois. En 2024, le parti de centre-droit autrichien se fait battre électoralement par le parti d’extrême droite FPÖ. Comment comprendre alors ce que font les personnalités écologistes ou socialistes qui passent leur temps à me dénigrer jusqu’à se définir d’abord comme « anti-mélenchoniste » ? Comment comprendre qu’ils consacrent leur énergie à répéter que je serais le pire candidat du deuxième tour ? Pure absurdité. Qu’on le croie ou pas, quelle est la logique à chercher à vouloir faire perdre un candidat de gauche au second tour avant même d’avoir vécu le premier ? Surtout quand on sait qu’aucun autre ne peut arriver au second tour ? Et que cela s’est vérifié à deux reprises en 2017 et 2022 où je les ai très largement distancés, entre vingt et quinze points d’écart ! Et que ce type d’argument déclenche une vague d’indignation et privera des voix insoumises ou loyalistes de gauche aux législatives n’importe lequel des candidats de ces partis. Dès lors, aucune explication rationnelle n’ayant de pertinence, il faut en chercher une autre. Peut-être que ces gens ne préparent pas la victoire de la gauche mais les bases d’une grande coalition de tous les « centres », du PS et Verts/Jadot jusqu’à Edouard Philippe. Alors oui, tout s’ordonne rationnellement.
Le Pen et Bardella se séparent idéologiquement. C’est désormais aussi clairement dit que nous l’avions annoncé déjà bien longtemps. L’extrême droite se fait une niche avec les mots de gauche puis elle ramène son bétail dans les pâturages où elle est payée pour le faire. Qui a pu croire au RN augmentant le Smic, taxant les profits, et ainsi de suite, à part les journalistes qui ont aidé de toutes leurs forces à le faire croire pour tétaniser la gauche ? Les Le Pen ne s’y trompaient pas. Ils ne lâchèrent jamais la position parce qu’ils comprenaient que leur tour ne pourrait venir qu’au prix de cette confusion. Et cela d’autant plus à mesure que les partis du « bloc central » seraient emportés par le dégagisme. Bardella est inconsistant. L’approche du pouvoir lui fait perdre la tête. Il va sous la pression des importants qui sont résignés à le voir arriver à la tête du pays. Ceux-là savent que ce serait un symptôme fort de la crise de légitimité du système de prédation qui les alimente. Ils n’ont ni patrie ni principe ni convictions, sauf leurs intérêts. Le choc entre eux et nous, RN et LFI, est l’expression d’un choc plus profond. Celui entre les intérêts qui séparent la société.
Le retrait des Émirats arabes unis de l’OPEP n’est pas un coup de gueule mais une conséquence majeure de la réorganisation géopolitique déclenchée par la stratégie Trump-Netanyahu. Ça implique que les Émirats n’auront plus à respecter de quota d’exportation. Dès lors leurs pouvoirs sur les prix seront démultipliés. Ils font donc un pari à la fois sur le présent et davantage pour le jour où Ormuz réouvrira. Mais c’est aussi une compétition avec les Saoudiens, l’autre poids lourd de l’OPEP. Et c’est aussi une manière de faire front avec à Trump car les pétroliers américains n’aiment pas l’OPEP.
Les Émiratis s’éloignent du bloc de la région. Leur destin est pensé à une autre échelle. Celle de l’immense fonds souverain que son roi veut construire. C’est une dimension mondiale qui est visée. Les raisons abondent à leurs yeux. Il leur faut donc faire place nette. D’abord monarchiste comme cela se comprend, les Émirats mènent en priorité la bataille contre les points de vue arabes, et notamment républicains, mais aussi religieux sur le mode chiite et même sunnite, comme c’est le cas des frères musulmans. Aussi étaient-ils férocement partisans de continuer la guerre contre les Houthis quand l’Arabie saoudite avait déjà évalué l’impasse de cette guerre. Et même sur l’Iran que l’Arabie saoudite avait qualifié de « nation sœur » prônant la prudence et la stabilité, quand les Émiratis ont été va-t-en-guerre, avec effet boomerang sur eux. Le même clivage s’observe sur la relation avec Israël. Les Émirats se sont beaucoup rapprochés, quand l’Arabie saoudite considère désormais Israël comme le premier facteur de déstabilisation de la région. Bien sûr ces clivages sont hors de portée de toute discussion. Ils relèvent de la souveraineté de chacun. Mais il faut bien comprendre que leur enjeu est toujours le monde lui-même et non une sous région . Cela aussi longtemps que durera la civilisation du pétrole. C’est sans doute pourquoi les Émirats se donnent les moyens de survivre à la fin de l’or noir. Mais leur talon d’Achille n’est pas sérieusement évalué. La dédollarisation de la circulation du pétrole a été envisagée publiquement par l’Arabie saoudite dans le cadre de son adhésion aux Brics. Aucun aspect de la réalité mondiale actuelle ne peut sortir du détroit d’Ormuz où ce monde a été mis en panne.
Le numéro de Jordan Bardella avec « Paris Match » puis la séquence « intimité » de son interview sur BFM est une mauvaise nouvelle pour moi. Ce grossier étalage de sa vie privée fonctionne comme une autorisation à en exiger autant de tous les autres responsables politiques. On peut compter sur la majorité des journalistes pour s’en emparer à la moindre faille. Vivant dans un entre-soi ou bien mondain ou bien sentimental qui en fait une caste hors-sol,ils se procurent par ce moyen un sujet à bavardages en continu et rubriques voyeuristes. Un juge osa même se référer une fois à une « jurisprudence Plenel » pour affirmer qu’étant des personnages publics, le public aurait le droit de connaître notre vie privée. Naturellement l’illustre journaliste, personnalité largement publique, ne s’est pas appliqué à lui-même cette règle. Mais il ne s’est pas privé de s’exprimer sur la vie privée des autres et notamment la mienne. Je n’ai jamais répliqué. Cette règle est une frontière absolue pour moi. Si j’y ai manqué, j’accepte qu’on me le reproche. Mais comme ma vie publique n’est pas près de s’arrêter, je veux placer cette pierre comme une borne sur mon chemin. Je sais que c’est une tradition de l’extrême droite d’agir par ce biais. On accusa beaucoup Jaurès d’hypocrisie parce que sa femme était catholique, faisant communier ses enfants, et lui « laïque », comme si les deux étaient incompatibles. Alors les circonstances m’imposent cette mise au point préventive. Ma vie privée dans toute son étendue familiale ne regarde que ceux qu’elle inclut. Je sais qu’aucun juge ne me protégera, aucun journaliste ne se retiendra, aucun de ces personnages glauques et morbides qui vivent de la lumière des confidences fantasmées ne renoncera à son nombril. Je pose ces lignes pour mes lecteurs. Pour qu’il sache combien ces viols de notre intimité nous ont été toujours odieux. Aucun insoumis.e ne franchira jamais cette ligne rouge.