Pourquoi les jours fériés sont un enjeu de lutte de classes ? 

Chaque semaine, l’Institut La Boétie dont Jean-Luc Mélenchon est co-président, édite une note intitulée « données et arguments ». Elle sert de référence pour les débats de formation dans les groupes d’action de La France insoumise. Cette note sera reproduite ici dans le but de documenter les mots d’ordre du mouvement et de permettre partout des débats argumentés.


Après avoir volé deux ans de vie aux Français en repoussant la retraite à 64 ans, les macronistes s’attaquent désormais au 1er mai avec une proposition de loi visant à autoriser le travail dans certains secteurs en ce jour symbolique, rendu férié par la mobilisation historique du mouvement ouvrier. Ce n’est pas la première fois : à l’été 2025, le gouvernement Bayrou avait annoncé vouloir supprimer 2 jours fériés pour faire des économies, avant d’être renversé. L’obsession des macronistes pour supprimer des jours fériés n’est pas anecdotique : elle s’inscrit dans un combat plus large que mènent les classes dominantes pour réduire toujours plus le temps libre des travailleurs. Défendre les jours fériés, et en instaurer de nouveaux, c’est lutter pour une autre vision globale de la société : une société qui valorise le temps libéré et le collectif, plutôt que l’accumulation du capital. C’est donc un enjeu central pour la lutte des classes d’aujourd’hui. 

1 – L’histoire des jours fériés : une lutte des travailleurs face aux classes dominantes 

L’instauration des jours fériés a toujours été politique  

=> Les premiers jours fériés inscrits dans la loi – il y a des jours chômés sous d’autres formes pendant l’ancien régime – apparaissent avec l’instauration de la République pour souder la nation autour de moments importants, comme la proclamation de la IIe République le 24 février après l’abdication du roi Louis-Philippe 1er. Mais c’est sous la IIIe République que naissent la plupart des jours fériés que l’on connaît aujourd’hui : 14 juillet, Pâques, Pentecôte, etc. Déjà, la résistance patronale est immense, notamment dans l’industrie : beaucoup d’employeurs refusent d’octroyer ces jours fériés à leurs employés. C’est seulement la mobilisation des syndicats et des associations qui permettra aux salariés de bénéficier effectivement de leurs droits. 

=> Le 8 Mai est aussi le fruit d’un conflit politique. Il n’est pas rendu férié directement après la guerre, car l’État ne souhaite pas reconnaître la spécificité de la victoire du 8 mai 1945 contre le nazisme, trop marquée par la résistance antifasciste et communiste. Il est reconnu férié seulement 8 ans après, en 1953, grâce aux mobilisations communistes et gaullistes. Dans les années qui suivent, le 8 Mai férié est régulièrement supprimé puis rétabli, pour des raisons politiques et économiques. Par exemple en 1959 De Gaulle décale la commémoration nationale au deuxième dimanche de mai, avec le même argument qu’aujourd’hui : trop de ponts et de jours fériés tueraient la productivité nationale. 

Le 1er mai en particulier : une conquête sociale historique de la lutte ouvrière 

=> En s’attaquant au Premier mai, le Gouvernement s’attaque au jour férié le plus symbolique pour le camp des travailleurs. À la fin du 19e siècle, le 1er mai devient une journée de mobilisation internationale pour la baisse du temps de travail, avec le mot d’ordre « 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs », symbolisé par le triangle rouge aujourd’hui porté par les insoumis. Dès 1889, la IIe Internationale socialiste, réunie à Paris, exige de proclamer ce jour férié. Certains militants mobilisés le 1er Mai y ont perdu la vie : c’est le cas de la militante ouvrière du coton Maria Blondeau, tuée le 1er Mai 1891 par des tirs de gendarmes à Fourmies, dans le Nord. 

=> Les mairies communistes et socialistes répondent à l’appel de l’Internationale en mettant en place le 1er mai férié dans leurs propres services municipaux et vont défendre sa généralisation à l’ensemble du pays, en demandant pour la première fois un vote à la Chambre des députés.

=> Pendant la Seconde guerre mondiale, le régime de Vichy vide de sa substance le 1er Mai en le transformant en « Jour du Travail » pour servir son agenda réactionnaire « Travail, Famille, Patrie ». À la Libération, c’est le Conseil national de la résistance qui inscrit le Premier Mai dans le marbre. En 1947 il devient officiellement férié. C’est donc à un droit conquis il y a près de 80 ans que les macronistes osent s’attaquer par 49.3 aujourd’hui

2 – S’attaquer aux jours fériés : la face émergée de l’iceberg des attaques contre le travail 

L’argument des libéraux pour nous faire travailler plus est faux

=> Les Français ne travaillent pas moins que leurs voisins, y compris du point de vue des jours fériés :

  • Avec 11 jours fériés par an, la France se situe en dessous de la moyenne européenne (12). À l’inverse Chypre (15), de l’Espagne, Malte, la Slovaquie (13), la Finlande, l’Autriche, le Portugal (13)
  • En additionnant jours fériés et congés payés, la France comptabilise 36 jours, contre 44 pour l’Espagne et Malte, 38 pour l’Autriche ou 37 pour le Luxembourg  
  • Le temps de travail des Français n’est pas plus faible qu’en Europe : un salarié français travaille 1491 heures par an en moyenne. C’est plus que : les Allemands, les Danois, les Norvégiens, les Suédois, les Autrichiens, les Islandais, les Hollandais ou encore les Luxembourgeois ! 
  • Un salarié français travaille en moyenne 37 heures par semaine. Mais cela cache des inégalités : 1 salarié sur 5 travaille plus de 48 heures par semaine. Pour ces travailleurs, supprimer un jour férié équivaut à supprimer l’une de leurs dernières bouées de sauvetage.

Une offensive générale contre le monde du travail 

=> La proposition de loi visant à autoriser le travail le 1er mai est un cheval de Troyes pour détricoter l’ensemble des conquis sociaux des travailleurs. Le Gouvernement promet que le travail le 1er mai s’effectuera sur la base du volontariat des travailleurs. C’est faux : on sait bien que le rapport hiérarchique au sein de l’entreprise conduira les travailleurs concernés à se plier à la volonté de leur patron. Le but poursuivi est de généraliser le travail le 1er mai, de la même façon que la possibilité de travailler le dimanche introduit en 2015 sur la base du volontariat s’est finalement imposée comme une obligation pour beaucoup. 

=> Les macronistes s’attaquent aux jours fériés comme ils s’attaquent au reste des droits des travailleurs : ordonnances Travail en 2016, réformes de l’assurance chômage, réforme des retraites, etc. En faisant cela, ils poursuivent un objectif cohérent : repousser toujours plus les limites de l’exploitation des travailleurs pour baisser la rémunération du travail et augmenter celle du capital. Par exemple la proposition de suppression de deux jours fériés du gouvernement Bayrou, en nous faisant travailler 2 jours de plus sans hausse de salaire, nous aurait fait perdre environ 1% de rémunération annuelle. 

3 – Le temps libéré : ferment d’une société de l’intérêt général 

Les bienfaits du temps libéré

=> Les jours fériés constituent pour les travailleurs un îlot de temps libéré de la sphère marchande, qu’ils peuvent consacrer à d’autres types d’activités : 

  • Le repos et le travail pour soi : bricolage, réparation, jardinage…
  • Le temps collectif, les loisirs partagés : quand un jour est férié, le temps moyen passé entre amis augmente de 20 minutes en moyenne. Les jours fériés renforcent les liens sociaux et la solidarité : rendre visite aux personnes âgées, donner du temps à une association, etc. Ils favorisent l’organisation sociale, culturelle et même politique. 

=> Le conflit sur les jours fériés reflètent deux visions opposées de la société : une société dictée par l’impératif marchand, la recherche de rentabilité, l’équilibre budgétaire versus une société du temps libéré, de la solidarité, de l’épanouissement et de l’émancipation collective. Être révolutionnaire, c’est assumer que la joie et le bonheur sont des objectifs en tant que tels. 

Relancer la réduction du temps de travail  

=> Le temps de travail des salariés français n’a pas diminué depuis 2022. La dernière semaine de congés payés obtenue remonte à 40 ans, sous Mitterrand. Il faut renouer avec le progrès humain historique que constitue la réduction du temps de travail.

=> Pour reconquérir le temps volé par les dominants, le mouvement insoumis propose de : 

  • Rétablir les 35 heures réelles
  • Passer aux 32 heures dans les métiers pénibles et favoriser leur généralisation par la négociation collective 
  • Généraliser une 6e semaine de congés payés pour tous 
  • Rétablir la retraite à 60 ans avec 40 annuités
  • Instaurer de nouveaux jours fériés pour symboliser les conquêtes sociales de notre peuple et les grands moments de son histoire : par exemple le 4 février pour commémorer l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises 

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